RG Tome 2 : Bangkok – Belleville – Par Frederik Peeters et Pierre Dragon – Bayou/Gallimard

15 juin 2008 5 commentaires
  • Le trafic de clandestins entre Bangkok et Belleville est dans le collimateur de notre flic de choc. Une filature qui se pimente d’une relation entre le baroudeur et sa juge de tutelle. Un album remarquable qui vaut surtout par le fabuleux travail de Frederik Peeters.

« RG » était une des révélations de l’année 2007, distinguée par de nombreux prix dont un Essentiel 2008 à Angoulême et le Prix 2008 de la Meilleure bande dessinée adaptable au cinéma. Il faut dire que le mélange détonnant d’un récit raconté par un vrai policier, encore en activité aux renseignements généraux (Pierre Dragon est un pseudonyme) et l’un des dessinateurs les plus inventifs et les plus talentueux de sa génération, ne pouvait qu’accrocher l’œil en ces temps d’abondance éditoriale. Le public ne s’y est pas trompé en plébiscitant cet album qui est un succès en librairie et l’un des titres-phare de la collection Bayou dirigée par Joann Sfar chez Gallimard.

RG Tome 2 : Bangkok – Belleville – Par Frederik Peeters et Pierre Dragon – Bayou/Gallimard
RG Tome 2 : Bangkok – Belleville – Par Frederik Peeters et Pierre Dragon – Bayou/Gallimard

Si ce deuxième volume de RG tient ses promesses, ce n’est pas en raison de l’intrigue (une banale histoire de clandestins), ni même en raison d’une verve qui tiendrait d’un successeur d’Audiard. Ce qui est à l’œuvre, c’est surtout le merveilleux travail graphique de Peeters, par ailleurs co-auteur du scénario et on comprend pourquoi. Il y a les personnages d’abord, formidablement bien campés, d’une infinie justesse, aussi bien dans les gestes que dans les regards : la femme d’âge mur célibataire, le collègue chafouin et manœuvrier, le comparse écrasé par les ennuis personnels, etc.

RG Tome 2 : Bangkok – Belleville – Par Frederik Peeters et Pierre Dragon – Bayou/Gallimard

Il y a un art de la mise en scène, avec un point de vue qui se joue des effets graphiques (comme par exemple dans cette case où le personnage se reflète dans le miroir d’une brasserie), passant brusquement du plan d’ensemble au détail, jouant de l’ellipse avec virtuosité, impulsant un rythme à nul autre pareil. Il y a ce dessin qui est une espèce de ligne claire traitée, paradoxe !, dans un tempo croquis, et qui aborde chaque personnage avec empathie et humour. Il y a cette mise en couleurs enfin, qui rend si bien les ambiances remarquablement documentées d’un parc en hiver, ou de ce quartier du 20ème arrondissement de Paris qui, sous un ciel saturé de nuit bleu profond, donne à la neige la couleur rose sous l’effet des rougeoiements si caractéristiques de Belleville.

Une prestation inoubliable qui fait de cet album un incontournable.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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