Régis Hautière : "Les femmes ont aussi joué un rôle déterminant durant la guerre."

21 septembre 2013 0 commentaire
  • Une historienne, deux scénaristes et quatre dessinateurs se sont associés pour mettre en œuvre cette tétralogie qui a pour toile de fond la Seconde Guerre mondiale. Tout au long de cette série intitulée "Femmes en résistance", nous suivons le parcours de cinq femmes d'exception dont quatre ont réellement existé, et qui se sont illustrées durant la dernière grande guerre. Deux des auteurs, Pierre Wachs et Régis Hautière, nous font découvrir les coulisses de cette nouvelle BD.
Régis Hautière : "Les femmes ont aussi joué un rôle déterminant durant la guerre."
Pierre Wachs & Régis Hautière

Comment est né ce projet ?

Wachs : C’était une idée de Casterman. À l’origine, c’est l’historienne Emmanuelle Polack qui a proposé à Casterman un projet de scénario autour d’une femme au destin exceptionnel. Le projet a été refusé dans sa première mouture mais l’idée intéressait notre éditeur, il a donc demandé à Emmanuelle de retravailler son concept. Ce qu’elle a fait pour revenir avec un projet centré autour de quatre femmes résistantes ayant vécues pendant la Seconde Guerre mondiale. Ensuite, Casterman a contacté Régis Hautière et Francis Laboutique et ensemble, ils ont prospecté les dessinateurs qui seraient sensibles au projet. C’est comme cela que je suis entré dans la danse.

Comment s’est déroulée la réalisation de cette BD, de votre point de vue de dessinateur ? Avez-vous réalisé une charte graphique avec le design de tous les personnages ou, au contraire, vous êtes-vous borné à ne dessiner que votre album ?

Wachs : Non, je ne me suis pas impliqué dans les autres BD, je me suis juste contenté de faire mon album.

Femmes en résistance T.1
Par Wachs, Hautière, Laboutique et Pollack (c) Casterman

Hautière : Pierre (Wachs) a eu la chance de faire le premier tome de Femmes en résistance, c’est donc lui qui a imposé le character design de trois des personnages récurrents de la série.

Wachs : C’est surtout dû au hasard de la programmation ! À l’origine, j’avais choisi de faire le troisième album, consacré à Berty Albrecht, mais pour des raisons de délais de parution, l’éditeur m’a suggéré de dessiner le premier album car cela arrangeait tout le monde. Du coup, c’est moi qui ait donné vie aux personnages et conçu quelques éléments de décors.

Sinon, j’ai travaillé de manière classique. Au début, je pensais travailler au crayon, comme pour mon précédent livre chez Casterman [1] mais j’ai finalement encré mes planches avant la colorisation.

Et pour vous, Régis Hautière, comment s’est déroulé le travail avec un autre scénariste ?

Hautière : Nous travaillions ensemble le synopsis puis, Francis faisait le premier jet au niveau du découpage. J’intervenais ensuite dessus en ajoutant soit des éléments ou en modifiant le découpage ou encore en supprimant des passages.

Cette BD est basée sur un roman qui fait environ cinq-cent pages. C’est une biographie assez détaillée. L’une des difficultés a été de travailler avec un autre scénariste, car nous avions des approches divergentes. Par exemple, mon compère avait tendance à ajouter beaucoup de détails en pensant que ce serait pas mal. Je ne partageais pas cette opinion car j’estimais que cela noyait le récit. J’usais donc d’ellipses afin d’aller à l’essentiel. Nous avons dû faire pas mal de compromis pour que l’histoire finale soit la plus claire possible pour les lecteurs.

Allez-vous réitérer l’expérience ?

Hautière : Je ne sais pas... Je me rends compte que je suis assez individualiste au niveau de mes scénarios. Et puis, lorsque l’on m’a proposé de travailler sur Femmes en résistance, j’ai accepté le challenge en pensant que cela me ferait gagner du temps de travailler avec un autre scénariste. J’ai cru que nous irions deux fois plus vite que si je devais bosser mes histoires seul. Au final, il y avait énormément d’aller-retour entre nous pour rediscuter de chaque aspect du scénario. Si vous ajoutez à cela le jeu de ping-pong avec les dessinateurs et l’historienne, cela fait que l’on a perdu beaucoup de temps à se mettre d’accord sur ce projet.

Est-ce que cela déteint sur les dessinateurs ?

Hautière:Oui, c’est parfois arrivé.

Wachs : En effet, il est parfois arrivé que je reçoive mes pages de scénario, que je me mette au travail puis, au moment de soumettre mes planches, je reçoive des avis contradictoires de mes scénaristes.

Hautière : Travailler en équipe, c’est faire beaucoup de concessions. C’est souvent comme cela lorsque l’on mène un projet de BD à plusieurs auteurs.

Jean Dufaux a un jour déclaré qu’il avait choisi Ana Miralles pour illustrer Djinn parce qu’une femme ferait beaucoup plus attention aux détails de l’anatomie féminine qu’un homme [2]. Étant donné que les femmes sont prépondérantes dans votre récit, les avez-vous dessinées selon vos propres canons esthétiques ou bien vous êtes vous basés sur les physiques des femmes qui vous entourent ?

Wachs : Au niveau de la psychologie, du comportement, je m’inspire effectivement des femmes qui m’entourent, car il faut que les personnages "sonnent vrais" mais ce n’est pas toujours le cas sur les questions physiques car j’aime idéaliser mes héroïnes. D’ailleurs j’ai souvent eu d’excellents retours de la part des lectrices.

Qu’est-ce qui vous a encouragé à faire de la bande dessinée ?

Wachs : Pour ma part, il n’y a pas eu d’élément déclencheur. Au départ, je faisais beaucoup d’illustration ainsi que de la gravure. Au fur et à mesure, je me suis mis à intégrer du texte afin de fluidifier ma narration. De fil en aiguille, on m’a proposé de faire de la BD.

Hautière : Pareil pour moi, ce sont des concours de circonstances qui m’ont poussé à faire de la BD. J’en ai toujours lu mais devenir scénariste n’était pas mon premier objectif. Je savais juste que je voulais écrire. D’ailleurs, je suis arrivé dans la BD assez tardivement, vers 25-30 ans environ.
Je me suis d’abord mis à faire du roman mais je me suis assez vite rendu compte que je n’étais pas fait pour cela. Je suis quelqu’un qui a tendance à remettre les choses au lendemain et comme en littérature personne ne vous attend, je repoussais toujours mes travaux à la Saint-glinglin. Alors que dans la BD, un scénariste bosse souvent avec un dessinateur, qui attend vos pages de scénario. Et puis, travailler à deux fait que l’on se sent moins seul. On a aussi un second regard sur notre travail.

Avant de devenir scénariste de BD, j’écrivais pour un magazine destiné aux lycéens et je m’occupais de la rubrique BD. Je réalisais des interviews d’auteurs, des chroniques, ce qui m’a amené à en lire de plus en plus. Enfin, j’ai fait partie de l’organisation du festival de BD d’Amiens. Ce qui fait que j’ai rencontré pas mal d’auteurs. Toutes ces expériences m’ont encouragé à faire un premier projet de BD, que j’ai mené avec une association baptisée "les Agités du crayon"que j’avais créée avec des dessinateurs. Nous étions une bande de potes scénaristes et dessinateurs, et nous voulions simplement faire des BD, pas forcément au niveau professionnel. C’est ce qui m’a mis le pied à l’étrier.

Quels sont vos prochains projets ?

Wachs :Actuellement, je termine le tome trois d’une BD intitulée les Mystères de la Troisième République.

Hautière : Hormis Femmes en résistance, je travaille sur un prochain Aquablue, qui sortira en octobre. Il y a la suite de la Guerre des Lulus, chez Casterman. Le deuxième épisode sortira en janvier et nous travaillions actuellement sur le T.3. Toujours en janvier, chez Dargaud, il y a le premier album d’un diptyque qui sera dessiné par Philippe Berthet. Nous devrions clore cette histoire en juin ou en septembre 2014. Avec David François, le dessinateur de De briques et de sang, je travaille sur un projet qui s’appelle Un Homme de joie. Ce sera aussi un diptyque dont la parution est prévue chez Casterman et ça devrait sortir au premier semestre 2014. Enfin, avec Renaud Dillies, nous bossons sur un projet qui sera dans la même veine qu’Abélard. Ce sera une traversée des États-Unis du Nord au Sud, de New York jusqu’en Louisiane.

Propos recueillis par Christian Missa-Dio

(par Christian MISSIA DIO)

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Femmes en résistance sur le site de Casterman

[1"Libre de Choisir" de Wachs & Richelle, paru en 2011

[2P.7 de Djinn, "Ce qui est caché", hors série du premier cycle, Dufaux & Miralles, Dargaud, 2004

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