Sylvain et Sylvette transformés en madeleine !

12 mai 2010 0 commentaire
  • La série mythique créée par Maurice Cuvillier en 1941 est bien vivante. Pour preuve l’exposition d’art contemporain qui lui a été consacrée au début du printemps à Maxéville, près de Nancy.

Il est des BD qui marquent l’enfance au fer rouge. Sylvain et Sylvette fait partie de ces récits qui, à l’instar des contes célèbres, fascinent par une certaine ambiguïté. Daniel Denise, photographe et plasticien lorrain à l’origine de l’exposition, se souvient : « Je connaissais Claude Dubois de visu depuis une vingtaine d’années quand j’ai su qu’il avait fait comme moi les beaux-arts de Nancy. Nous avons lié connaissance et il m’a appris qu’il avait dessiné Sylvain et Sylvette. Et ça a été comme un vrai flash. J’ai pu me revoir à un endroit très précis où je lisais cette bande dessinée. Même presque l’environnement, l’odeur. Et avec un sentiment de malaise parce que ça me faisait peur. J’ai récupéré un vrai souvenir d’enfance presque intact alors qu’il y a des choses que j’ai adoré de cette période dont je ne me souviens plus. »

Sylvain et Sylvette transformés en madeleine !
L’oeuvre de Jochen Gerner, reconnaissable au premier coup d’oeil. Mais où sont donc Sylvain et Sylvette ?
(c) Jochen Gerner

Pas étonnant donc si l’exposition s’intitule « Archéologie des souvenirs d’enfance autour de Sylvain et Sylvette ». Une exposition collective dont la grande majorité des participants est originaire de Lorraine ou habite la région. « Je trouvais important de le partager avec d’autres, continue Daniel Denise. Alors évidemment, c’est comme une bouteille à la mer. On se demande si ça va intéresser ou pas. Le premier que j’ai été voir était Rémi Malingrëy [affichiste, dessinateur de presse, NDA] et il m’a tout de suite répondu qu’il aurait aimé avoir l’idée. Alors on a décidé de le faire ensemble. Et on a prospecté chacun dans nos réseaux. » Un riche carnet d’adresses qui contient des artistes bien connus des amateurs de bande dessinée comme Yan Lindingre, Jochen Gerner, Al Coutelis, Denis Robert, Placid, Lefred Thouron et Berik (fils de Francis Bergèse et dessinateur actuel de la série). A leurs côtés, photographes, plasticiens, peintres donnent aux œuvres de cette exposition une variété de traitement qui en fait son charme et son originalité.

Yan Lindingre : Sylvain et Sylvette chez Francisque ?
(c) Yan Lindingre

Mais est-ce que tous les créateurs de l’exposition ont lu Sylvain et Sylvette ? « C’était la condition pour participer, répond Daniel Denise. Même si certains nous ont avoué ne l’avoir lu que très récemment. Le photographe Antoine Carolus était d’ailleurs un peu jaloux et très frustré de ne pas avoir vécu la lecture de Sylvain et Sylvette pendant sa jeunesse. Et puis il y a également deux jeunes artistes invités qui ont découvert un monde qu’ils ignoraient. » Là encore, la diversité de traitement réjouit le visiteur. On sent les artistes concernés par le sujet, usant tantôt de l’hommage tantôt de la parodie, se permettant la transgression, l’allégorie ou la métaphore. Le résultat est drôle, intelligent, parfaitement respectueux de l’œuvre originelle et disons-le tout net, totalement réussi. A noter également que la présence de dessins de Maurice Cuvillier, Jean-Louis Pesch (qui dessina également Les Pieds Nickelés) et Claude Dubois, les trois premiers auteurs de la série, permet de distinguer l’évolution du style graphique de Sylvain et Sylvette. Un petit plus pour les passionnés.

Le couple de héros par Al Coutelis
(c) Al Coutelis

Pas de panique pour ceux qui ont raté l’exposition. Si celle-ci a disparu de la galerie de Maxéville depuis fin avril, une longue séance de rattrapage est prévue d’octobre à décembre à Metz, dans les locaux de l’IUFM. A visiter absolument.

Mais enfin Arnaud Baumann, Sylvain et Sylvette sont frères et soeurs !
(c) Arnaud Baumann
Un mannequin d’Anne Chaudron, une maquette de Jean-Christophe Massinon, un dessin de Berik et trois photos de Daniel Denise
(c) Thierry Lemaire
Le mobile d’Emilie François
(c) Thierry Lemaire
Sylvette en nuisette, une vision d’Anne Chaudron
(c) Thierry Lemaire

(par Thierry Lemaire)

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