Thierry Berthier (Toon Factory) : « La France est le troisième producteur mondial de dessins animés. »

2 juillet 2007 0 commentaire
  • En produisant avec M6 et Canal J, la série Franky Snow, tirée des BD d’{{Éric Buche}} (éditions Glénat), un dessin de 52 épisodes de 13 minutes dont les quatre premiers épisodes passeront sur Canal J les 25 et 26 août prochains, puis sur M6 à partir de septembre, {{Thierry Berthier}} de Toon Factory montre la vitalité de la production française de dessins animés. Rencontre.

Comment réalise-t-on un dessin animé à partir d’un personnage de BD ?

Il s’agit ici en l’occurrence de Franky Snow d’Éric Buche. Nous avons dû d’abord trouver une chaîne de télévision française qui s’y intéresse. Il faut avoir une chaîne hertzienne. Si on ne l’a pas, on ne peut pas financer une série, surtout une série de 52 x 13 minutes. Une fois cela acquis, on peut trouver une chaîne câblée qui permet de compléter le financement. Dans le cas de Franky Snow, la chaîne hertzienne est M6 et la chaîne câblée est Canal J. Et à partir de l’acceptation de ces deux chaînes, on va signer une convention de développement. Le coût du développement est divisé entre le producteur M6 et Canal J. Il intègre la ligne éditoriale des deux chaînes. Par ailleurs, on a une aide en développement de la part du CNC [1] qui représente environ 50% de ce que mettent les chaînes. Une série coûte environ 5,6 millions d’euros sur la totalité des épisodes. Entre les deux chaînes, on obtient entre 1,5 et 2 millions d’euros et le CNC va mettre un autre million. Après, avec le crédit d’impôt et certaines subventions (nous avons un studio à Angoulême qui permet d’obtenir des subventions de la Région et du Département), il nous reste environ 30% du financement à trouver à l’étranger. Nous avons donc un réseau de diffuseurs étrangers, en l’occurrence pour Franky Snow, la télévision belge francophone, la RTBF, la télévision suisse romande TSR, un distributeur à l’international, Telepool, et un distributeur sur l’Espagne et le Portugal. Chacun met des minimums garantis qui permettent de boucler le financement.

Thierry Berthier (Toon Factory) : « La France est le troisième producteur mondial de dessins animés. »
Un "Turn Around" de Franky Snow.
(c) Éric Buche/Glénat/Toon Factory

Là, avec Franky Snow, vous êtes tombés sur un hit ?

Ce qui se passe, c’est que c’est une série qui marche très bien chez Glénat. C’est une des premières séries adaptées après Titeuf et Zap Collège. Je crois que le concept est fort. Alors que c’était une BD plutôt pour ados au-delà de 12 ans, nous avons réduit la cible aux enfants de 6 à 10 ans, avec l’accord de l’auteur évidemment, à cause de la ligne éditoriale des chaînes de télévision, en particulier M6. Mais le concept est toujours là.

Comment se passe la collaboration avec Éric Buche ?

Il lit tout, il regarde tout. La condition sine qua non a été qu’il accepte que l’on réduise la cible à 6-10 ans. S’il n’avait pas été d’accord, l’adaptation n’aurait pas pu se faire. Une fois son accord obtenu, on a d’abord un adaptateur qui va adapter le concept pour en faire une bible d’écriture. Par la suite, on a un directeur d’écriture qui va engager des auteurs pour écrire les scénarios. Il va les diriger pour que ce soit dans la ligne éditoriale et dans la bible littéraire qui a été écrite. L’auteur conserve son droit moral. Il relit tout, il donne des conseils, il oriente. En même temps, une fois que c’est parti en production, c’est un peu industriel, on va dire. Les scripts, c’est ce qui a de plus important, de plus artistique. Après, il y a des Model Packs, c’est tout ce qui est prédéfini. Les story-boards permettent de mettre en place tout le processus de la production industrielle.

La galerie des personnages de Franky Snow.
(c) Éric Buche/Glénat/Toon Factory

La production est-elle entièrement française ?

Non. C’est une production française à 80%. L’animation est faite en Chine, à Shanghai. Il y a en Chine à peu près 150 à 180 personnes qui travaillent sur la série à plein temps pendant 16 mois. La France conçoit tout ce qui n’est pas animation : Écriture, Script, bible graphique : définition des personnages, les turn around, comment les personnages sont vus de profil, de face…, les model packs : les personnages par épisode, les décors par épisode, les accessoires pour chaque épisode. Dans chaque film, il y a des guests, des personnages supplémentaires non-récurrents. On les définit complètement. Par la suite, avec ça, on fait les story-boards, puis les X-sheets, les feuilles d’exposition qui déterminent en fonction de la voix que l’on a enregistrée, car on enregistre les voix avant l’animation, les « codes-bouches » qui permettent de faire remuer les lèvres du personnage sur l’écran de façon synchrone. Ici, nous avons appliqué la technique des voix témoins, qui consiste à enregistrer des voix qui ne sont pas définitives, les voix finales s’enregistrant au moment de la postproduction. La voix de Franky Snow est celle de Smaïn. Les Américains comme Disney utilisent plutôt la technique de l’enregistrement des voix à la préproduction, l’animation étant faite ensuite. Les x-sheets, le story-board, et le lay-out sont ensuite envoyés en Chine. Il ne nous reste plus qu’à recevoir les images à compositer et à monter. Ce dernier processus se fait en France.

Concentrés, Smaïn et Thierry Berthier écoutent les voix de Franky Snow.
Photo : D. Pasamonik.

Franky Snow va être distribué dans quels pays ?

J’ai déjà parlé de la Belgique et de la Suisse, nous avons un distributeur allemand et une touche en Italie. Tout n’est pas concrétisé car, de plus en plus, les distributeurs attendent de voir 6 à 8 épisodes et les premiers ratings d’audience avant de se décider.

Votre père, Claude Berthier, avait produit Cubitus. Le marché est-il plus dur aujourd’hui qu’il ne l’était il y a quelques années ?

Ce qui se passe, c’est qu’avant, c’était un marché de distribution. Nous achetions les séries pour les revendre en France. Aujourd’hui, comme il y a beaucoup plus de production française et que tout est coproduit internationalement à l’avance, on ne trouve plus de série à distribuer et à localiser. Il faut donc être producteur ou coproducteur. Il y a très peu de séries de bonne qualité à distribuer. Il faut passer par la production.

Est-ce que les manganimes ou les séries américaines de dessin animé sont une grosse concurrence ?

Non, la France est le troisième producteur mondial de dessins animés. On trouve notre place et beaucoup de dessins animés français sont vendus même aux États-Unis. Au Japon, c’est difficile quand ce n’est pas une coproduction.

Propos recueillis par Didier Pasamonik, le 27 juin 2007.

Le garage de Franky
(c) Éric Buche/Glénat/Toon Factory
Décor de ville pour Franky Snow
(c) Éric Buche/Glénat/Toon Factory

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

La série Franky Snow sera diffusée sur CANAL J lors d’un Week-End spécial les 25 et 26 août 2007 avec les quatre premiers épisodes, les samedi 25 août de 14 heures à 15h45 et le dimanche 26 août de 18h15 à 20 heures, puis ensuite de façon régulière dans les semaines suivantes.

On la verra ensuite sur M6 dans la grille de rentrée de septembre.

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[1Centre National de Cinématographie. Établissement public français dont les missions principales sont de réglementer, soutenir et promouvoir l’économie du cinéma en France et à l’étranger.

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