USA : La crise du Coronavirus signe-t-elle la mort du comic book et du comic shop ? Première partie : état des lieux.

20 avril 2020 11 commentaires
  • Au tout début du mois, en réponse à la crise traversée par l'industrie des comics avec la pandémie de Covid-19, tandis que le 23 mars, Diamond Comic Distributors, son distributeur quasi exclusif, avait annoncé l'arrêt des expéditions de tous les produits à compter du 1er avril et jusqu’à nouvel ordre, la plupart des éditeurs de comics réduisaient ou arrêtaient leur production. Bien que les choses aient changé depuis, le choc pour l'industrie du comics est rude. Voire fatal ?

L’idée des éditeurs était de ne pas surcharger les rayons des détaillants lors du déconfinement, avant un retour à la normale. Avec pour conséquence, une pause forcée pour une certaine partie des auteurs et de l’éditorial, qui se retrouvent à présent sans source de revenus, même si les comics sur lesquels ils travaillaient ne sont pas annulés.

Cependant, dans tous les secteurs impactés de l’industrie, on licencie, en attendant des jours meilleurs. Cette crise signe-t-elle la mort du Comic Shop "à l’ancienne" et par conséquence le produit qui l’avait fait roi, le comic book ?

USA : La crise du Coronavirus signe-t-elle la mort du comic book et du comic shop ? Première partie : état des lieux.
Steve Geppi, le PDG du distributeur Diamond Comics annonce que la société stoppe la distribution de comics, jusqu’à nouvel ordre. Grosse panique dans les rangs de tous les acteurs de l’industrie, pris de court !
Diamond Comic Distributors

Auteurs et éditeurs en soutien des points de vente

La situation des comic shops, les boutiques spécialisées américaines, qui forment ce qu’on appelle le Direct Market, inquiète ceux qui y voient un coup fatal pour les fascicules mensuels et le traditionnel rendez-vous hebdomadaire en boutique.

C’était le mode de consommation favori depuis les années 1930 : le format comic book, des fans purs et durs, mais dont la pertinence se discute aux yeux de certains, surtout décideurs, qui observent le succès grandissant des éditions reliées -Trade Paperbacks (brochés) ou Hardcovers (couverture rigide)- et des albums au format roman graphique (récits, longs, non sérialisés, de tous genres et formes, pensés d’entrée comme volume unique, parfois plus ). Éditions reliées et Graphic Novels qui bénéficient d’autres canaux de diffusion en plus des comic shops, avantage décisif en cette période de crise.

​Évolution de la dynamique dans le positionnement des points de ventes aux Etats-Unis et Canada.​Les comic shops perdent du terrain.
La relève des lecteurs de comics est dorénavant à chercher dans les librairies plus que dans les kiosques et comic shops, semble-t-il...
Photo DR

Ainsi l’éditeur, DC Comics qui, déjà, cherchait un nouveau modèle de distribution sur le long terme, profite de ses initiatives passées en direction du public jeunesse avec sa ligne DC Kids. L’éditeur de Superman est bien décidé à compenser ses pertes qui, avec la soudaine embellie des ventes de Graphics Novels destinés aux plus jeunes, se passe des services du distributeur Diamond et s’associe à Penguin Random House et Barnes & Nobles, intermédiaires importants sur le secteur de l’édition généraliste aux États-Unis, dont les réseaux de diffusion en librairie restent ouverts en dépit de la pandémie.

Mais dans les comic shops on veut garder espoir.
Photo DR

D’autres éditeurs à la taille plus modeste, également très actifs dans le domaine des albums pour enfant (Boom Studios, IDW Publishing) profitent de réseaux de distribution alternatifs (Simon & Schuster, Random House ou Ingram) pour asseoir leur position.Un danger pour le comic book et son plus zélé zélateur, le comic shop

Toutefois, les comic shops restent des points de vente stratégiques aux yeux des artistes qui offrent, sous la bannière #Creators4Comics, de beaux dessins pour les soutenir. Le produit des enchères de ces œuvres issues de plus d’une centaine de créateurs, viendra en soutien de la Book Industry Charitable Foundation qui le redistribuera aux comic shops en difficulté. Même si la plupart devraient profiter du "Cares Act", une aide gouvernementale qui se concrétise par une série de prêts pour les petites entreprises affectées par la crise sanitaire.

​Évolution en parallèle de la préférence pour les formats de publication. Cette fois c’est le comic book qui souffre face au format roman graphique.Le support numérique est à l’affût.

Solidaires, certains éditeurs font des dons. Ainsi DC Comics a offert 250 000 US$ aux points de vente. Des éditeurs indépendants participent de même, à la hauteur de leurs moyens, forcément plus réduits.

Sans marge de manœuvre, car liés par contrat à Diamond Comics les éditeurs indépendants Image Comics et Dynamite Entertainement se trouvent bien en peine pour contourner le problème et devront patienter jusqu’à la réouverture des comic shops et se consoler avec le réseau numérique, tout en soutenant bien sûr les revendeurs.

Au site spécialisé Newsarama, les responsables éditoriaux d’Image Comics déclarent : « Alors que nous devons faire face aux multiples conséquences que la crise du COVID-19 a déjà imposées à l’économie, et pour entretenir la bonne santé du médium, nous devons soutenir le canal de distribution le plus exposé au danger après la fermeture des entrepôts et des commerces jugés comme non-essentiels, comme les comic shops et les librairies hors réseaux. Ces boutiques sont plus que de simples marchands de comics, mais sont aussi très souvent les plus ardents défenseurs du médium. Ils participent à créer l’intérêt du public et agissent comme des prescripteurs et spécialistes pour les lecteurs .
Nous aimons aussi nos lecteurs de numérique et nous proposons beaucoup de soldes sur les boutiques dématérialisées et leur profit sera reversé à l’association Book Industry Charitable Foundation. Beaucoup de numéros #1 sont aussi proposés à titre gracieux sur notre site officiel.
 »

La megastar des comics Jim Lee, actuellement éditeur-en-chef de DC Comics et co-créateur d’Image Comics, offre aux enchères, comme beaucoup de ses confrères, des illustrations pour soutenir les détaillants en grosse difficulté, actuellement. De manière irrévocable ?
© DC Comics

De son côté l’éditeur Dynamite Entertainement, dans le même élan de solidarité qu’Image Comics, Dark Horse, Boom ! Studios et DC (à l’exception des Trade Paperbacks et séries de la gamme dédiée Digital First), renoncent à la sortie de ses nouveautés au format numérique qui n’arriveront sur les plateformes comme ComiXology qu’une fois toutes les boutiques ré-ouvertes : « Si tous les vendeurs reçoivent nos nouveautés et nos albums en même temps, particulièrement nos best-sellers, c’est la meilleure façon pour que l’industrie en ressorte renforcée. Toute vente d’un périodique ou d’un album retirée des mains d’un comic shop est un nouveau coup pour eux, et nous voulons que tous les revendeurs survivent à cette crise pour qu’ils continuent d’être là pour les fans. Nous pensons que c’est la méthode la plus juste, en attendant d’avoir plus de réponses et des solutions. »

Un vent de panique

Chez Marvel Comics, on est plus détaché et silencieux, peut-être moins préparé : on réduit la voilure et suit le mouvement, sans véritable initiative affichée et perspectives.

Alors que Bob Iger, ex-président de Disney, propriétaire de Marvel, lequel avait cédé son poste en février dernier, a été rappelé à la rescousse, tel l’Oncle Picsou, pour resserrer les boulons d’une entreprise qui perdrait, selon les analystes, 30 millions de dollars par jour, depuis le 15 avril, comme pour accompagner le coup, les actions de Netflix ont atteint un niveau record, jusqu’à dépasser Disney pour sa valeur marchande globale, si l’on en croit la revue Variety.

Restructuration et licenciements en vue sur les prochaines années chez l’Oncle Walt. Le Département édition, surtout papier, va-t-il résister dans son ensemble au martèlement des actionnaires contrariés, vu le relatif peu de poids dans la balance d’une industrie qui vit sur de très faibles marges ? Un autre mastodonte du divertissement,le groupe AT&T, à qui appartient DC Comics, a lui aussi subi des pertes financières importantes lors de la pandémie en cours.

Todd McFarlane en majesté, en première ligne pour mobiliser les forces en présence. Et sans super-pouvoirs, s’il vous plait !
Photo DR - Image Comics

De son côté la star des comics Todd McFarlane, homme d’affaire avisé, co-fondateur et actuel président d’Image Comics, questionne quant à lui la situation de monopole du distributeur Diamond Comics Distributors pour la livraison des comics mensuels, qui a, on le rappelle, cessé ses activités de distribution des nouveautés.

Au magazine économique Forbes, McFarlane déclare : « Nous avons un seul distributeur pour les comics papier, et ils ont décidé, par mesure de sécurité, de cesser leur activité. Étant donné que nous sommes tous dépendants de cet unique acteur, cette décision a un impact sur toute l’industrie. Ils ont probablement fait le bon choix, mais ce n’est pas sain sur le long terme de laisser le destin de tout un secteur entre les mains d’une seule personne. Nous devrons tirer un bilan de tout ça quand nous aurons traversé la situation actuelle, et nous poser les questions difficiles sur la façon dont nous pouvons empêcher que cela se reproduise. »

Todd McFarlane a révolutionné Spider-Man et largement contribué à l’essor du comic book avec des ventes vertigineuses. Comme le tisseur de toile, ici dasn sa version cinéma, il se lamente et s’interroge.
© Marvel Comics / Diamond Comic Distributors

Même si Diamond prévoit de reprendre la distribution des comics à compter du dimanche 17 mai 2020, permettant aux boutiques de proposer les fascicules à la vente à compter du mercredi 20 mai suivant, Mcfarlane propose à tous les acteurs du milieu, surtout les mastodontes Marvel et DC qui occupent au moins 70% des ventes en kiosques, de préparer la relance « par une réponse commune et massive de toute l’industrie » et surtout de garder, en attendant les fans sous tension en proposant des comics numériques gratuits ou à bas prix.

Surtout, il appuie l’idée d’un crossover géant entre tous les éditeurs de l’industrie, pour relancer l’intérêt des fans : « On a eu des hauts et des bas, clame-t-il. Dans les années 1990, on avait perdu beaucoup de lecteurs. Là, c’est différent. Actuellement, nous n’avons aucun lecteur et aucune nouvelle sortie. En tant qu’industrie, nous n’avons jamais eu à repartir de zéro avant. Cette situation est sans précédent. Et on ne sait pas où les choses vont s’arrêter, ni quand elles vont s’arrêter. Nous pouvons bien essayer de sauver les boutiques autant qu’on le souhaite, mais toute offre a besoin d’une demande. À quoi ressemblera cette demande une fois que tout aura rouvert ? Est-ce que les gens seront plus mesurés dans la façon dont ils dépensent leur argent ? Est-ce qu’une fois qu’ils se seront aperçus qu’ils peuvent tenir trois ou quatre mois sans lire de comics, ils s’apercevront qu’ils n’ont plus envie d’investir leur argent là-dedans ? Ou bien les gens auront-ils toujours de l’argent et l’envie de le dépenser, mais ce ne sera plus possible parce que les boutiques auront fermé ? Il y a tout un tas d’inconnues. »

Depuis, avec une actualité toujours mouvante, l’éditeur DC Comics a annoncé qu’il reprendrait la publication des bandes dessinées à partir du mardi 28 avril, avec une sélection de titres toutefois réduite qui ne comprend pas ses plus grosses séries afin de ne léser personne, une offre disponible en papier ou numérique.

Pour ce faire, la maison d’édition de Batman travaillera avec deux nouveaux distributeurs : Lunar Distribution et UCS Comic Distributors qui remplaceront pour l’instant Diamond Comic Distributors. Création opportune de deux importants comic shops, Discount Comic Book Service et Midtown Comics, au savoir-faire éprouvé dans la livraison par correspondance. Lunar Distribution traitera les commandes de l’Ouest des États-Unis, tandis qu’UCS Comic Distributors s’occupera de l’Est. Malgré tout, d’où des protestations attendues, tous les points de vente ne seront pas servis...

Malgré tous ces soutiens et la mobilisation en leur faveur, les comic shops craignent plus que tout les plateformes numériques, avec les habitudes des consommateurs qui pourraient changer durant la période de confinement.

Ils refusent en bloc la main tendue par ces plateformes, qu’ils soupçonnent d’arrière-pensées. Ainsi, la plateforme Comic Hub avait proposé son aide, qui consistait à recueillir la commande d’un exemplaire physique d’un comic book à une boutique spécialisée, puis d’aller le récupérer quand les établissements seraient ouverts de nouveau. Pour patienter, une version numérique était proposée, après paiement, via leur plateforme. Argent entièrement redistribué au magasin. Comic Hub planifiait d’intégrer l’intégralité des boutiques à son réseau pour gérer les commandes d’ici le 15 avril.

Idée retoquée avec force par les vendeurs de comics papiers qui craignent que cette manœuvre, tel un cheval de Troie, précipite le basculement fatal. Face à la grogne, les éditeurs qui y ont d’abord vu une occasion de ne pas prendre trop de retard sur leurs plannings de sorties, ont benoîtement suivi la position de leurs revendeurs.

Décidé à saisir le taureau par les cornes, McFarlane critique cette position, pour lui de courte vue : « Je ne suis pas d’accord avec les détaillants. Attendre et ne rien faire ne peut pas être la solution. Si tout le monde décide de tout arrêter et de retenir son souffle, en quoi est-ce que ça va améliorer les choses telles qu’elles sont actuellement ?  »

Ayant la mémoire longue, il ajoute : «  Je sais une chose à propos de l’addiction. Si les gens accro restent sobres trop longtemps, c’est facile pour eux de ne pas replonger. Personne ne veut que les lecteurs changent leurs habitudes. Pendant ce temps là, les gens occupent leur temps autrement. Pourquoi laisser la concurrence s’approprier ce temps en streaming ou en jeu vidéo ? Nous devons rester le passe-temps favori des lecteurs. Nos sociétés ont le pouvoir d’y arriver. Rappelez-vous en 2011, quand les libraires ne voulaient pas que les numéros sortent le même jour en physique et en dématérialisé, de peur que ce soit la mort de l’industrie. Ils avaient tort. Ça a aidé les ventes !... »

D’où cet appel : « Notre industrie toute entière est basée sur le principe du rassemblement hebdomadaire. Quand les gens vont en convention, ils amènent leurs bouquins pour les faire signer, pas leurs iPads. Les gens ont besoin de quelque chose de physique. Ça ne disparaîtra jamais. On ne doit pas se comparer à d’autres industries, comme la musique, en ayant peur de reproduire le destin des disquaires face à la vente en ligne. C’est la spécificité de notre média et nous devons l’embrasser. »

McFarlane dit le "Toddler" [le "tout-petit"] a parlé. Amen. Mais même ses détracteurs, et il en a, seraient bien inspirés de l’écouter et de l’entendre. Il a su prouver qu’il avait les pieds bien posés sur Terre, avec une belle réussite.

Alors, au final, est-ce la fin du comic book mensuel d’une vingtaine de pages, au façonnage plus modeste, avec ses agrafes et plus fragile, un format qui, avec les nouvelles habitudes de consommation des objets culturels et de divertissement à grosse dose, a perdu beaucoup de son charme aux yeux d’un certain public ? C’est possible.

Comic book, roman graphique, numérique... Quel format gagnera la bataille pour satisfaire les lecteurs dans un futur proche ?
Photo DR - Comixology

Un changement d’époque comparable à l’agonie du comic strip dans les journaux généralistes, bandes qui ont largement contribué à l’explosion des ventes de ces quotidiens, depuis le Yellow Kid de Outcault jusqu’aux Calvin & Hobbes de Watterson. Un déclin qui commence avec l’avènement du comic book en 1934, d’abord recueil de matériel tiré des comic strips avant de devenir le produit dominant avec la publication de Superman en 1938. En économie, invariablement, un clou chasse l’autre, plus ou moins.

La situation d’aujourd’hui conduira-t-elle à une bascule vers le tout numérique ? Doublée d’une "Rise of Graphic Novel" (l’auteur de ce livre, Stephen Weiner, la datait de 1983 avec Batman:The Dark knight Return, Maus , Watchmen [1] ) une ruée sur les formats à forte pagination comme le roman graphique, car- tout simplement - la lecture d’un Graphic Novel est imbitable sur le support numérique. À voir.

La sainte trinité des graphic novels. De quoi faire trembler un peu plus le comic book sur ses bases, de fans.

Les plus pessimistes voient dans cette crise un possible coup fatal pour les comics eux-mêmes. De notre côté, nous restons optimistes : le monde des comics s’est relevé de multiples crises au cours de son histoire, ses personnages sont désormais iconiques, le support-papier a ses inconditionnels, le comic book est un format vivant et joyeux, sexy même, comme par essence ce qu’il contient.

Surtout, ces histoires dessinées sont un département de recherche et développement relativement bon marché pour beaucoup de films et émissions de télévision. Elles génèrent des propriétés intellectuelles et produits dérivés très lucratfs, en plus de proposer de parfaits story-boards pour les adaptations, avec, et c’est pas rien, toutes les recherches de design offertes, par certain des meilleurs spécialiste du genre. Dès lors, haut les cœurs !

(par Pascal AGGABI)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

En médaillon : Captain America © Marvel Comics ; Batman & C° © DC Comics.

LIRE AUSSI :

- USA : La crise du Coronavirus signe-t-elle la mort du comic book et du comic shop ? - Deuxième partie : un glissement progressif/

- USA : La crise du Coronavirus signe-t-elle la mort du Comic Shop ? - Troisième partie (3/3) : la fin ?

[1Ni Batman The Dark knight Return, ni Watchmen , de Miller, Moore et Gibbons, ne sont des romans graphiques, malgré le fait que ces deux comics soient souvent cités en références. Puisque les mots ont un sens et les faits sont sacrés, tous deux sont des mini-séries, pensées comme telles, d’abord publiées en format comic book, ensuite réuni en un volume souple ou rigide. Trade Paperbacks ou Hardcovers, donc. Pour Maus, d’abord publié en chapitres dans une revue, Raw, on peut également légitimement s’interroger.

 
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11 Messages :
  • Il manque un T à sont, toute fin de l’article
    " ses personnages son désormais iconiques,"

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 20 avril à  14:18 :

      Effectivement, c’est corrigé. Merci**.

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  • Il y a donc Marvel-Disney qui ne fait pas grand chose (enfin, ils dooivent certainement réflèchir...), DC qui essaie des solutions de remplacement.Mac Farlane me semble poser les bonnes questions. Après un mois d’enfermement, et pour beaucoup d’amateurs, une baisse du revenu disponible, les acheteurs retrouveront-ils le chemin des boutiques ? Une fois ré-ouvertes, elles devront continuer à pratiquer les mesures de distanciation sociale. Et où et comment les comic-shops vont ils exposer toutes les sorties parues depuis la fermeture des boutiques ? La situation est la même en France, avec prés de cent nouveautés par semaine, tous genres confondus (BD, mangas et comics).Beaucoup de livres,les moins vendables, vont rester dans les cartons et être vite retournés, faute de capacités d’exposition, ce qui est injuste pour les auteurs et éditeurs concernés. San Diego semble annulé cette année, mais le véritable problème sera sans doute le changement d’habitudes du lectorat. Combien auront décidé de succomber à l’abonnement Netflix ou à Disney ? La visite hebdomadaire au comics-shop, c’est une manie adductive. On poursuit les séries en cours, on feuillette les nouvelles (faudra t’il mettre des gants ou se laver les mains avant ?).”

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    • Répondu par Anne Teuf le 20 avril à  18:21 :

      Etant moi-même une pure Bédé-addict, contrainte par le confinement, je visionne des séries et des film par pur désoeuvrement. En attendant, je note la liste des albums, nouveautés ou pas, qu’il me tarde de me procurer lorsque les librairies rouvrirons enfin.Pour moi le "dématérialisé" et les écrans ne remplacerons jamais le plaisir de feuilleter du papier. J’aime à penser que les amateurs d’albums, comme moi, sont en train de trépigner durant leur retraite forcée. Peut-être suis-je d’un optimisme naïf...

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    • Répondu par Pascal Aggabi le 20 avril à  23:10 :

      Marvel a opté pour une stratégie de développement à plus ou moins long terme autre que DC,moins portée sur les comics , avec une vision plus transversale (BD,audiovisuel, jeux vidéos, parcs d’attraction) le regard porté en direction de l’Asie, principalement . L’éditeur-en-chef actuel de Marvel Comics ,C.B Cebulski,a été choisi justement pour sa familiarité avec le marché asiatique.
      Il faudra s’ y faire,je pense, sur l’échiquier mis en place par Disney, Marvel Comics a la portion congrue face à Marvel Studios et autres filiales de Marvel Intertainment .Marvel Comics paie un peu,actuellement, ce manque d’enthousiasme pour la branche édition du groupe .D’autant qu’être régulièrement largement en tête des ventes ne doit pas aider à se dépasser. Mais,oui,ils vont réagir.

      DC Comics a montré plus d’entrain à se développer pour élargir son audience et aujourd’hui en récolte ,un peu plus , les fruits. Question de circonstances, difficilement prévisibles pour quiconque.
      Pour conquérir de nouveaux marchés, DC a ,par exemple,mis en place un partenariat avec l’énorme chaîne de magasins généralistes américaine Walmart ,pour quatre,puis six magazines anthologiques exclusifs de 100 pages, à prix très raisonnable,avec du contenu constitué de réimpressions et quelques histoires inédites,non reprises en numérique .Une belle initiative,volontariste.
      Déjà les comic shops grognaient contre cette concurrence ,alors que DC avait pris soin d’ inclure dans les fascicules une carte des comic shops à proximité de ces enseignes de la grande distribution. Certains comic shops sont même allés se procurer ces périodiques pour les proposer plus cher dans leur propre boutique .Les collectionneurs /spéculateurs faisaient main basse chez Walmart courant les enseignes,le public visé avait parfois du mal à trouver ces comics spécifiques...

      Malgré une certaine réussite, DC a fini par abandonner cette exclusivité pour des magazines disponibles pour tous les points de ventes intéressés.

      On comprend dès lors que bouger pour avancer n’est pas si simple.

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  • Merci pour cet excellent article. Le marché du "single" aux USA est déjà en chute libre depuis de nombreuses années, la crise ne vient que renforcer cette chute, et souligner les failles (un seul distributeur ? Il serait intéressant de savoir comment on en est arrivé à cela).
    Difficile de jouer les madame Irma face à cette situation, est-ce que les éditeurs veulent vraiment que les singles continuent à voir le jour ? La balle est dans leur camp.

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    • Répondu par Pascal Aggabi le 20 avril à  23:24 :

      Il n’est pas si difficile de jouer les "madame Irma" puisque la deuxième partie
      se penchera sur "comment en est-on arrivé là ? ".
      La version d’un géant des comics,assez controversé pour sa personnalité bougonne et ses prises de position.Un gros caractère, assez clairvoyant. Vous voyez qui ?

      Sinon :à suivre..... Prochainement.

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      • Répondu par Michel Dartay le 21 avril à  12:55 :

        Steve Geppi, sans doute ?

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        • Répondu par Pascal Aggabi le 21 avril à  20:42 :

          Il est plus à chercher du côté des créateurs. Il a une bonne partie de la profession à dos.Il ne mâche pas ses mots ,commentateur acide du monde des comics qu’il a côtoyé ,au plus près, plusieurs décennies.
          De ce fait ses propos sont toujours éclairants.

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  • Une disparition des comic books aurait un impact énorme d’un point de vue narratif.

    A l’instar des manga, les comics fonctionnent sur une logique de feuilleton. Rares sont les comic books se suffisant à eux-mêmes, car trop courts. La narration est donc pensée en fonction. Seulement, la disparition de ce format risque de signer la fin des feuilletons au sein de l’industrie.

    Paradoxalement, je note depuis quelques années que les maisons d’éditions américaines prennent de plus en plus en comtpe le format Trade PaperBack (TPB) dans le processus d’écriture de leurs séries.
    En effet, bien que reposant (essentiellement) sur le feuilleton, les comics (tout comme certains manga) utilisent aussi une logique d’arcs narratifs, plus ou moins longs. Un bon exemple du côté des manga : Les Chevaliers du Zodiaque (Saint Seiya). Son premier arc (Sanctuaire) couvre l’équivalent de 13 tomes de son édition simple, le second arc (Poséidon) 5 tomes, et le dernier (Hadès) 10 tomes.
    Du côté des comics, je constate que de plus en plus de titres reposent sur des arcs (ou mini-arcs) de 4 à 6 numéros, correspondant à la longueur des TPB. Cela permet pour ces derniers de proposer des histoires complètes, même si elles peuvent s’inscrire dans une trame plus importante. C’est le cas de Lumberjanes, une série (lauréate de plusieurs Eisner Awards) dont la publication en comic books continue, mais dont chaque histoire dure exactement un ou deux TPB. Cela ne dépasse jamais. Et pour cause, elle cible un lectorat plus jeune que celui que nous pouvons associer aux comic book shops. Mais il ne s’agit pas d’un cas isolé, puisqu’un phénomène similaire peut se retrouver chez Marvel et DC.

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