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Un Moyen Âge de bande dessinée à Paris et à Bouillon

  • La Tour Jean sans Peur à Paris et l’Archéoscope Godefroid de Bouillon en Belgique abritent de concert jusqu’en novembre prochain une passionnante exposition sur le Moyen Âge en bande dessinée. En dépit d’un travail de plus en plus documenté, les clichés subsistent dans nos BD, parfois à contre-courant des travaux des historiens.

Comme dirait Hergé : « C’est un travail de moine bénédictin ! ». Danièle Alexandre-Bidon, ingénieure d’études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, médiéviste spécialisée dans les enluminures et disciple de Pierre Couperie a réuni un impressionnant corpus de bandes dessinées représentant le Moyen Âge. Cela va des classiques d’avant-guerre, comme Prince Valiant d’Harold Foster, à des œuvres plus modernes comme Les Aigles décapitées de Jean-Charles Kraehn et Patrice Pellerin ou encore Messire Guillaume de Matthieu Bonhomme et Gwen de Bonneval.

Hitchcock le suggérait : Un moulin à vent et du fromage suffisent à caractériser la Hollande, une corrida pour l’Espagne… Pour le Moyen Âge, u château suffit le plus souvent. Avec un pont-levis, même lorsqu’il n’y a pas de fosse et, à l’intérieur des escaliers en vis. Face à eux, des petits villages où règne une justice expéditive : pendaisons, bûchers… Des personnages aux patronymes à connotation médiévale : Roland de Castelroc, Thierry de Royaumont, Sylvain de Rochefort, Johan et Pirlouit, quand leurs qualités ne sont pas mentionnées (Chevalier Ardent, Arnould le Croisé). Des clichés.

Un Moyen Âge de bande dessinée à Paris et à Bouillon

A chaque moment de l’Histoire, les figures du Moyen Âge sont mobilisées à des fins éducatives et/ou de propagande. Il s’agit de proposer des modèles historiques aux enfants.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Les costumes ne sont pas pour rien dans la fabrication de ces conventions : «  Souvent exagérés et anachroniques, ils permettent de mettre en valeur les hommes majoritairement présents dans ce Moyen Âge viril, vêtus d’armures même quand ils serrent une dame contre leur cœur, de chaperons crénelés, de costumes à crevés, de poulaines démesurément longues, de grandes croix rouges fièrement arborées sur la poitrine. Le costume féminin médiéval est caractérisé par le hennin alors que cette coiffe n’a vécu ses heures de gloire qu’à la fin du Moyen Âge !  »

Danièle Alexandre-Bidon souligne combien cette littérature a une vocation avant tout éducative et correspond à la nécessité pour la Troisième République de proposer des héros exemplaires comme modèles aux jeunes conscrits de la nation. La tendance se poursuit jusque sous Pétain, les femmes étant reléguées aux cuisines ou à la tapisserie. Dans l’après-guerre, c’est la Résistance qui est glorifiée, les aventures de Robin des Bois rappelant le maquis. Plus tard, les Croisades évoquent en filigrane le contexte de la Guerre d’Algérie.

Dans cette image des Compagnons du Crépuscule, François Bourgeon utilise une enluminure du Codex Manesse datant du XIVe s. Il a déshabillé les personnages pour les faire coller à son récit. (F. Bourgeon, Le Dernier Chant des Malaterre, 1988, © François Bourgeon et 12 bis. Codex Manesse, Heidelberg, Universitätsbibliothek, © UB Heidelberg.)

Les années cinquante voient s’opérer un travail de déconstruction qui aboutit, avec l’avènement de la Nouvelle Histoire, à une vision plus critique de la part des auteurs de BD, tandis que les recherches récentes les inspirent, comme ces fouilles dans le village de Dracy en Côte d’Or qui nourrissent le scénario de Messire Guillaume. Les références se font savantes.

Ce parcours se fait dans deux lieux d’exception : la Tour Jean sans Peur à Paris, une fortification édifiée au XVe siècle par Jean sans Peur, dernier vestige de l’hôtel des ducs de Bourgogne. Là Danièle Alexandre-Bidon y a réuni quelques pièces de sa collection encadrées par de nombreuses bannières illustrées, riches mais simples à lire et pédagogiques.

Danièle Alexandre-Bidon, commissaire des deux expositions.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

L’expo se duplique dans le même temps à Bouillon en Belgique, le Centre Belge de la bande dessinée ayant prêté ses collections (notamment d’auteurs belges) pour conforter l’exposition wallonne.

Un voyage fascinant non seulement dans la bande dessinée, mais aussi dans l’Histoire.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Lire L’interview de Danièle Alexandre-Bidon

LIEU
Tour Jean sans Peur
20, rue Étienne Marcel - 75002 Paris
01 40 26 20 28 - www.tourjeansanspeur.com

ACCÈS
Métro : Ligne 4 (arrêt Étienne Marcel)
RER : RER A, B, D (arrêt Châtelet-Les Halles)
Bus : 29 (arrêt Étienne Marcel-Turbigo)

HORAIRES D’OUVERTURE
Exposition présentée du 14 avril au 14 novembre 2010
de 13h30 à 18h du mercredi au dimanche

JEUNE PUBLIC
Parcours-jeux sur la tour et l’exposition offerts pour les 7 - 12 ans.
Espace lecture pour les enfants

CONTACTS
tél. : 01 40 26 20 28
fax : 01 40 26 20 04
courriel : tjsp@wanadoo.fr

Conférences

réservation indispensable au 01 40 26 20 28

Mercredi 5 mai à 19h

La peinture néogothique aux origines de la bande dessinée moyenâgeuse
par Danièle Alexandre-Bidon, commissaire de l’exposition

mercredi 8 septembre à 19h

De Prince Vaillant à Donjon : l’image du château fort dans la BD
par Xavier Dectot, conservateur au Musée National du Moyen Âge - Thermes et hôtel de Cluny

mercredi 29 septembre à 19h

Ivanhoé, de Walter Scott à la bande dessinée
par Michel Pastoureau, directeur d’études à l’École Pratique des Hautes Études

· réservation indispensable au 01 40 26 20 28

mercredi 30 juin à 19h :

Victoire au noble Roy François
Promenade musicale autour de La guerre de Clément Janequin
par le quatuor vocal “Les Enchantés” ( Macha Lemaître, Anaïs Bertrand, Martial Pauliat, Igor Bouin)

Coordonnées Archéoscope de Bouillon : Jean-Louis de Wit, responsable.
Courriel : bs715817@skynet.be
http://www.archeoscopebouillon.be/

 
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