Angoulême 2018 : Corben, Guibert, Ware, trio de tête pour un Grand Prix

16 janvier 2018 25 commentaires
  • Richard Corben et Chris Ware contre Emmanuel Guibert, voilà à quoi se résume le vote étrange effectué par « 1230 autrices et auteurs » par un système de vote électronique, « uniquement accessible aux autrices et aux auteurs, via le site dédié. »

Les trois noms sortis du chapeau sont (par ordre alphabétique) :

Angoulême 2018 : Corben, Guibert, Ware, trio de tête pour un Grand Prix  Richard Corben (né en 1940), grand contributeur de récits d’horreur pour les magazines Creepy, Eerie et Vampirella. Ses illustrations à l’aérographe, retouchées à même les films de quadrichromie avec une maniaquerie remarquable, ont marqué les années 1980. Ses bandes dessinées ont fait les belles heures d’Heavy Metal et de Métal Hurlant. Cette figure de l’Underground est devenue maintenant l’un des meilleurs artisans de la geste super-héroïque travaillant aussi bien pour DC et Marvel que Dark Horse.

Richard Corben
DR

-  Emmanuel Guibert (né en 1964). Cet esprit brillant, compagnon de route de Joann Sfar et de David B, publie à L’Association son premier succès : les souvenirs de son ami Alan Ingram Cope, La Guerre d’Alan (L’Association). Son deuxième coup d’éclat a pour titre Le Photographe, qu’il réalise en collaboration avec Didier Lefèvre et Frédéric Lemercier (Dupuis). Il bâtit enfin, avec Les Sardines de l’espace (Dargaud), une série jeunesse qui ne tarde pas à être adaptée à l’écran.

Emmanuel Guibert
© L’Association

-  Enfin, Chris Ware. Né en 1967, c’est le plus jeune du trio. C’est un fin graphiste né sur les fonds baptismaux de la revue Raw d’Art Spiegelman et Françoise Mouly. Il y développe une Ligne claire mélancolique peuplée de personnages perchés : Quimby the Mouse, Rusty Brown et surtout Jimmy Corrigan, alter ego d’un auteur étrange et introverti, dont les aventures paraissent dans les supports et les formats les plus disparates. Cet infatigable expérimentateur est l’auteur le plus primé de sa génération : 28 Harvey Awards, 22 Eisner Awards et un Prix Spécial du Jury au Festival d’Angoulême en 2013.

Chris Ware
© Delcourt

Un surprenant outsider

Nous ne sommes donc pas surpris de le trouver dans cette liste Chris Ware dont la réputation auprès des auteurs de BD est particulièrement flatteuse. Il était depuis quelques années dans la short list.

Les électeurs ont reconnu dans Emmanuel Guibert, certes médiatiquement très exposé depuis son Prix René Goscinny reçu en 2017 et dont une grande exposition rétrospective s’ouvre justement à Angoulême la semaine prochaine, un dessinateur doué et surtout un formidable raconteur d’histoires, Grand Boum à Blois en 2009, un festival qui est considéré à juste titre comme l’antichambre des futurs Grands Prix.

La grosse surprise vient de Richard Corben édité par un valeureux label français, Delirium, mais dont les ventes ne doivent pas dépasser quelques milliers d’exemplaires. On ignorait qu’il était à ce point estimé « des autrices et des auteurs » comme on dit dans les communiqués du FIBD. On remarquera au passage qu’aucune femme n’arrive dans le trio de tête.

© FIBD

Le deuxième tour se déroule du mercredi 17 janvier au dimanche 21 janvier 2018 (à minuit), avec le même collège de votants :« à savoir tout auteur ou autrice de bande dessinée professionnel, quelle que soit sa nationalité, dont les oeuvres sont traduites, en français et diffusées dans l’espace francophone et ayant participé au premier tour est admis à voter pour l’élection du nouveau Grand Prix . »

Le vainqueur sera connu le mercredi 24 janvier 2018 (autour de 18h) lors de la cérémonie d’ouverture de la 45e édition du Festival.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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45° Festival International de la bande dessinée d’Angoulême –
Du 25 au 28 janvier 2018
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25 Messages :
  • Encore une fois c’est n’importe quoi. Ce serait intéressant de savoir avec quelles minorités de voix ils arrivent en tête de liste (et quels sont les 20 noms qui sont revenus le plus souvent).

    On peut remarquer que la tentative de lobbying d’Actuabd avec le risible Andreas n’a pas pris.

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 17 janvier à  07:28 :

      Le risible Laurent Colonnier a une fois de plus réussi à dire du mal de ses confrères.

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      • Répondu par Laurent Colonnier le 17 janvier à  15:23 :

        Et encore, il y a tous mes messages que vous ne publiez pas !

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  • Le plus jeune du trio, c’est Chris Ware.

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 17 janvier à  07:28 :

      Effectivement, c’est corrigé.

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  • Les photos sélectionnées par le FIBD sont quand même étrange. Guibert est lumineux, au centre. Et les Américains tirent la tête...

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    • Répondu par Aurélien Pigeat le 17 janvier à  11:18 :

      Je me suis fait la même remarque. Et je suis curieux de savoir si ce sont les auteurs qui ont choisi eux-mêmes ces photos, et si ce n’est pas le cas de découvrir quel processus a présidé à ce choix !

      Pour l’ordre, ça semble simplement alphabétique, ce qui met Guibert au milieu.

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      • Répondu par Nicolas le 17 janvier à  11:43 :

        Le quidam qui n’y connaît rien, peut se demander si faire des Comics rend heureux.
        Hermann (huppen) dit que l’on ne peut pas être beau tout les jours. Ce qui est vrai. Mais il y a sûrement des photos qui circulent où ces deux auteurs sont souriants.

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    • Répondu par Henri Khanan le 18 janvier à  12:08 :

      En fait, pour Corben, ce n’est pas une photo, mais un autoportrait dessiné, signé d’alleurs.
      A moitié dissimulé, Guibert plaisante et apprécie la vie, pendant que Chris Ware grimace en pensant à sa prochaine histoire qui sera sans doute passionnante !°)

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  • On peut déjà louer le fait que la short list finale émane de la profession : en soi, on arrive au bout d’une logique, et elle a sa cohérence et sa légitimité.

    Après, au-delà des trois noms, je trouverais bien, et même normal, qu’on ait des résultats détaillés. C’est à dire combien d’auteurs différents ont été proposés, combien de voix ont reçu les trois finalistes, quels étaient les scores, sinon de tous les auteurs mentionnés, au moins des 20, 30 ou 50 premiers. Cela offrirait un panorama des goûts et centres d’intérêts de la profession.

    Ce serait intéressant aussi de connaitre quelle proportion des auteurs n’a pas participé au vote, et s’il y a eu des impossibilités techniques ou autres (auteurs mal inscrits, éditeurs qui bloquent, etc.).

    Enfin, j’ai l’impression qu’on a épuisé le pan "Asie", après les évidences Toriyama et Otomo. Je me demande si d’autres auteurs japonais (ou asiatiques) tirent désormais leur épingle du jeu avec ce mode de proposition. J’ai toujours en tête Hirohiko Araki, mais je ne me fais pas d’illusion ! Sans doute Naoki Urasawa, déjà adoubé. Mais en ce qui concerne un auteur "populaire" et grand public, comme Eiichiro Oda par exemple, je me demande s’il y a des votes.

    Ah si, dernière chose : est-ce que après Alan Moore et Manu Larcenet on aura cette année encore un auteur annonçant qu’il ne veut pas du prix, ou concourir pour celui-ci ?

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  • Il faudrait sérieusement penser à établir un vote à trois tours.
    Le premier choix libre comme c’est déjà le cas.
    Le deuxième, liste resserrée des 20 ou 25 plus souvent cités.
    Le troisième, les 3 qui sont revenus le plus souvent dans ce deuxième vote.

    Ca éviterait qu’on se retrouve avec 3 baltringues, directement dû à l’éparpillement des voix.

    En l’occurrence Angoulême refuse de donner les résultats complets, mais on peut parfaitement imaginer que les 3 finalistes n’ont ramassé que 7, 8 et 9 % des votes, ce qui n’est représentatif de rien.

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    • Répondu par F. Biancarelli. le 19 janvier à  07:49 :

      3 baltringues ?

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    • Répondu par hug le 19 janvier à  09:40 :

      "3 baltringues"... Y’a pas à dire, les termes employés crédibilisent le propos...

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    • Répondu par Michel Dartay le 19 janvier à  19:18 :

      Plutôt d’accord avec cette proposition de LC : un premier tour véritablement ouvert favorise la dispersion (de nombreux auteurs vont voter pour eux-mêmes). Maintenant trois tours, c’est trop ! Il suffit de sélectionner les 8 ou 10 auteurs (ou autrices, pour ne pas être sexiste ; tiens, je remarque que quand on laisse la profession s’exprimer, elle n’en retiens aucune ! Sans doute pour laisser le champ libre à Artemisia)

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  • Emmanuel Guibert,c’est pas celui pour qui les grands prix sont un concept inepte,qui a émis le souhait d’ être primé seulement à titre posthume ? http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/01/08/la-plus-belle-bande-dessinee-de-tous-les-temps-est-l-uvre-d-une-femme_4843644_3232.html
    L’esprit de rebond c’est bien,l’opportunisme aussi,mais tourner sept fois sa langue dans sa bouche également.On est si vite rattrapé par ses élans du coeur...

    Corben,oui,évidement.Il serait temps de distinguer d’un Grand Prix ce monument,véritable pape de l’Underground pour tout un courant de pensée.Corben toujours solide et bien présent à 77 ans,défricheur et précurseur,notamment du format graphic novel dont on se gargarise tant maintenant :https://translate.google.fr/translate?hl=fr&sl=en&tl=fr&u=https://en.wikipedia.org/wiki/Bloodstar&anno=2 .
    Combien plus que lui ont multiplié les expérimentations,les styles,les techniques,bousculé leurs acquis,combien plus que lui ont une telle identité visuelle,émotive,une telle capacité à vous amener ailleurs,chez lui ?Corben a plus expérimenté à lui seul que la plupart des Grands Prix réunis.Les grands éditeurs US ont eu le bon goût de le solliciter,et le laisser créer tranquille,pour lui permettre de bouffer,tout simplement,car si pour beaucoup la création et l’art sont une nourriture spirituelle suffisante,ce n’est pas valable pour tout le monde.De ça Corben le maintenant presque vieux monsieur est très reconnaissant.

    Pour la crédibilité d’Angoulême donner le Grand prix à Corben est une évidence,une nécessité.Après avoir récompensé Crumb et Spiegelman les figures d’un Underground institutionnel et convenu,il faut rétablir l’équilibre,se salir,en primant celui qui a oeuvré dans la véritable BD honteuse ,pleine d’épées,gros nénés,monstres et musculeux luisant dans la pénombre.Et dans mille autres choses encore.
    Il y a Corben le dessinateur,le conteur,l’illustrateur,le peintre aussi ce qui est différent,l’éditeur,le réalisateur .....La liste est longue.
    Primer Corben c’est primer une certaine idée de la BD,loin de celle qui s’encroûte à jouer la carte de la légitimation.

    Corben est grand,et même plus encore.

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    • Répondu par Michel Dartay le 19 janvier à  19:12 :

      Merci pour ces liens, amusant pour Guibert, instructif pour Corben (et oui, wiki est parfois fort bien renseigné). J’ai entendu dire que Corben s’oppose des réimpressions de ce Bloodstar, ainsi qu’à des traductions.
      Mais vous ne dites rien sur Chris Ware qui fait pourtant partie du triumvirat gagnant. Pas une anecdote ou un secret caché à son sujet ?

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      • Répondu par Laurent Colonnier le 19 janvier à  23:46 :

        Pas une anecdote ou un secret caché à son sujet ?

        Si, il n’est pas auteur BD, il fait du packaging.

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        • Répondu par La plume occulte le 20 janvier à  12:07 :

          Un secret caché à mon sujet monsieur Colonnier ?

          Je suis fan de BD et pourtant j’ai aimé votre histoire "Hergé et Tchang jouent à touche pipi " !Je ne sais pas si ça suffit à vous classer parmi les baltringues dont vous faites un paquet.

          Pour monsieur Dartay,les détracteurs de Ware ricanent en disant que pour être aussi obsédé par l’animation,il doit lui manquer une case....Quand d’autres signalent qu’avec un tel sens de la découpe......ses planches son une vraie boucherie,parfaitement aseptisée.

          A part le sinistre Colonnier les détracteurs aiment rire.

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          • Répondu par La plume occulte le 20 janvier à  13:26 :

            "Un secret caché à mon sujet aussi monsieur Colonnier ? " devait être écrit pour réponse au sinistre Colonnier qui pourtant a raison:Ware est un plasticien déguisé en narrateur.Son CV et son exposition rendent sa démarche pour beaucoup incontournable.

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            • Répondu par Henri Khanan le 21 janvier à  12:37 :

              Un plasticien, oui, mais le problème du plastique, c’est que c’est froid : Je le surnomme Tiper-Ware !
              Il y a au contraire beaucoup de chaleur viscérale dans les planches de Corben... Maintenant je ne sais pas si cette violence, ce goût pour le morbide (partagé avec Poe et Lovecraft) ses corps bodybuildés à la Mr Universe, et ses attributs féminins hypertrophiés seront du goût des redoutables bien-pensants, qui vont sans doute le trouver "politiquement incorrect"

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              • Répondu par La plume occulte le 21 janvier à  14:42 :

                Politiquement incorrect c’est pour ça que Corben est Underground, plus que jamais avec l’hygiénisme ambiant.Les bien-pensants préfèrent le culturellement correct qui n’en a pas l’air pour faire vibrer la fibre rebelle qui entretien l’illusion qu’ils sont toujours dans le mouvement,sur la brèche, pas avachis par le confort.
                Grand bien leur fasse.

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              • Répondu par kyle william le 21 janvier à  14:56 :

                Il faudra arrêter un jour avec ça. Ne pourrait-on échapper parfois à ce prisme lourdingue du conflit entre les "bien-pensants-bobos-gauchos-politiquement-corrects" d’une part et les "réacs-neo-cons-fachos" de l’autre ? ça contamine absolument tous les sujets. Corben et Chris Ware sont deux auteurs américains importants. Personne de sérieux ne le conteste et on est parfaitement en droit d’apprécier les deux. Quant à choisir… avec ce système de vote 100% entre les mains des auteurs, le FIBD a fui devant les responsabilités qu’il avait lui-même inventé. Quelle importance ce grand prix peut-il avoir ? et pour qui ? Comme tous les ans, le nom du vaingueur fera deux lignes dans les media hors BD.

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    • Répondu par F. Biancarelli le 21 janvier à  11:13 :

      "Emmanuel Guibert,c’est pas celui pour qui les grands prix sont un concept inepte". J’imagine qu’il y a deux ans, vous vous êtes aussi amusé du revirement d’ Hermann.

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      • Répondu par La plume occulte le 21 janvier à  14:15 :

        Hermann s ’était exposé aux courants d ’air en prenant position contre le sens du vent.Vent qui a tourné pour prendre une direction en accord avec ses principes,son revirement avait du sens.
        Guibert s’ est exprimé à ce moment pour aller dans la direction précise du vent, surjouant jusqu’à l’absurde devant un public conquis d’avance.Une position qui lui revient aujourd’hui dans la face comme un boomerang.
        Amusant en effet.

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        • Répondu par Biancarelli. le 21 janvier à  19:14 :

          Forcément les excuses qui vous arrangent ont pus de sens que les autres. Allons allons, tout cela est très futile

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