La Crypte tonique N°0 : Imageries bruxelloises

1er octobre 2011 0 commentaire
  • Une nouvelle librairie consacrée à l'image sous toutes ses formes et notamment à la bande dessinée ancienne s’ouvre à Bruxelles : La Crypte tonique. Elle est tenue par Philippe Capart, dessinateur, animateur de dessin animé et grand admirateur du libraire bruxellois Michel Deligne.

En 1996, Philippe Capart, auteur d’un ouvrage de référence sur le dessin animé, Morris, Franquin, Peyo et le dessin animé (Éditions de l’An 2), est animateur dans le studio de dessin animé Klasky Csupo à Los Angeles (Les Simpsons, Duckman, Les Razmoket, etc.). L’American Way of Life l’étouffe. Pour survivre, il regarde un dessin accroché à son mur. Il est signé Beuville, c’est une illustration originale de La Morne au Diable d’Eugène Sue, un roman illustré du journal Tintin. Ce dessin, il l’avait acquis à la librairie Le Deuxième Souffle de Michel Deligne. « La force et la beauté du document relèvent de la magie et du sacré » écrit-il aujourd’hui. Il comprend que son destin n’est pas sur les bords du Pacifique.

15 ans plus tard, il rachète dans une vente par huissier vingt palettes des trésors de Michel et Henri Deligne. Avec ce stock, il crée un espace mi-commercial, mi-culturel, au 16 de la Galerie Bortier à Bruxelles : La Crypte tonique, où il distille pièce par pièce les joyaux accumulés par la figure emblématique de la librairie de BD bruxelloise.

La Crypte tonique N°0 : Imageries bruxelloises

Dans la Crypte tonique des pépites de nostalgie
Photos : D. Pasamonik (L’Agence BD)

En homme cultivé, il a dans l’idée de créer un « Magazine du magasin », comme Deligne avait pu le faire avec Curiosity Magazine où se mélangeaient curieusement les dessins de Ever Meulen, aujourd’hui publié dans le New Yorker, et de Michel Kichka, le caricaturiste le plus réputé d’Israël, mais dans un autre genre : Ce numéro zéro ne publie pas de BD mais une suite d’articles exhalant la nostalgie.

Sur la couverture, un dessin de Capart représente Michel Deligne. C’est bien lui, en quelques traits : costaud, bourru, les paluches énormes, les moustaches tombantes et ce regard qui ne dit rien mais qui n’en pense pas moins.

Deligne ! Il a été le meilleur évangéliste de l’âge d’or de la bande dessinée belge. Il fallait la voir sa boutique, véritable caverne d’Ali Baba rangée avec maniaquerie, dont chaque recoin recelait une pépite d’un autre temps. Louvoyer entre les rayonnages en évitant soigneusement sabres et flingues (car le lieu était aussi celui d’un passionné d’armes anciennes) était une aventure émotionnelle qui vous plongeait dans une connaissance profonde de l’histoire culturelle populaire des années trente à cinquante que n’offrait aucune université. C’est là que j’ai appris à épeler les noms de Giffey, Le Rallic, Calvo, Alex Raymond, Milton Caniff,… surgis d’une enfance qui ne m’appartenait pas.

Elle était celle en revanche d’auteurs que j’admirais : Hergé , Franquin, Jacobs, Morris, Tillieux, Jijé, Cuvelier ou Will dont je découvrais là les œuvres originales, mais que je pouvais aussi croiser personnellement de temps à autre dans ce temple. C’était mignon de voir le créateur de Tintin s’offusquer que l’on puisse vendre pour des milliers de francs belges son sulfureux Tintin au Pays des Soviets. On comprend que Capart ait été séduit par le personnage du libraire au chapeau de cow-boy.

Philippe Capart, devant le N°0 de La Crypte tonique
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Ce numéro de La Crypte tonique est un document exceptionnel car Capart a entrepris de raconter la passion bruxelloise de la bande dessinée, avec Michel Deligne (Curiosity House), Tania Vandesande (la librairie Pepperland), Georges et Nina Coune (Librairie The Skull) en figures de proue.

Ces personnalités qui ont formé des générations de collectionneurs et d’amateurs de bande dessinée jalonnent un parcours qui évoque les publications d’avant-guerre, les premiers albums apparus sur le marché, la coalition des « mauvais genres » (BD, SF, polar, érotisme…) dans des points de vente spécialisés, les débuts de la diffusion et les premiers salons de BD avec André Leborgne, les premiers argus et catalogues, les premiers fanzines, jusqu’aux libraires-éditeurs des années 1980 : Chlorophylle, Bédéscope, Jonas , Magic Strip…

En feuilletant ces pages, un polyptyque se déplie et brille de mille feux aux ors de la nostalgie.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Le magazine est disponible à La Crypte tonique, 16 galerie Bortier à 1000 Bruxelles (de 12 à 19 heures).

Il a un site Internet : LACRYPTETONIQUE.COM (pas très actif pour le moment)

Tel : + 32 2 514 14 92

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