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14e Rencontres Chaland 2021 : Ever Meulen l’espiègle

  • Ever Meulen est arrivé à Nérac. Le dessinateur belge, qui compte aujourd’hui 75 ans, avait bien connu Yves Chaland, « le prince de la Ligne claire ». Comme Chaland, il ne se réduit évidemment pas à ce mouvement créé par Joost Swarte en 1977. On a pu le constater en regardant les cimaises du Palais de la sous-préfecture de Nérac où les Rencontres Chaland se sont réfugiées cette année-ci : une exposition exceptionnelle d’originaux qui frappent par leur minutie et surtout par leur côté farce : chez Ever Meulen, l’humour est au détour de chaque trait de crayon.

Ever Meulen est avant tout un illustrateur, un formidable créateur de dessins de presse (pour Humo, le magazine TV flamand), d’affiches, réalisateur de couvertures mythiques, comme celles de Humo, de Raw ou du New Yorker. Retrouvant hier à Nérac son ami François Avril (les deux dessinateurs se connaissent bien : Avril œuvre entre Paris, Bruxelles et Perros-Guirec en Bretagne), il a cette expression parlant de lui et de son complice, dans son français émaillé de flamand : « Nous ne sommes pas des bandedessinateurs… » De fait, Avril et lui ont fait des BD à leurs débuts, mais aujourd’hui, ils sont surtout illustrateurs.

Mais son influence sur le mouvement de la Ligne claire a fait d’Ever Meulen un point cardinal pour une génération de dessinateurs. Regardant hier les affiches exposées dans la rétrospective qui lui était consacrée, Frédéric Bézian qui avait fait dans sa jeunesse ses études à Bruxelles nous dit : « Cette affiche-là, je l’avais détachée du mur où elle était collée ; je l’ai toujours ! » À côté de lui, Peter Van Dongen, l’un des dessinateurs actuels de Blake et Mortimer, commente : « Moi cette affiche-là, il me l’avait donnée quand j’étais allé le voir il y a une trentaine d’années, j’avais 16 ans... ».

14e Rencontres Chaland 2021 : Ever Meulen l'espiègle
Photo : Auxence Delion

Qu’Ever Meulen ait été une des influences majeures du mouvement de la Ligne claire, c’est une évidence. La présence à Nérac de Joost Swarte, venu spécialement pour célébrer le dessinateur belge, le confirme. Ever Meulen était vénéré par la jeune génération. N’avait-il pas dessiné le logo de la collection Atomium de Magic Strip ? Serge Clerc, le « dessinateur-espion » de Métal Hurlant, compagnon de route de Chaland, ou Philippe Wurm, le dessinateur d’une biographie d’Edgar P. Jacobs qui doit paraître chez Glénat en novembre, tous deux également présents hier soir, confirment cette influence.

Isabelle Beaumenay-Chaland et Ever Meulen
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Car il a beau ne pas être un « bandedessinateur », l’illustrateur bruxellois est directement influencé par la bande dessinée : Jacobs dont il avait découvert, émerveillé, Le Rayon U dans Bravo, Hergé (un peu), Jijé (beaucoup) ou le dessinateur de Tif & Tondu. Willy Vandersteen aussi dont on retrouve dans l’expo une planche parodiée de Suske & Wiske (Bob & Bobette) truffée d’allusions à la fumette dans la droite ligne des farces de Tante Leny Presenteert et de l’humour « déconstructif » d’Yves Chaland et de Luc Cornillon dans Captivant.

Photo : Auxence Delion

Enfin, surtout, en amateur de sports mécaniques, c’est un dessinateur du Journal Tintin aux automobiles rutilantes, Jean Graton, qui cristallisait sa passion. Ever Meulen est d’ailleurs un ami des jumeaux Vanderstricht, architectes érudits de l’automobile, qui étaient les créateurs de quelques-unes des premières Vaillante.

Yves Chaland, Ted Benoît, Serge Clerc, François Avril ont tous croisé le maître dans son garage d’Anderlecht, transformé en atelier de dessin, où trône en majesté sa célèbre Oldsmobile vert Véronèse. Car, en retour, avec ses petites notations graphiques à la Brueghel, ses perspectives à la Chirico, ses typographies à la Raymond Loewy, son influence sur la bande dessinée est considérable.
À ce titre, après Ted Benoît, après Joost Swarte, après Serge Clerc et Floc’h, sa présence à Nérac est une évidence.

Et tant pis s’il n’est pas vraiment un « bandedessinateur ».

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Les Rencontres Chaland ont lieu jusque dimanche soir et les expositions jusqu’au 10 octobre.

 
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3 Messages :
  • Nous connaissons les célèbres logos de Raymond Loewy (Lu, New Man, Lucky Strike, BP, Shell, Exxon, Hoover, Coop…) mais que vous voulez dire par "ses typographies à la Raymond Loewy" ?.Loewy était designer et graphiste mais pas à proprement parler un typographe. Les typos de ses logos n’ont pas une identité particulière comme celles de Neville Brody, Allan Fletcher ou Hermann Zapf.
    Pourriez-vous me citer un ouvrage sur l’art de la typographie de Raymond Loewy, ça m’intéresse !

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    • Répondu le 4 octobre à  05:23 :

      Ah bon, un logo, ce n’est pas de la typo ? Parlons d’Ever Meulen, voulez-vous. La référence est très précise : Eddy était fasciné par la Studebaker dont il a repris plusieurs fois, surtout à ses débuts, les logos et signatures graphiques, notamment l’Avanti (de même que Jean Graton, qui s’est inspiré de la Lazy S pour celui des Vaillante).

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      • Répondu le 4 octobre à  06:40 :

        Un logotype n’est pas une typographie de la même manière que la calligraphie n’est pas de la typographie. Les termes techniques ont un sens précis. Les designers et les graphistes ne sont pas nécessairement des typographes. C’est ce qu’ont m’a enseigné aux arts appliqués.
        Loewy n’était pas typographe mais graphiste et designer industriel.

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