1945 - par Keiko Ichiguchi - Kana

14 septembre 2005 2
  • Avec {1945}, Keiko Ichiguchi s'interroge sur la pureté du sentiment en temps de guerre. Elle nous entraîne dans une escalade de violence et de la folie collective au quotidien, à travers le destin croisés de trois personnages principaux tiraillés entre le besoin de vivre leur vie comme ils le méritent, et l'envie dévorante de liberté et de justice.

Automne 1939 : la guerre est déclarée. La "ligue des jeunes filles allemandes" et les "jeunesses hitlériennes" rassemblent de gré ou de force toute la jeunesse du pays. Elen, par manque de motivation personnelle, et son frère Maximilian, par conviction politique, refusent de se joindre aux organisations nazies. La jeune fille revoit Alex, dont elle avait fait la connaissance quelques années auparavant. Difficile de s’aimer quand la guerre vous sépare ou vous oppose...

Les personnages d’Elen et de Max sont directement inspirés d’un groupe d’étudiants de l’université de Munich (dans l’histoire, l’auteur les transpose à Offendorf) appelé la Rose Blanche et qui tenta de s’opposer au régime d’Hitler en distribuant des tracts antinazis. Bien sûr, il est impossible de comparer la portée et la signification des actions de la Rose Blanche avec les méthodes employées par les résistants dans la plupart des pays opprimés. Mais manifestement, l’Histoire n’est, pour Keiko Ichiguchi, qu’un prétexte (un décor) pour rencontrer l’émotion.
Le parti-pris d’opposer uniquement des Allemands entre eux est intéressant. Il évite le manichéisme et renvoie surtout chaque personnage à ses propres contradictions émotionnelles : le courage, la persévérance, la foi en un idéal, mais aussi et surtout l’esprit de sacrifice pour une cause ; tous ces sentiments sont malmenés par les évènements pour finalement faire ressortir la part d’humanité enfouie en Max, Elen et Alex. L’auteur axe son récit sur l’ambiguïté des émotions, la difficulté d’éprouver un sentiment pur quand le contexte historique et politique ne s’y prête pas.

De ce point de vue, le personnage le plus fascinant est sans contexte Alex. Celui-ci rend les Juifs responsables de la mort de ses parents. Mais lors de la bataille de Stalingrad Alex commence à s’interroger sur le massacre des juifs. La scène où son ami Schultz est tué, constitue de ce fait une charnière dans le récit. Dommage que ce genre de séquences qui approfondit l’évolution des sentiments soit si rare. C’est sans doute là le point faible de ce manga. 1945 est un "one-shot" et les personnages traversent les six années de guerre à toute vitesse.

Le trait de Keiko Ichiguchi est relativement classique. L’auteur minimise les décors pour mieux centrer l’attention sur les personnages. Certaines images, plus symboliques, propulsent le lecteur hors du récit et l’invitent à s’attarder un peu plus sur tel ou tel sentiment.
En résumé : un livre intéressant mais qui méritait plus de pages.

(par Laurent Boileau)

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2 Messages :
  • > 1945 - par Keiko Ichiguchi - Kana
    15 septembre 2005 11:01

    La libraririe Brüsel à Bruxelles organise avec les éditions Kana une grande exposition sur 1945 de Keiko Ichiguchi. Vernissage, dédicace, planches... un rendez-vous à ne pas rater. Du 23 septembre au 16 octobre.

    A ne pas rater non plus, le patron de éditions Kana, Yves Schlirf, faisant depuis la librairie Brüsel la pub de cette manifestation sur la chaine télé-bruxelles (dans "Dites-nous tout", 24h/24h ).

    Voir en ligne : En ligne :1945, exposition et dédicace chez Brüsel

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  • > 1945 - par Keiko Ichiguchi - Kana
    9 janvier 2006 20:22, par grunge

    j’ai acheté ce livre avec un petit apriori au départ, en pensant que l’histoire était un peu "cucu", mais dès les premières pages je me suis laissé guidé par cette histoire qui au premier abord parait simple mais se révèle pleine de secret comme sait le faire keiko ichiguchi...
    bien mieux qu’une soirée télé sans intérêt...

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