Humanoïdes Associés : Pierre Spengler s’explique

14 septembre 2005 0 commentaire
  • L'info a été publiée trop discrètement sur le site des Humanos : anticipant l'annonce du passage de Bilal chez Casterman, Pierre Spengler, le nouveau propriétaire des Humanoïdes Associés, explique ce départ, en même temps que les motivations qui l'ont poussé à prendre le contrôle du célèbre label créé voici trente ans par un quarteron d'idéalistes.

C’est un événement peu banal, du moins de ce côté de l’Atlantique : un éditeur de BD se fait racheter par un producteur de cinéma dans le but avoué de pouvoir disposer d’un catalogue de sujets et de personnages susceptibles d’être adaptés pour le grand écran. Pierre Spengler est cet homme-là. Longtemps associé avec Alexandre et Ilya Salkind, il a notamment produit les deux films des Trois mousquetaires de Richard Lester, les trois premiers films de Superman, et Santa Claus.

Devant la difficulté à acquérir les droits d’exploitation cinématographique du superhéros de la planète Krypton, il avait même, à l’époque, envisagé de racheter DC Comics. Cela ne s’est pas fait et il le regrette bien depuis. C’est par l’entremise de son ami Alejandro Jodorowsky qu’il se penche sur le dossier des Humanoïdes Associés dont le propriétaire Fabrice Giger, acculé par le besoin d’argent, cherchait urgemment à se débarrasser : « Jodorowsky m’a signalé qu’il y avait des tensions au niveau des propriétaires des Humanos et qu’il y avait donc une possibilité de reprendre la maison tout en gardant l’équipe dirigeante en place », nous dit Pierre Spengler sur le site des Humanos. « J’ai donc étudié le dossier et me suis convaincu que je pouvais rassembler le financement. Le fait qu’une équipe compétente soit en place et fasse tourner la maison m’a également rassuré et j’ai donc fait une offre qui a été acceptée. »

Un catalogue destiné au cinéma ?

Sa principale motivation ? Disposer d’un catalogue de droits : « Il y a plusieurs titres dont le potentiel me paraît évident », explique Pierre Spengler, «  et que je compte soit faire développer sous licence par des productions extérieures, soit dans certains cas les développer moi-même à travers ma structure de production. Un titre est d’ailleurs déjà en développement et j’espère le produire l’année prochaine. Mais superstition oblige, je n’en dirai pas plus. Les Humanos restent un éditeur de livres de bande dessinée. L’équipe en place continuera de développer la maison dans cette ligne. Quant à moi, j’essaierai de développer le côté audiovisuel qui me semble jusqu’à présent très sous-exploité. »

Le départ de Bilal pour Casterman

Evidemment, Pierre Spengler se trouve un peu obligé, vu l’actualité, de s’expliquer sur le départ fracassant de Bilal pour les éditions Casterman. Il signale que le dessinateur de La Trilogie Nikopol avait exprimé son désir de partir dès fin août 2004, « le lendemain de la signature de reprise des Humanos. » Il explique les circonstances de la vente d’une partie de ce catalogue à Casterman : « Six mois plus tard, et alors que les problèmes liés à la reprise n’étaient toujours pas résolus, on m’a présenté la possibilité du transfert d’une partie de notre catalogue Bilal vers Casterman bien entendu avec son accord. Il est certaines décisions commerciales qu’il faut prendre à certains moments et celle-ci en est une. » On ignore à ce stade quels sont exactement les problèmes liés à la reprise des Humanos et l’on imagine que ce départ résolvait un problème personnel avec l’auteur, tout en soulageant la trésorerie de l’éditeur.

C’est donc sur un catalogue resserré que les Humanos relancent la machine, les velléités de « vente par appartement » étant, selon Pierre Spengler, révolues. Annonçant l’arrêt des transferts, il précise : «  Avec l’accord de mes partenaires financiers, j’ai également cessé toute discussion envisageant la revente des Humanos. Je sais que l’équipe et les auteurs, y compris Jodorowsky, souhaitent que soit préservée l’indépendance des Humanos et nous nous attacherons à ne pas les décevoir. »

En tout cas, les lecteurs ne seront pas déçus puisque l’événement de la rentrée est sans aucun doute Le petit Bleu de la Côte-Ouest, un polar adapté d’un roman de Jean-Patrick Manchette par Tardi, sans doute un des meilleurs albums de l’auteur d’Adèle Blanc-Sec.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Lire l’intégrale de l’interview de Pierre Spengler (18-08-2005) sur le site des Humanoides Associés

En médaillon : Pierre Spengler ; Photo : DR

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