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Adieu Kevin O’Neill !

Par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 8 novembre 2022                      Lien  
Les chroniqueurs du futur retiendront sans doute ce moment de l’histoire de la BD -vers 1984- où la bande dessinée britannique a bouleversé le comic book américain. Sa figure de proue avait pour nom Alan Moore et, dans son sillage, il emmena une série de talents, dessinateurs comme scénaristes, qui n’allaient pas tarder à se faire un nom. La revue britannique de SF 2000 AD, l’éditeur de Judge Dredd, en avait été le principal creuset. L’une des figures graphiques les plus créatives de la revue, tout en restant d’une facture classique, était Kevin O’Neill. Il vient de disparaître à l’âge de 69 ans.

Né en 1953 à Eltham, une cité ouvrière de la banlieue sud de Londres, d’un père anglais et d’une mère irlandaise, Kevin O’ Neill, est obligé de travailler très jeune comme garçon de bureau dès l’âge de 16 ans pour la firme IPC et bientôt comme graphiste, coloriste et dessinateur free lance. Il collabore dès cette époque à diverses revues et fanzines, dans le domaine particulier de l’horreur.

Revenant à IPC comme directeur artistique, très respectueux des artistes, il travaille en tandem avec son rédacteur en chef Pat Mills, le grand scénariste et éditeur anglais (La Grande Guerre de Charlie, Sláine, Sha, Requiem, Chevalier Vampire…) au tournant des années 1980, avec des séries comme Marshall Law, Ro-Busters, A.B.C. Warriors, Nemesis the Warlock ou Metalzoic qu’il co-créent ensemble et où il s’éclate à créer des robots et des monstres tout à fait réjouissants.

Adieu Kevin O'Neill !
Marshall Law de Pat Mills et Kevin O’ Neill
© Fleetway

Dans Nemesis the Warlock, par exemple, un extraterrestre aux pieds fourchus, féru de liberté, combat un empire interplanétaire xénophobe et fasciste dirigé par l’inquisiteur Torquemada qui s’est donné pour mission d’exterminer toute vie extraterrestre « déviante ». Personnages et décors prennent un tour baroque et humoristique avec des constructions qui prennent parfois des formes suggestives, par exemple en forme de pénis… Une expression iconoclaste anti-establishment, typique des « années Tatcher », qui en fait l’une des séries les plus populaires de 2000 AD. Son passage sur Judge Dredd se fait également remarquer par son côté déconstructif patent.

En raison de la violence extrême de certains de ses dessins et d’une nudité considérée comme provocante, il attire comme il se doit l’attention de l’organisme étasunien de censure qu’est le Comics Code Authority, une autorité en perdition qui lui confère une sorte de gloire. Même la BD érotique Bitchcraft, qu’il dessine pour le magazine Penthouse, sur un scénario de Tony Skinner, lui vaut les foudres du puritanisme américain et parfois même de lourdes amendes

La Ligue des gentlemen extraordinaires
Ed. Delcourt.

C’est donc en « dessinateur maudit » que, à la suite d’une collaboration de courte durée sur Green Lantern avec Alan Moore pour DC Comics (elle aussi tancée par le CCA...), il entame avec le grand scénariste anglais la série La Ligue des gentlemen extraordinaires, une sorte de crossover des plus grands héros de la littérature d’aventure du XIXe siècle, qu’il dessine pour le label Comics, America’s Best Comic de Wildstorm, une filiale de DC (chez Delcourt en France). Elle lui vaudra une notoriété mondiale.

C’est un beau dessinateur qui pose son crayon aujourd’hui.

Moebius et Kevin O’ Neill en 2004.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Code EAN : 9782809470703

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1 Message :
  • Adieu Kevin O’Neill !
    10 novembre 2022 12:38, par Seb

    Bel hommage Didier, mais pour être précis les 2 premières séries de la Ligue en France c’est aux Editions USA, c’est la 3e qui a été publiée chez Delcourt, avant que le HS et le 4e ne soient publiés par Panini (qui rééditera tout le reste).

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