Aldobrando – Un conte, une quête, et une superbe surprise de 2020 !

21 janvier 2020 2 commentaires
  • Un gamin confié par son père à un vieux sage… Une princesse, un prince vicieux, des prisonniers torturés, un roi sans âme, et une quête de justice et d’identité. Voilà la recette d'un livre à ne rater sous aucun prétexte !

Avant d’aller combattre dans la fosse, dont il sait qu’il ne reviendra pas vivant, un homme confie son fils à un vieux mage en lui demandant d’en faire un homme capable de découvrir le monde.

Des années plus tard, ce gamin, Aldobrando, a grandi. Un jour, son maître, gravement blessé, l’envoie à la recherche de la plante rare qui seule pourra lui sauver la vie. C’est le début d’une quête initiatrice passionnante pour notre héros.

Le fil conducteur de l’album utilise tous les codes habituels du conte pour enfant, mais pas seulement. Le récit, dont les personnages sont inspirés par un jeu italien, utilise parfois certains codes graphiques de ce média. Sans pour autant n’être qu’un énième adaptation d’un jeu en BD, Aldobrando parvient à faire de tous ces codes mêlés une trame qui transforme l’histoire pour enfants en une narration pour adultes.

Mais des adultes qui gardent tout au fond d’eux leur âme d’enfant et leur capacité à s’émerveiller, et qui vont, de page en page, découvrir de nombreuses péripéties évoquant la politique, l’esclavage, le pouvoir, la dictature. Grâce à cette dimension moraliste, plus que dans un conte, on se retrouve projeté dans une fable.

Aldobrando – Un conte, une quête, et une superbe surprise de 2020 !

Côté scénario, Gipi se révèle extrêmement talentueux. On se trouve, certes, loin de son extraordinaire La Terre des Fils, mais on retrouve malgré tout quelques parallèles bienvenus. Gipi est avant tout un raconteur d’histoires, et ses récits sont autant de point de vues sur notre société et ses dérives.

Pour le dessin, un seul mot : somptueux ! Luigi Critone ne se contente pas de reproduire le dessin qu’il dévoilait dans l’excellent Je, François Villon, mais il adapte son trait au conte qu’il met en scène. Les codes utilisés par le scénariste deviennent les siens, et les univers qu’ils créent tout au long des quelques 204 pages sont sans cesse plausibles.

Il démontre un sens aigu de la perspective (qui n’est pas si fréquent que cela en bande dessinée), un intérêt tout particulier pour son personnage principal, et pour les visages et leurs expressions.

Sous ses crayons, les yeux restent toujours expressifs, même lorsqu’il se contente de les dessiner "à la ligne claire", de deux points seulement. Grâce au travail du rythme et de la mise en scène du dessinateur, le récit ne trouve aucun temps mort, et met bien en évidence l’amour, l’amitié, la justice… Et la mort !

Même dans les scènes de combat, on ne trouve aucune surenchère graphique. À la place, un travail de la couleur absolument phénoménal. Deux coloristes se sont partagés le travail, Francesco Daniele et Claudia Palescandolo. En donnant à chaque type de séquence une teinte précise, pour soutenir une action, une émotion etc, ils donnent à la couleur une place importante dans la narration.

Aldobrando est assurément une magnifique réussite. Une fois ouvert, on le dévore d’une traite, et il continue à nous travailler même après la dernière case. Pour ses questions sur l’âme humaine et ses dérives, et son message profondément humaniste, il s’avère être d’une pertinence rare.

Foncez donc chez votre libraire, voilà un achat que vous ne regretterez pas une seule seconde, soyez-en sûrs !

(par Jacques Schraûwen)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Aldobrando - par Luigi Critone et Gipi – couleurs de Francesco Daniele et Claudia Palescandolo - Casterman - 204 pages – Parution janvier 2020

 
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2 Messages :
  • Bruti, puisque c’est de lui qu’il s’agit, n’est pas un jeu vidéo mais un jeu de société à base de cartes...
    Du coup, cela pose question sur les codes graphiques de ce medium repris ici.

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    • Répondu le 23 janvier à  15:08 :

      J’avoue ne pas connaître ce jeu... Et avoir, donc,mal compris ce que me disait le dessinateur lors de notre rencontre... Quant aux codes, là aussi, c’est le dessinateur qui m’a dit qu’il avait dans u premier temps cherché à faire comme dans le jeu, et que, très vite, avec l’aval du scénariste, il s’en était éloigné... Merci, en tout cas, pour votre commentaire, et pour la petite correction que je vais m’empresser de réaliser !

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