Arzak Rhapsody pour le magazine "Heavy Metal" qui fête son numéro 300.

11 août 2020 0 commentaire
  • Heavy Metal, c’est la version américaine du mythique magazine Métal Hurlant, mémorable journal qui, avec la mise en lumière de genres dits mauvais tels la SF, la Fantasy, le fantastique, mâtinés de sexe et de Rock ‘n Roll, va secouer le monde de la BD dans les années 1970 et 1980. Sous le crayon plein de démangeaisons de créateurs comme Jean Giraud/Moebius et Philippe Druillet, entre autres.

Alors oui, Métal Hurlant s’est arrêté au milieu des années 1980, victime d’un bilan comptable sans complaisance pour les systèmes de gestion trop enthousiastes et bohèmes, ce que d’aucuns, plus terre à terre, qualifient froidement d’amateurisme, car plus que les imaginaires les plus débridés, les réalités sont cruelles, pour les rêveurs.

Métal Hurlant victime aussi et surtout du temps qui passe, et des goûts ou des habitudes qui changent. Toutefois, heureuse nouvelle et résurrection qui permet de rester dans le ton : Métal Hurlant devrait faire son retour bientôt, avec une toute nouvelle équipe à la faveur d’une license concédée à un nouvel éditeur.

Arzak Rhapsody pour le magazine "Heavy Metal" qui fête son numéro 300.
Métal Hurlant n°1 sort en décembre 1974 et Heavy Metal n°1 en avril 1977. Un seul a survécu, mais il semblerait que...
© Les Humanoïdes Associés, Heavy Metal.

Mais Heavy Metal, la Version US du magazine, a de son côté continué son petit bonhomme de chemin, avec des hauts et des bas et plusieurs propriétaires, certes, jusqu’à ce numéro historique 300. Bel exploit.

Voici Taarna la taarakienne, guerrière apparue dans le film d’animation Heavy Metal de 1981 et désormais digne égérie de Heavy Metal. Elle fait logiquement la Une de ce numéro historique.
© Heavy Metal.

Un numéro 300 qui va finalement sortir en ce chaud mois d’août, sortie auparavant contrariée par la pandémie du Covid-19 qui a freiné bien des élans.

Peu importe les tempêtes, à l’image de "Heavy Metal", l’intrépide Taarna, valkyrie à cheval sur un ptérodactyle, avance !
© Heavy Metal.

Imperturbable et faisant fi des futures années de marasme promises par les Cassandre, le magazine compte affronter les prochaines années le mors aux dents, comme le prouve le lancement d’un nouveau label, si opportunément appelé Virus, un hasard heureux si on en croit le tout nouvel et très enthousiaste éditorial, Matt Medney président d’Heavy Metal depuis décembre dernier en tête, qui explique qu’il voit dans ce choix le reflet de la crise actuelle, avec ce virus qui nous éloigne les uns des autres, tandis que nous pouvons trouver refuge dans des histoires susceptibles de nous rapprocher.

Attention Virus arrive, vous êtes priés de ne pas garder vos distances !
© Heavy Metal.

Virus tiendrait plus de la “plateforme” numérique, sorte de boutique de comics en ligne, véritable alternative aux réseaux traditionnels de distribution qui ont montré leurs limites avec la crise du Coronavirus et la paralysie du marché,. Virus qui s’inspire des sites de contenu à la demande, mais ici avec des numéros physiques, à la demande aussi, sur papier imprimé donc.

De plus, les artistes publiés par Virus recevront quoi qu’il arrive, et dès le départ, 15% du prix de vente pour chaque numéro. Ce qui reste un net avantage aux USA, face à toutes les autres structures qui ne sont soutenues par de gros éditeurs, du style DC Comics et Marvel, avec des auteurs qui limitent ainsi mieux les risques financiers, en lançant leurs nouveaux projets.

Heavy Metal 300 sort finalement ce 19 août, accompagné de ses deux couvertures variantes.
© Heavy Metal.

Mais nous y voilà, le 300 arrive, alors comment mieux fêter un tel numéro anniversaire, quand ses sujets de prédilection sont la science-fiction, l’étrange et le fantastique ? Tout simplement en braquant les projecteurs sur Moebius, qui représente si talentueusement ces genres. Oui, Moebius : maestro, cofondateur, animateur graphique et narratif remarqué de Métal Hurlant et Heavy Metal, avec son trait de plume ferme et envoûtant . En avant la musique.

Le mutique Arzak sur son ptéroïde, plus fier symbole du magazine "Métal Hurlant", devait être fêté par "Heavy Metal."
© Moebius, Wolfland Pictures, Carrère Group, France 2.

Arzak Rhapsody : en 2002, Moebius a écrit, dessiné et réalisé une série de dessins animés d’environ 3 minutes 40, basés sur son personnage Arzak, le mutique chevaucheur de ptérodactyle mécanico-organique, qui était un incontournable de Métal Hurlant et de Heavy Metal.

Alors, bien sûr, la technologie utilisée, vectorielle et animation Flash datée, peut paraître sommaire au regard des choses superbes qui se font aujourd’hui, mais Moebius à ce moment faisait une nouvelle fois la preuve d’une certaine volonté d’expérimentation, avec des outils relativement nouveaux.

Arzak s’anime, plus ou moins. Mais le rythme imposé semble lui convenir.
© Moebius, Wolfland Pictures, Carrère Group, France 2.

Il y a eu 14 épisodes de cette série, qui s’améliore tout au long, forte d’intervenants à la maîtrise qui se rode. Heavy Metal en propose cinq. Les autres sont consultables ici, à voir ou à revoir sur YouTube

Moebius et les images numériques étaient faits pour se rencontrer.
© Moebius, Geoffrey Niquet.

De toute manière Heavy Metal aime fêter Moebius, numéro-anniversaire ou pas. Le maître a souvent prêté crayons et inspiration pour des projets audiovisuels. Comme par exemple pour “La Planète Encore”, autre récit animé qui se déroule dans le Monde d’Edena, du même Moebius. Un court-métrage numérique en CGI de huit minutes co-dirigé par Moebius et Geoffrey Niquet. Quelques secondes seulement, ce qui reste frustrant.

Du bout de son crayon, Moebius a posé sa touche créative sur divers médias, ou les a influencés.
Photo D. Pasamonik (L’Agence BD)

Mais Moebius et un écran c’est aussi ses travaux pour le projet avorté Dune, pour Tron, Willow, Les Maîtres de l’Univers, Abyss, le Cinquième Élément
Alors pour rêver un instant Heavy Metal se penche à l’occasion sur son travail de designer pour Abyss de James Cameron, un moment de contemplation pure

Avec l’incroyable Moebius à la manoeuvre, on est facilement transporté.
© Moebius

Mais aussi sur le film fantastique Willow de Ron Howard, film supervisé par George Lucas, grand fan de BD et d’illustrations. Encore une belle (re-)découverte.

L’oeuvre de Jean Giraud/Moebius doit beaucoup à l’utilisation de références photos, mais, comme magistralement ici, il a démontré qu’il savait aussi faire sans.
© Les Humanoïdes Associés

De toute façon, Jean Giraud/Moebius on le redécouvre sans cesse, ce qui reste la force des plus grands créateurs. Heavy Metal et tous les fans n’ont pas attendu 300 numéros pour s’en rendre compte.

(par Pascal AGGABI)

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