Benn, Brunschwig & Runberg : « Mic Mac Adam croise enfin des personnalités authentiques de la guerre des tranchées »

11 avril 2006 0 commentaire
  • Plus de quinze ans après la dernière aventure scénarisée par Stephen Desberg, André Benn a souhaité faire revivre Mic Mac Adam. Le premier tome d'un cycle de cinq est paru en 2001. Luc Brunschwig et Sylvain Runberg imaginent ensemble les aventures de cet écrivain écossais qui s'intéresse au fantastique et aux sciences parallèles.

Pourquoi avez-vous souhaité redonner vie à Mic Mac Adam en 2001 ?

André Benn : J’assumais le dessin et le scénario de ma précédente série, Woogee. Ce fut une expérience très prenante et très gaie, mais elle m’épuisait ! Si bien que j’ai eu envie de passer provisoirement à autre chose. Je n’avais jamais totalement oublié Mic Mac Adam. Les nombreuses rééditions, en français ou en néerlandais, m’ont permis de garder ce personnage dans un recoin de mon esprit. J’ai toujours su que je lui redonnerais vie un jour.
Je m’imaginais que ce serait relativement aisé de le dessiner à nouveau. Je me suis trompé. J’ai mis plus d’un an à réaliser des recherches graphiques ou documentaires. On ne reprend pas une série que l’on a mise de côté pendant quinze ans aussi facilement !

Votre graphisme dans les Nouvelles Aventures de Mic Mac Adam est plus réaliste.

AB : C’est plutôt logique ! Mon style s’est bonifié avec le temps. Je voulais respecter l’identité de la série. Mais je devais en même temps tenir compte de mon évolution graphique et de mon envie de dessiner quelque chose de différent.

Benn, Brunschwig & Runberg : « Mic Mac Adam croise enfin des personnalités authentiques de la guerre des tranchées »
Extrait de Mic Mac Adam T4.

Votre dessin est également plus sombre.

AB : Avant d’entamer ces Nouvelles Aventures de Mic Mac Adam, je n’avais jamais eu envie de travailler au pinceau. Cette intrigue a comme toile de fond la Première Guerre mondiale. J’ai visité des tranchées qui ont été reconstituées sur différents lieux historiques de cette guerre. J’ai été frappé de constater que les Français et les Allemands étaient à une cinquantaine de mètres les uns des autres. Cent mille personnes y vivaient un cauchemar permanent. J’ai emmagasiné beaucoup d’émotions et d’images en découvrant ces tranchées.
Cela a influencé mon trait, qui est devenu plus noir. Il m’était impossible d’illustrer cette période en ne partageant pas mon ressenti !

Pourquoi avez-vous choisi Luc Brunschwig pour écrire ce nouveau cycle ?

AB : J’avais lu une interview de Luc dans La Lettre de Dargaud qui m’avait fort touché. Je l’ai contacté et il m’a demandé quelques jours de réflexions. Lorsqu’il fut partant pour l’aventure, je l’ai invité chez moi pendant une semaine. Nous avons fait connaissance et on a discuté de nos points de vue sur Mic Mac Adam.

Avez-vous élaboré la trame de l’histoire avec lui ?

AB : Luc m’a suggéré ce qu’il souhaitait écrire. Nous avons eu des tâtonnements et des périodes difficiles lors de la création du premier album, puis nous sommes arrivés à un compromis.

Extrait de Mic Mac Adam T4.

Le retour de Mic Mac Adam a dû provoquer une bouffée de nostalgie. Certains lecteurs ont grandi en lisant ses aventures dans Spirou.

AB : Effectivement. L’accueil est plutôt bon, mais j’imagine que certains lecteurs ont été déçu par l’évolution du personnage.

Benn, hilare, en compagnie de son éditeur, Yves Schlirf
Photo (c) Nicolas Anspach

Luc Brunschwig, pourquoi avoir pensé à Sylvain Runberg pour co-scénariser avec vous cette série ?

Luc Brunschwig : Pour trois raisons bien différentes : Sylvain m’avait accompagné, alors qu’il faisait partie de l’équipe commerciale des Humanoïdes Associés, lors d’une séance de dédicace pour Angus Powderhill. Afin qu’il ne s’ennuie pas, je lui ai passé l’exemplaire du premier album de Mic Mac Adam que je trimbalais partout avec moi. L’album n’était pas encore en vente et il fut l’un des premiers à me donner son sentiment sur ce livre. Il avait été particulièrement dithyrambique. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui m’ont fait penser à lui lorsque mon frère, Yves [1], m’a annoncé qu’il ne pourrait poursuivre la série avec moi.

Luc Brunschwig
Photo (c) Virginie Garnier

Sylvain a beaucoup œuvré dans les coulisses de la bande dessinée. Il fut libraire, puis s’est occupé de la gestion des salons et des rapports avec les librairies au sein des Humanoïdes Associés. Lorsqu’il m’a annoncé qu’il se lançait dans le scénario, j’ai eu la bêtise de lui en demander la raison. Il m’a alors répondu que c’était le Pouvoir des Innocents qui lui avait donné envie de se mettre à l’écriture. Je lui ai demandé : « Quelle autre série à part celle-là ? ». Il m’a confié : « Juste celle-là ! ». J’étais surpris, mais je sentais des affinités entre nous, et une certaine responsabilité par rapport à ce soudain changement de cap. Je me suis donc mis à suivre ce qu’il faisait. Et une profonde amitié s’est installée entre nous.
Enfin, Sylvain a fait des études d’histoire. Le contexte historique est de plus en plus présent dans ce quatrième album. Cela nécessitait donc une collaboration avec un scénariste qui soit capable de s’immerger dans une documentation que je ne possède pas.

Comment se déroulent vos séances de travail ?

LB : Sylvain aime réfléchir en marchant. Nous avons donc beaucoup marché pendant cinq jours, tout en discutant de nos envies par rapport à ce quatrième album de Mic Mac Adam. Le danger dans ce genre de scénario, faussement classique, c’est de vouloir faire de la bande dessinée linéaire et faire passer les événements avant les personnages. Nous avons « tricoté » la continuité événementielle ensemble (durant ces cinq jours), et ensuite, chacun de notre côté, nous avons ramené l’émotion des personnages dans le découpage et appréhendé les scènes et les dialogues.

Sylvain Runberg, pourquoi avez-vous accepté de participer à cette aventure narrative ?

SR : J’étais un lecteur de ces Nouvelles Aventures de Mic Mac Adam, et celles-ci m’avaient enthousiasmé tant sur le plan graphique que scénaristique. Quand Luc m’a proposé de réaliser un essai pour co-scénariser cet album, je ne pouvais qu’accepter. Même si travailler avec deux pointures comme Luc et André engendre une certaine pression...
Mais finalement, ce travail a été une expérience très enrichissante et surtout un véritable régal !

Extrait de Mic Mac Adam T4.

Avez-vous eu un réel plaisir d’écriture ? La trame générale a été inventée par Luc Brunschwig. Son imaginaire n’est pas forcément le même que le vôtre.

SR : Nous nous sommes retrouvés assez naturellement sur des thèmes qui nous tenaient à cœur tous les deux grâce à ce mélange de contexte historique et de fantastique. C’est un genre que j’apprécie beaucoup et que j’aborde moi-même dans des projets à paraître l’année prochaine. Mais c’est vrai qu’en apparence, Mic Mac Adam est éloigné de ce que j’ai publié jusqu’à présent.

Sylvain Runberg
Photo (c) N. Anspach

Qu’en est-il de votre technique de travail ?

SR : Nous avons défini ensemble l’architecture générale de l’histoire, avant de la proposer à André Benn sous la forme d’un « séquencier ». Puis, nous avons fait « un ping-pong d’écriture » durant la réalisation de l’album. Nous écrivions alternativement les scènes, et nous nous échangions nos travaux et nos impressions. Nous retouchions le découpage si nécessaire, puis l’envoyions à André. C’était une collaboration stimulante !

Pourriez-vous nous résumer l’intrigue de ce quatrième et avant-dernier album du premier cycle ?

SR : Mic est convié en Alsace, au printemps 1916, en compagnie d’autres journalistes. Les autorités germaniques souhaitent qu’il assiste au triomphe de Vickie Pitcott, qui sous l’influence du dieu Akunchor, a rallié le Saint Empire. La jeune femme est courtisée par le Konprinz Guillaume en personne. Mic va essayer de la tirer des griffes du démon.
Allister Mac Adam, le père de Mic, est convié à Londres par le gouvernement britannique. Celui-ci veut l’obliger à engager physiquement ses Kobbels dans la bataille, pour contrer les méfaits des fidèles d’Akunchor qui se sont alliés aux Allemands.
Nos héros vont croiser des personnalités authentiques de ce conflit, comme par exemple : Mansfield Cumming, Herbert Asquith ou encore Erich Von Falkenhayn. Ils vont tous tenter d’influer sur leurs destins respectifs. Et pas pour le meilleur en général.

(par Nicolas Anspach)

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Images (c) Benn, Brunschwig, Runberg et Dargaud

[1qui a co-scénarisé le troisième album

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