Bo Doï n°111 : Dans la jungle ou dans le zoo ?

16 octobre 2007 0 commentaire
  • Le magazine poursuit sa métamorphose... en douceur. Tout en conservant ses valeurs sûres.

Histoire de survivre dans le monde sans pitié de la presse BD, BoDoï sort ses griffes en nous emmenant au zoo ! En effet c’est avec la publication de la série éponyme que commence ce numéro. Bien entendu les deux auteurs : Frank Pé et Bonifay sont sollicités pour resituer une histoire commencée il y a plus de huit ans ! La présentation de ce troisième et dernier épisode constitue un bon moyen de (re)découvrir une série aussi originale dans son scénario que solide et convaincante par la justesse de son dessin.

Côté publication, le magazine continue sur sa lancée en nous proposant deux histoires phares dont les sorties en album ne passent pas inaperçues. Qu’il s’agisse des Enfers de Dufaux et Serpieri déjà disponible en librairie ou de Je suis légion, ou de la série choc de Cassaday et Nury, à paraître très prochainement aux Humanoïdes Associés, ces deux séries hantées par le diable usent chacune dans leur registre d’un graphisme particulièrement efficace et d’une narration haletante. Une mise en bouche qui en convaincra sûrement plus d’un !

Actualité oblige, c’est bien évidemment Thorgal ou plutôt Jolan (encore un fils de… !) qui est à l’honneur , avec une interview croisée de Van Hamme et Sente qui n’apportera peut –être pas grand chose aux aficionados de la série mythique

Une pépite à relever dans ce numéro un peu convenu : l’unique BD de l’auteur du Désert des tartares ! Sans doute ignoriez -vous que Dino Buzzati s’était lui aussi compromis dans l’univers des Fumetti (traduction de bandes dessinées au pays de la Dolce Vita !) ? Allison Reber profite de la publication de Orfi aux enfers chez Actes Sud pour nous faire cette révélation. Un article bien modeste pour une information qui aurait sans doute mérité un meilleur développement, en complément de l’enquête un peu rapide sur la crise de la BD italienne. Un vaste sujet dont on attendait un traitement plus étoffé !

Le magazine déclare à nouveau sa flamme aux libraires, le sujet avait déjà été traité dans ses pages dans un précédent numéro ! Cet article assez bien documenté refait donc le point sur « la crise », vue du côté des réseaux de distribution qui, on s’en doute, sont un peu débordés par le raz de marée des publications. Petits libraires ou grandes surfaces culturelles, chacun son point de vue mais peu de solutions crédibles ou concrètes apparaissent. Malgré quelques trucs et astuces énoncées pour refuser de céder à l’asphyxie ou au marasme, l’horizon semble bien bouché par les stocks qui s’accumulent au fond des réserves !

Au moment où l’on s’inquiète de plus en plus de l’avenir de nombreuses revues, on peut regretter que le magazine de la rue Réaumur [Il a quitté la rued e l’Ancienne Comédie pour rejoindre l’ancien haut-lieu de la presse parisienne. NDLR] reste assez frileux sur son évolution éditoriale. La révolution ou l’évolution annoncée (notamment sur le blog du magazine) semble bien timide et l’on peut se demander si les quelques aménagements de maquette, mais aussi du papier, et autres timides transformations suffiront à donner un second souffle à une revue incontournable.

Le magazine de toute la bande dessinée joue incontestablement la prudence, peut-être pour éviter bousculer ses plus fidèles lecteurs.

(par Patrice Gentilhomme)

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