Bo Doï n°118 : Mieux vaut soixante huitard que jamais !

2 mai 2008 0 commentaire
  • Après Pilote, Casemate...et d'autres, l'explorateur de la Bande Dessinée s'intéresse à mai 68!

Difficile d’échapper au raz de marée éditorial et commémoratif du moment. Difficile aussi d’imaginer cette revue ignorer l’évènement ! Allison Reber resitue dans son éditorial le paysage BD de 1968 entre la libération sexuelle, révolte étudiante et maturation de la bande dessinée, trois arguments qui justifient pleinement la présence en couverture, non pas de Françoise Hardy mais de Pravda la survireuse, de Guy Pellaert et Thomas Pascal, œuvre emblématique de ces années-là. Cela nous donne l’occasion de croiser en pages intérieures le père d’une des héroïnes les plus sulfureuses des sixties : Guy Pellaert ! Bien entendu ce n’est qu’un aspect du gros dossier consacré à cet anniversaire. Deux pages sur Pilote évidemment, un article à propos de Charlie Hebdo et un entretien avec Cabu, témoin incontournable des fameux évènements !
L’ensemble est agréablement illustré d’extraits du pavé de BD publié ces jours-ci chez Soleil. On retiendra tout particulièrement la prestation d’Olivier Vatine entre hommage graphique , témoignage et autobiographie pleine de sensibilté et de nostalgie. Chabouté, Bessadi et Morvan sont aussi au rendez-vous !

Révolution sexuelle, maturité de la BD depuis 68 ? Un parti-pris que ne renierait sans doute pas un Gotlib placé sous le feux de l’actualité à l’occasion des quarante ans de...sa Rubrique à brac ! Dans une savoureuse interview de l’auteur d’une des chroniques les plus inventives de cette époque (prétexte à la publication d’un album hommage : Rubrique-à-Bracadabra) l’auteur se confie à Christophe Quillien.

Le travail de Pénélope Jolicoeur nous est présenté dans le cadre de la nouvelle rubrique Internet face à celui moins conventionnel de Lyse Myhre, jeune auteur trentenaire et norvégienne à découvrir !

Encore moins d’innocence dans la démarche d’une Sybilline qui se dévoile face à Benjamin Roure (sic !) dans un registre moins direct que celui de ses héroînes coquines et délurées !

Côté prépublication, on vous a déjà dit ici tout le bien qu’il fallait penser de la nouvelle série de Brüno et Appollo ; le second épisode du Commando Colonial confirme cette première impression. À partir d’un sujet plutôt pointu : la résistance gaulliste à Madagascar, ces auteurs parviennent à dynamiser un récit historique aussi rigoureux et solide que le graphisme très maîtrisé de Brüno. Les deux héros venus rallier les troupes gaullistes se retrouvent très vite pris entre deux feux : celui des autonomistes qui cherchent à les séduire et les représentants de la France de Vichy

La série Ewen s’achève dans ce numéro. Nourri de gris colorés et de tons pastels efficaces, ce conte fantastique aux allures d’Heroïc Fantasy fascine par l’étrange personnalité de son héros sombre et violent, aux prises avec des maléfices fantastiques et avec ses propres démons. Ce fils du dragon, taciturne et brutal se retrouve compagnon de route du frêle poête Riwall et de la belle Alis. Là vont se jouer d’autres enjeux ! Ce récit initiatique est particulièrement bien servi par un dessin séduisant aux atmosphères envoûtantes.

En conclusion, encore un bon numéro qui, notamment grâce au choix de ses prépublications, confirme la devise d’explorateur de Bandes Dessinées adoptée depuis sa nouvelle formule.

(par Patrice Gentilhomme)

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BoDoï n°118, en vente partout depuis le 25 avril au prix de 6,50 €

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