Chlorophylle et le Monstre des Trois Sources - Par JL Cornette & René Hausman - Le Lombard

17 mars 2016 4 commentaires
  • C'est sans l'un des albums les plus attendus de ce début d'année : un héros inaltérable, servi par un scénariste toujours à la page et imaginatif, et porté par un des meilleurs dessinateurs animaliers du 9e art. Pourtant le résultat de ce Chloro vu par Cornette & Hausman n'est... pas clair !

Depuis que la souris Particule s’est installée au bord du lac des Trois Sources, Minimum n’est plus le même mulot. La jeune et jolie souris des villes a fait vaciller son petit cœur de rongeur, au point que Chlorophylle commence à douter du bon état de santé mentale de son meilleur ami !

Mais cette idylle estivale et champêtre est brusquement interrompue lorsque la belle est enlevée par par le terrible monstre du lac, un croque-mitaine immense et hideux sorti tout droit d’un cauchemar. Sans perdre un instant, Chlorophylle, Minimum et leurs amis se lancent sur les traces de la créature. Mais la chasse au monstre leur réserve bien des surprises...

Chlorophylle et le Monstre des Trois Sources - Par JL Cornette & René Hausman - Le Lombard

Après le premier tome réussi de ces Aventures de Chlorophylle vues par…, il nous tardait d’en découvrir le second, surtout lorsqu’il est servi par un des meilleurs dessinateurs animaliers, doublé d’un grand ami de feu Raymond Macherot. En effet, René Hausman l’a rencontré en 1953, alors qu’il n’avait que 18 ans ! Ils ont sympathisé dès le premier instant, et c’est le créateur de Chlorophylle qui a encouragé le jeune homme à se lancer dans le dessin. Macherot a donc présenté Hausman à Yvan Delporte, alors rédacteur-en-chef de Spirou, où le jeune dessinateur y débuta la carrière qu’on lui connait !

« Nous avons été très proches, jusqu’à sa disparition, explique René Hausman. Notre album s’inscrit dans les Chlorophylle des débuts. Je ne me voyais pas faire autre chose car, après tout, j’aime dessiner la nature. C’est mon fonds de commerce. […] Mais il était hors de question que je dessine cet album à la façon de [Macherot]. Il s’agit de mon interprétation de Chlorophylle, un album qui restera unique en son genre. »

« Mon premier scénario se déroulait à Coquefredouille, détaille Jean-Luc Cornette. Mais René n’avait pas envie de dessiner des vêtements, des maisons, des voitures et des bateaux, et même un sous-marin comme le prévoyait le récit. […] Je lui ai donc écrit une histoire sur mesure, qui cadre avec son univers graphique et son dessin. […] L’idée était vraiment de choisir un grand dessinateur, et de le laisser faire, à sa manière. »

Le récit de Jean-Luc Cornette contient tous les éléments d’une parfaite histoire de Chlorophylle à la Hausman : on y parle d’amour, d’amitié (bien entendu), de légendes, le tout avec du suspense et une très belle morale sur la différence et les préjugés. Avec un dessinateur aussi réputé, vous pourriez penser que c’était donc du cousu-main pour réussir un excellent album de bande dessinée ?! Ce serait aller un peu vite en besogne…

Malgré la réunion de tous ces excellents éléments, la première partie de l’album pêche par un problème de rythme, entre autres dû à un découpage parfois approximatif et quelques erreurs de séquençage. Le dessin d’Hausmann ne se prête pas une lecture rapide, et lorsque que Jean-Luc Cornette découpe une scène en trop de cases, ces deux effets antagonistes s’opposent. De plus, si le dessin d’Hausmann demeure très beau, il fait parfois preuve de manque de lisibilité dans quelques cases, principalement dans le choix des ton de ces couleurs, lorsqu’il veut trop respecter l’aspect naturel au dépend de la clarté.

Chlorophylle et le Monstre des Trois Sources - Par JL Cornette & René Hausman - Le Lombard

Tous ces éléments auraient pu donner une seconde partie complètement cacophonique, mais c’est finalement la concorde qui l’emporte. Jean-Luc Cornette multiplie un second degré bienvenu en insérant de plus en plus de références (entre autres à King Kong ou Frankenstein), quand il ne place pas des réparties pleines de dérision dans la bouche des habitants du joli bosquet. Et le dessin d’Hausman gagne en compréhension dans les grottes ou les cases à fond blanc.

Il aura donc fallu que les deux auteurs parviennent à travailler au même diapason pour que leur rencontre nous donne le résultat tant espéré. Quoiqu’il en soit, René Hausman a raison : cet album est unique en son genre !

(par Charles-Louis Detournay)

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4 Messages :
  • Le dessin d’Hausmann ne se prête pas une lecture rapide,

    Là, mes petits canards, vous êtes étonnés, après avoir ingurgité tant de dessins bâclés et mal fichus, voilà enfin du beau dessin, dessin qui sort de la soupe ordinaire que l’on nous impose.
    Une bande dessinée n’est pas comme un film que l’on consomme comme une vache qui regarde passer un train, on peut aussi s’arrêter sur l’image, et apprécier.
    Merci, M. Hausman.

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    • Répondu par Laurent Colonnier le 18 mars 2016 à  16:06 :

      Oui, mais la bande dessinée ce n’est pas une suite d’illustrations. J’adore le dessin d’Hausman, mais il ne se prête pas toujours à la narration, et le principe de la BD ça reste quand même de passer avec fluidité d’une case à l’autre, et de comprendre tout de suite ce qui se passe dans chaque case.

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  • Quel coloriste ce René Hausman, mais pas que,il est toujours aussi impressionnant ! Il donne l’impression qu’on le redécouvre à chaque nouvel ouvrage.

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  • Globalement d’accord avec l’article. Moi même grand fan du deuxième maître de Verviers et de son univers, j’ai toujours eu des difficultés avec les BD du bon René. Ces problèmes décrits plus haut de séquençage et de suite de cases ne facilitent pas la lecture. Immense illustrateur et chantre d’une nature propre à lui, Hausman n’est pas un grand bédéiste, et ses personnages peinent dans le mouvement (voir ses BD chez Aire Libre). Ses BD des débuts, comme Saki & Zunie, notamment en noir & blanc, étaient de bien meilleures factures, bédéistiquement parlant. Depuis on a plutôt une succession d’illustrations, et ne vaut-il pas mieux considérer ses œuvres comme telle, ce qui n’enlève rien à leurs qualités. Les scénaristes devraient le savoir depuis le temps, et s’adapter au style hausmanien, non ?

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