Christian Rossi (Tirésias / Le Coeur des Amazones) : Apprendre à regarder, à voir les contrastes colorés est une bénédiction

12 septembre 2016 25 commentaires
  • Christian Rossi est un artiste discret, peu présent en festival ou dans la presse. Une réserve qui lui permet de se sentir un artiste libre. Il nous a cependant fait l'honneur d'accepter une interview pour ActuaBD qu'il consulte régulièrement. Il nous a ainsi reçus début août dans son atelier de dessin, au milieu de ses livres, de ses planches et de son travail sur le thème des amazones pour un prochain album chez Casterman.

Est-ce votre série « Le chariot de Thespis » qui vous fait connaître du public ?

En tous cas, ce n’est pas ma première série. J’ai fait quelques albums avant ça. Trois albums avec Filippini dont le premier s’appelait « Un taxi en enfer » et une série de science-fiction « Le maraudeur » très familial et semi-réaliste. Le char de Thespis, c’était le chariot des comédiens et ça date de l’antiquité. On voit ça dans la littérature française et on en voit aussi une allusion dans l’album de Blueberry « L’homme au poing d’acier ». Guffie Palmer veut quitter le camp du général Dodge, on traite son chariot de carriole minable et elle est très offusquée. Mais on voit à quel point Jean-Michel Charlier était lettré pour faire ça : il n’y a pas d’astérisque, rien pour indiquer ce que c’est. C’est juste dans le dialogue et je trouve que c’est une référence culturelle très fine.

Christian Rossi est un dessinateur qui a une sacrée longue carrière derrière lui. Vous avez commencé jeune ?

J’avais aligné pas mal de pages pour faire les bouquins dont je viens de parler et j’avais aussi travaillé dans la presse chez Fleurus. Plus quelques boulots alimentaires... Je devais avoir 17 ou 18 ans et le rédac en chef a estimé que j’avais le niveau pour faire ça. J’ai copié, je me suis débrouillé... et donc je commençais à être relativement armé pour faire « Le chariot... ». Quelque part c’était une sorte d’hommage graphique au style de Jean Giraud (que je ne connaissais pas personnellement à cette époque). Je me souviens qu’après l’épisode chez Fleurus, j’étais lecteur de «  Pilote » et j’ai eu la chance de rencontrer un dessinateur confirmé qui faisait justement des pages d’actualités chez «  Pilote ». Il signait « Esdé » : c’était Patrice Serres ! Un jour, il avait été sollicité pour faire les décors d’un « Tanguy et Laverdure » et ça m’a permis de rencontrer Joseph Gillain. Et en faisant ainsi connaissance avec Gillain, j’étais alors en plein dans l’identification à tous ces illustres auteurs qui étaient passé par son atelier : Franquin, Morris, Giraud, Mézières, Will...

Christian Rossi (Tirésias / Le Coeur des Amazones) : Apprendre à regarder, à voir les contrastes colorés est une bénédiction

Vous avez connu tous ces auteurs ?

Pas du tout ! Moi j’étais d’une génération bien après. Quand je l’ai rencontré, Joseph dessinait à la fois du « Tanguy et Laverdure » et du « Jerry Spring » : je me souviens, c’était l’album « La fille du canyon ». Il vivait dans la banlieue sud (moi j’étais dans la banlieue nord) et donc je prenais rendez-vous pour le rencontrer. Le premier rendez-vous c’était dans un café et il a éclaté de rire tout le long en regardant mon boulot. C’était très dur ! L’enfoiré ! ( Rires ) Je n’étais pas professionnel mais il m’a quand même dit que je pouvais venir et c’est ce que j’ai fait. Je l’ai ainsi fréquenté assidûment pendant deux ans. En sortant de l’école, j’ai fait un stage dans une agence de pub et c’était celle de Benoît, son fils, ce qui m’a permis de continuer à fréquenter Gillain par ce biais là. Concernant la partie apprentissage du dessin pur, je me souviens que le dimanche j’allais à des cours de nus. J’essayais de capter les choses les unes après les autres, en regardant le modèle puis ma feuille. Joseph, lui, pratiquait un dessin beaucoup plus enrichissant qui consistait à ne pas regarder le papier et à ne regarder que le modèle. Tu poses ton crayon à un endroit sur le papier et tes gestes doivent accompagner tes yeux au fur et à mesure que tu regardes le modèle. Tu dessines à l’aveugle mais en réalité tu te fies à tes yeux. C’est une pratique qui m’a permis de m’améliorer et que j’ai gardée car le temps que l’œil fasse le trajet entre le modèle et la feuille, tu es déjà en très de recomposer mentalement. On vit dans un monde où on n’est pas attentifs ! Arriver à voir les formes réellement comme elles sont dans la vie de tous les jours (et pas seulement quand c’est une belle fille), apprendre à regarder, à voir les contrastes colorés, c’est une bénédiction ! Et dans le dessin c’est un peu indispensable. Joseph Gillain m’avait parlé de tout ça : « Si vous rentrez dans ce métier, sachez que c’est un jardin infini ». Il ne s’agit pas seulement de gagner sa vie, il s’agit de voir et d’être dans le ravissement du monde. C’est presque comme une voie spirituelle et on avait bien ça en commun avec Jean Giraud quand je l’ai connu ensuite. Ça ne concerne pas tous les dessinateurs. Il y en a qui n’intellectualisent pas la chose comme ça. Bizarrement, de nombreux dessinateurs sont beaucoup en référence avec ce qu’ils ont lu et donc, ils sont dans une sorte d’hommage permanent très codé. Ils ne sont pas dans l’appréhension du réel, de manière à le coder pour le retransmettre aux lecteurs qui lui, trouvera ça bien réel et rajoutera des cases entre les cases...

Je vois que vous avez plein d’albums de B.D. dans votre atelier : avez-vous un maître ou une référence absolue en matière de dessin ?

Oui et dans mon cas, ce sont des expérimentateurs ! On était deux ou trois fans de B.D. quand on était adolescents (entre 1968 et 1978) et on achetait des revues américaines en import dans une librairie de Paris. Ça s’appelait « Eerie  » et « Creepy  » : des histoires courtes d’horreur avec plein de dessinateurs assez bluffant (et avec en plus des couvertures très attractives de Frazetta). Je suis tombé sur la première collaboration d’Alex Toth : j’avais découpé les pages et je les ai gardées. J’ai trouvé que c’était tout à fait différent comme codage que ce que faisait Giraud ou Gillain. Il pouvait partir dans un sens ou dans un autre. D’ailleurs le nom d’Alex Toth revient chez certains : Blutch le cite souvent. Jean Giraud le connaissait ! Giraud était un fin connaisseur des dessinateurs américains des années soixante : Neal Adams, Corben, Romita, Buscema, Joe Kubert et autres... Des pointures ! Corben par exemple est un vrai expérimentateur.

D’autres dessinateurs de B.D. comme Ted Benoit préfèrent rester dans les codes. Ils vont développer leur personnage sans que le véhicule ne soit jamais remis en cause. Ce n’est pas un reproche mais il existe d’autres artistes qui sont réellement plus attirés par le plaisir du dessin. Moi j’ai essayé des styles différents par frustration et tellement j’étais mécontent de ce que j’arrivais à faire. Je me disais « Il faut que je trouve autre chose ! » et c’est toujours comme ça aujourd’hui.

Est-ce que vous vous considérez comme faisant partie des derniers "dinosaures" dans ce métier de dessinateur B.D. ?

Pas du tout ! Je pense que je suis un auteur assez méconnu et donc assez à l’abri. J’ai ça dans mon mental et c’est assez cool : ça me donne de l’espace. Je n’ai pas de pression. Je pense à quelqu’un comme Laurent Vicomte envers qui il y avait une réelle attente de la part des gens avec « Sasmira  ». Moi je n’ai pas cette pression et même le « XIII » que j’ai dessiné, j’ai pris ça comme un jeu. Les lecteurs s’en foutent, ils veulent juste un dos carré de plus. J’ai fait ça du mieux que j’ai pu mais c’est dilué dans le reste. J’ai quand même lu la série, j’ai ainsi découvert le travail de Vance que je ne connaissais pas mais je me suis surtout attaché à faire bouger la fille, à la rendre sexy et naturelle. Felicity est une fille classieuse qui a le désavantage d’être belle (donc d’être convoitée) et aussi le désavantage d’être indépendante : il ne faut pas l’emmerder ! Donc avec Matz on a essayé au contraire de lui donner plus de richesses. On a tout fait aussi pour permettre une lecture extrêmement aisée avec un bon enchaînement des séquences et avec un bon enchaînement des cases. Il y a des formules que je commence à posséder et qui font que la mise en scène est quasiment invisible : on tourne les pages, on ne peut pas s’arrêter. C’est ce que m’a confirmé l’éditeur : on est dans un « page turner » et c’était ça le deal. Ce n’est pas le dessin car « XIII Mystery » est une aventure de scénaristes, c’est ça la vérité.

Christian Rossi n’a pas de série phare ou de héros personnel ? Comment l’expliquer ?

Ça ne s’est pas vraiment présenté. « Jim Cutlass » était surtout une opportunité d’approcher en 1988 cette espèce de feu-follet qu’était Jean Giraud. Le boulot de Giraud m’a fait beaucoup fantasmer ! Mais là, je parle de « Blueberry  » et pas du tout de Moebius. La luxuriance de son dessin m’a laissé sur le flanc, comme à beaucoup de dessinateurs. On s’est ainsi fréquenté pendant plus de dix ans quand on m’a proposé de reprendre Jim Cutlass. Mais au tout début, quand j’avais commencé «  Le chariot de Thespis », je me faisais une idée d’un projet très long avec une vision désenchantée de la conquête de l’ouest. La comédie qui était représentée le soir ne devait être rien à côté de la comédie humaine et de cette société en construction avec déjà plein de travers. Le western crée du mythe, c’est un super terrain de jeu mais la conquête de l’ouest n’est pas vraiment une période cool. Or le scénariste Philippe Bonifay, qui est arrivé sur la série, commençait à tirer l’histoire du « Chariot de Thespis » vers d’autres endroits que l’idée que je pouvais me faire le l’histoire américaine. J’ai donc commencé à me montrer plus ouvert à d’autres séries, à d’autres aventures...

Un de vos albums que j’adore au niveau du dessin et du découpage, c’est « Léa » dans « Les errances de Julius Antoine ».

J’avais rencontré Serge Le Tendre quand lui-même avait du mal à placer autre chose que des remakes de « La quête de l’oiseau du temps ». Or il avait aussi comme scénario une sorte de thriller. Il m’en a parlé lors d’un festival à Rouen (le premier festival où je me suis rendu d’ailleurs) et très vite il m’a envoyé un pitch de deux pages sur « Les errances de Julius Antoine ». Et pour cet album de « Léa », j’ai révisé mon code graphique. Je suis reparti de mes anciens croquis, de mes propres dessins qui dataient de l’époque des nus. Je me suis alors servi de cette histoire pour changer de registre et développer la narration. On s’est beaucoup amusés avec Serge et il est vrai qu’on a été remarqué avec cet album. C’est grâce à « Léa » qu’un mec qui était en relation avec Charlier a remarqué l’album et que j’ai eu cette proposition de faire « Jim Cutlass » (peu de temps après avoir terminé quand même le second album « Le sujet »). Et c’est quand j’ai repris le personnage de Jim Cutlass que je suis revenu aux fondamentaux plumes-pinceaux. Charlier était encore vivant (il nous a quittés en milieu d’album) mais Jean a su rebondir et il était tout à fait prêt à se qu’on collabore : c’est lui qui m’a incité à utiliser encore plus le pinceau dans mon dessin. Il voulait que je fasse un Cutlass avec un dessin comme dans «  Le cycle des deux horizons » (une autre série que j’avais démarré entre temps). Giraud m’avait dit : « Un Cutlass à ce niveau là, ce serait super cool ». Alors que moi j’étais parti pour dessiner Cutlass dans un style assez enlevé comme le premier qu’il avait dessiné lui. Encore que... je n’avais pas le niveau pour dessiner à l’économie comme le faisait Giraud.

Il y a un vrai savoir dans le dessin qui ne frime pas. Par exemple dans le dessin de Jordi Bernet, il y a un savoir de ouf ! Le grand public ne peut pas voir le talent qu’il y a, il faut être dessinateur pour comprendre. Pour en revenir à « Léa », tu n’es pas le premier à me dire que cet album t’a marqué. Des amis dessinateurs me l’ont dit aussi mais ça n’a été qu’un demi-succès commercial. Par contre, ça m’a ouvert des portes. J’ai pu démarcher les éditeurs : j’étais repéré en tant que dessinateur. L’horizon s’ouvrait et ça m’a aussi apporté de la liberté.

Vous avez alors surpris les lecteurs avec votre "one-shot" « La gloire d’Héra » et son style un peu Manga ?

Oui il y a un mélange bizarre entre le Manga et le style d’Uderzo par endroits. Dans ce one-shot on aborde un sujet particulier « L’infanticide » (car peu traité en bande-dessinée) et il y a la mythologie avec par exemple ce personnage du Centaure que je trouve truculent et qui est aussi un contrepoids comique. Les premiers essais de dessin réaliste que j’avais fait étaient insupportables. Cette clause de style ne collant pas avec l’histoire, j’ai alors opté pour un dessin plus naturel où je me suis amusé. Mais comme je n’ai pas pu réellement illustrer cet infanticide qui est insupportable, j’ai juste représentée à la fin cette vision d’Alcée (qui reste hors-champs). Je pense qu’on a fait un bon album mais comme pour «  Léa », je pense que là aussi c’est passé à l’as ! ( Rires ) Et en plus, j’ai réalisé la couverture la plus moche que j’ai pu faire... comme par une sorte de volonté inconsciente d’échec. Je ne sais pas pourquoi. En tous cas, mon éditeur ou mon scénariste auraient dû se bagarrer contre moi car il y avait vraiment mieux à faire comme couverture. Ils ont été laxistes. Mais avec Serge Le Tendre on a été très contents de collaborer ensemble et de faire cet album. Serge a embarqué tout le story-board et je peux te dire que c’était ultra-mignon. Jean avait adoré : pour lui, il n’y avait plus qu’à finir les mains, les visages... Son story-board, c’était de vrais dessins de dessinateurs. Mais finalement, même si cette couverture dessert un peu l’album, la rencontre avec une personne, un ouvrage ou une oeuvre d’art ne doit pas non plus être parfaite et remplir forcément toutes les cases. Ça doit faire sonner des choses plus profondes, je pense qu’on a des attentes plus secrètes. Et avoir un livre comme un ami, je trouve ça génial. Avoir le plaisir de se replonger dans un livre comme si tu passais un coup de fil à un pote. Et se rajoute aussi la nostalgie de ce qu’on a pu lire enfants. C’est incontournable en B.D.

Je me souviens de Paul Gillon qui avait essayé de se plonger dans « Tintin  » en étant adulte mais c’était trop tard pour lui, il avait raté le coche. Avec son style de dessin très réaliste, Gillon n’arrivait pas à comprendre ce qu’il y avait de génial dans Tintin.

« Tirésias » a été ensuite une grosse surprise : un nouveau style graphique qui colle très bien avec l’antiquité. On pensait la série phare de Rossi enfin lancée.

Je me souviens bien, j’ai fait « La gloire d’Héra » entre deux « Jim Cutlass » et je recevais la visite de Matthieu Bonhomme en Bretagne. Je nous revois bosser et écouter du reggae. Il avait capté des trucs dans mon travail sur «  La gloire d’Héra » à cette époque. Il s’en est servi pour faire « Le marquis d’Anaon ». Quant à mon travail sur Cutlass, il commençait un peu à prendre l’eau. C’est alors que Serge est arrivé avec sa proposition sur « Tirésias  ». C’est qu’il faut les trouver les thèmes, tu es marrant toi ! Il y avait une conception dans cette histoire qui nécessitait une autre approche dans mon dessin. Le mec se transforme en fille et la fille doit être un peu « bandante » pour nous. Donc elle ne peut pas être caricaturée. Sinon ça décroche de mes canons à moi donc je suis revenu vers un style un peu plus tenu. On a le droit de prendre des chemins de traverse en dessin même si je reconnais que commercialement, il vaut mieux creuser toujours le même sillon. Pour moi, c’est souvent l’histoire qui prime. L’idée que je me fais de l’histoire, comment l’illustrer comme un directeur de la photo ! J’ai des idées qui partent dans tous les sens et dès que je trouve un thème pour essayer de résoudre une difficulté graphique, ça m’intéresse, j’essaye. Je fais des maths moi quand je dessine. Je fais des équations et j’essaye de faire en plus qu’elles soient belles. Les mathématiciens ont une sorte de pamoison quand une formule mathématique est juste et belle en plus (bien équilibrée quand tu la regardes). Et en dessin, quand tu as réussi à t’arracher pour réussir une belle case, ça fait toute la différence. Beaucoup de cases d’Hergé sont très équilibrées, très bien composées. Mais il faut que le sujet te plaise et que ça tombe au bon moment. Une histoire sur les zombies, t’as intérêt à réfléchir avant... parce qu’après tu es embarqué avec toutes ces images que tu dois faire. Elles sont là quand tu veux aller faire une sieste, ce n’est pas neutre. Moi je ne fais pas des images neutres, elles me poursuivent. « Tirésias » par contre c’est un conte ! Avec des passages initiatiques pour un guerrier qui fait craquer les cœurs et qui n’est finalement destiné qu’à mourir sur des champs de bataille. Ça ne peut pas être une série, il était convenu avec Serge qu’il n’y aurait que deux tomes. Le héros change de sexe et sa sensibilité n’est plus la même : il est dans la peau d’une femme. Quand il découvre la maternité, la malédiction s’arrête et il redevient un homme. Il perd ainsi le paradis d’avoir été une femme, maman et amante. Et c’est une fois exilé comme ermite sur une montagne qu’il gagne la cécité, la longévité et la voyance. On retrouve d’ailleurs ce personnage de Tirésias vieillard dans « La gloire d’Héra » mais il n’y avait pas besoin de faire les aventures de Tirésias devin. Par contre, si notre travail avait été suffisamment bien foutu, on aurait dû faire un carton normalement avec ces deux albums de « Tirésias »... ou au moins être une référence dans les thèmes traités.

A lire « Tirésias », comme à lire « Murena », on a en plus le plaisir de se cultiver ou de réapprendre...

Oui car plutôt que de lire des livres références, on a ainsi directement la digestion du savoir par les scénaristes. Mais n’importe comment, tu sais qu’il faut s’écarter d’une pseudo réalité par la fiction pour mieux y recoller. C’est par les romans qu’on sent l’ambiance, tous les historiens le disent. Et tu as un bel exemple quand tu lis « Salammbô » de Gustave Flaubert. Le romancier se réfère à une documentation mais c’est lui qui, en tant que créateur, va insuffler de la vie. Entre la légende et la vérité historique, il vaut mieux imprimer la légende ! Non seulement ça donne des grands récits mais en plus ça a du sens. Ça nous tire vers le haut. D’ailleurs en B.D. dans les années cinquante, il y avait des clauses dans les contrats (c’est Charlier qui m’avait parlé de ça) où il fallait que le jeune lecteur ait appris au moins une chose pour chaque histoire complète. Il y avait ce souci d’apprendre au lecteur !

« Tirésias » commence par une histoire assez légère mais petit à petit ça monte en puissance. Cela devient captivant sans réaliser qu’on a accroché à l’histoire.

Bien vu ! Tu captes tout à fait la démarche de la plupart de ces auteurs comme Le Tendre qui ont un truc un peu plus ambitieux derrière la tête que simplement provoquer un quart d’heure ou vingt minutes de plaisir aux toilettes... Moi c’est souvent là que je me retrouve pour lire un bouquin... ( Rires ) La B.D. ça peut être des histoires qui nous marquent et ce n’est pas seulement lié au fait qu’on les ait lues enfant. Ça a un sens plus profond et les auteurs sont suffisamment habiles pour provoquer ça. Et en plus, le lecteur ne demande que ça d’ailleurs ! Il est coopérant. Il veut adhérer (plutôt que d’être en dehors de sa lecture). Et nous aussi en tant que dessinateur, on s’y emploie ! On en parle entre nous. On a plein de petits trucs pour amener le lecteur. Et comme c’est une interview sérieuse pour ActuaBD... je ne les révèlerai pas ! ( Rires )

Puisqu’il connait toutes les ficelles, pourquoi Christian Rossi ne se lance jamais dans son propre scénario ?

Ha si, ça m’intéresserait beaucoup ! Mais je n’ai pas le talent. Ça demande du temps, une immersion, beaucoup de travail. Et j’ai beaucoup de sollicitations. Donc du coup, je travaille beaucoup avec des scénaristes : et je considère que c’est leur travail justement. Mais je suis très interventionniste. Depuis que j’ai travaillé avec Jean Giraud sur Cutlass (où il y avait quand même des gros trous), j’ai pris l’habitude d’avoir beaucoup de latitudes. Certes, j’étais très calé avec Serge pour mon travail sur « Tirésias » et sur « La gloire d’Héra » (donc là je n’ai pas joué au con) mais je suis souvent intervenu sur «  W.E.S.T. » en cours de route. Après les avoir interrogés, Xavier et Fabien ont reconnu quand même que les trucs que je changeais, c’était réellement pour faire juter un peu plus la scène, pour la développer. Ce n’était pas du tout pour les trahir. Mais il est vrai que c’est dur de travailler avec deux scénaristes ! C’est Guy Vidal, Directeur littéraire de chez Dargaud, qui m’avait proposé ce projet. Je me suis dis que j’aurais été bien bête de ne pas essayer un truc ludique. On ne dirait pas comme ça mais le scénario du tome un de « W.E.S.T. » était très ludique. J’ai donc demandé le maximum à Dargaud et ils ont tout accepté. Du coup je me suis retrouvé avec ces deux scénaristes, plus jeunes que moi (donc avec des références différentes de moi) mais c’était très intéressant. Moi qui ne voulais pas faire de couleur directe, je m’y suis mis pour voir ce que ça pouvait donner. Il y a des trucs que je trouve pitoyable dans ce que j’ai fait mais au moins j’ai essayé une autre alternative.

Ça ne leur a pas fait peur de collaborer avec un dessinateur comme vous ?

Pourquoi peur ? Peur de quoi ? Tu as vu l’ambition de ces deux mecs ? Franchement ! Ils développent des histoires qu’ils placent à droite et à gauche. Ils sont conscients de leur talent et ils vendent. Très bien. Et la moindre des choses c’est qu’ils aient des dessinateurs à la hauteur de ce qu’ils souhaitent. Là il y avait un choix réaliste et ils étaient contents.

Super timing pour la sortie de « Deadline » qui collait avec l’actualité du moment et le mariage pour tous.

Et pourtant j’étais même moi opposé au mariage pour tous... comme la moitié des français d’ailleurs. Pour «  Deadline », il y a ceux qui pensaient lire un western et ils sont déçus car ce n’en n’est pas un. Mais il y en a d’autres qui ont été emmené par cette histoire (j’en ai rencontré en dédicace). Ils font du bouche à oreille une fois de plus car ça leur plaît tout simplement. En tous cas, là aussi, ça m’a permis d’avoir l’oreille des éditeurs. Ce que j’appelle l’oreille d’un éditeur c’est tout bêtement un gars que tu vas croiser en festival (comme à une époque avec Guy Delcourt que je connaissais avant qu’il ne lance sa boîte). Et ce gars va te dire « Ecoute Christian, Deadline, tu aurais pu nous proposer le projet ! ». Je réponds ce que je réponds mais ça veut dire que c’est un gars qui serait prêt à me donner les conditions que je demande. Et par les temps qui courent, il s’agit pour les auteurs de conserver de bonnes conditions de travail. Ce n’est pas à travers des blogs et avec des dessins hâtifs que les dessinateurs peuvent vivre de leur métier. Moi adolescent, ce n’est pas ça qui m’aurait excité pour faire ce métier. Moi j’ai eu la niaque pour dessiner parce qu’enfant je lisais « Astérix » et surtout « Blueberry » ! Ce projet avec Bollée m’a été communiqué par Renaud, le dessinateur de « Jessica Blandy », alors que je dédicaçais à côté de lui. Tu vois, ça commence juste par une rencontre et par l’intermédiaire de Renaud qui n’avait en fait pas le temps de le faire lui-même. Donc c’est moi qui ait contacté Bollée car ça m’intéressait. Mais je lui ai fait retravailler le script pour en faire un truc plus spirituel. Sauf que ça a un peu dérivé sur l’histoire de toute une vie et j’ai l’impression de ne pas avoir été crédible dans ma manière d’illustrer ça. Mais ce ne sont pas des ventes minables et je sais que des lecteurs ont aimé notre travail. Je regrette surtout de ne pas avoir pu travailler une interaction réelle entre les deux personnages de l’histoire pour que le lecteur puisse s’identifier un minimum dans le trouble de cette relation.

Une de vos séries assez récente que j’ai découvert avec plaisir, c’est « Paulette Comète ». Surprenant par son graphisme plus allégé : on devine que c’est comme une récréation pour vous ?

La genèse de « Paulette » c’est que, étant chez Dargaud avec « W.E.S.T. » à ce moment là, je lis des bouquins et je tombe sur « Supermurgeman  ». Et moi je suis assez friand de ça. Les histoires de « Supermurgeman  » me font vraiment exploser de rire donc je repère le nom de l’auteur (Mathieu Sapin) et je laisse entendre à l’éditeur que je ferais bien quelque chose avec lui. Puis arrive l’occasion de le voir lors d’un salon du livre à Paris. J’étais très sérieux dans ma démarche mais sa première réaction à lui a été de se demander si je ne le prenais pas pour un c... Il me l’a avouée par la suite. On a quand même réfléchi ensemble et je l’ai orienté en lui parlant de mon admiration pour Will Eisner et sa série du « The Spirit ». Je lui ai fait lire tout ça et montré le registre graphique. De son côté, il a réactivé un personnage qu’il avait déjà dessiné, Paulette Comète donc... une sorte d’étudiante ingénue. C’est une fille qui ne comprend pas qu’elle est belle et qui a tellement d’énergie, qu’au lieu de dormir la nuit, elle trouve le moyen de poursuivre toutes sortes de méchants en peau de lapin. Il y avait tout un décalage comme ça... Plus des éléments de ma vie personnelle que Mathieu rajoutait dans ses histoires en cours de route. C’est leur pratique à ces mecs là, ils en profitent pour faire plaisir ou titiller le dessinateur. Rien de grave bien sûr ! ( Rires )

Est-ce que le tome trois verra le jour ?

Ce n’est pas d’actualité et pour des raisons très confidentielles. C’est bête parce que j’avais trouvé une coloriste, Florence Spitéri, dont j’aime beaucoup le travail. J’ai eu aussi un énorme plaisir à dessiner cette série. Et Mathieu est un mec adorable, extrêmement intelligent et vif. Il n’est pas du tout frime. On avait une bonne relation même si les liens se sont distendus depuis que j’ai déménagé. Pour revenir à ta question précédente, oui, «  Paulette Comète » était une grande récréation pour moi, à cause de la série « W.E.S.T. » où il y avait des trucs à dessiner qui nécessitaient que je mette dans un état émotionnel particulier. Alors que Paulette, je pouvais m’amuser et la dessiner par exemple en train de se déshabiller sous un de mes tableaux préférés de François Boucher, peintre du dix-huitième siècle. Et en bas de la même planche, rajouter ensuite des allusions comme cette enseigne lumineuse érectile. ( Rires ) Ça aurait été bête de ne pas le mettre, n’est-ce pas ? Pour le tome trois, on avait le projet de faire Paulette à Hollywood. Ses aventures intéressent un producteur et du coup elle débarque dans un panier de crabes. Elle aurait été toujours aussi ingénue et comme dans le burlesque des films muets, elle serait passée à travers tous les dangers par ses absences.

Y a-t’il eu d’autres séries que vous avez pu traiter également comme un amusement ?

Ha oui, il y a eu « Capitaine La Guibole » avec de très bons dessins et c’est là où je me suis le plus éclaté. En plus, le scénariste c’est Abuli  ! Comme « Léa » était sortie dans « L’écho des savanes », j’avais déjà un pied chez « Albin Michel ». Ils m’ont recontacté plus tard en me disant « C’était bien Léa, ce serait bien qu’on re bosse ensemble ». Ce à quoi j’ai répondu « Le temps que je trouve un scénario, ça ne va pas le faire... donc j’aimerais collaborer avec Enrique Abuli ». Parce que j’avais lu « Torpedo » ! Putain, Torpedo ! Et en plus, les deux premières histoires avaient été dessinées par Alex Toth... Tu vois, la boucle est bouclée quelque part... Les scénarios d’Abuli pour Torpedo sont terribles mais Alex avait déclaré forfait : il est trop américain Alex Toth. Trop classe ! Pas assez déjanté pour Abuli. C’est ainsi que Bernet s’est saisi de Torpedo avec une maestria... Donc tu comprends pourquoi je voulais travailler avec Abuli, qui en plus est un garçon charmant. Très cultivé et qui parle très bien français. Il m’a écrit les scénars en français avec une super précision. Albin Michel nous avait proposé de faire un western parodique mais j’ai plutôt proposé l’univers des pirates. L’univers graphique des pirates est génial. On a donc fait l’équivalent de deux albums de « Capitaine La Guibole » et ça avait été repris en intégrale chez Glénat mais on n’a pas rencontré le succès du public une fois de plus. C’est moi qui suis maudit ! ( Rires ) En fait, bizarrement on a été lâchés par l’éditeur en cours de route mais on s’est bien amusés. Je crois qu’il pensait qu’on allait poser les bases du western parodique qu’il avait demandé et moi je l’ai mis devant le fait accompli en leur montrant des croquis de pirates. Abuli a bien réagit mais l’éditeur m’en a voulu... La mise en place a donc été invisible en librairie et ce, à cause de problèmes de personnes. Nous sommes dans une profession où la relation humaine est très importante. Le directeur de collection, c’est lui ton interlocuteur. Les libraires et le public, tu ne les vois qu’après. Il faut convaincre le scénariste mais aussi le directeur de collection pour qu’il soutienne l’effort.

Est-ce que vous pouvez nous parler de votre projet actuel ?

J’ai été contacté il y a plus de deux ans à distance. Une jeune femme, Géraldine Bindi, qui par mail me propose un scénario sur le mythe des amazones. Ça m’a tout de suite intéressé. De dessiner essentiellement des filles, c’est coton ! J’ai un amour pour le corps humain, sa gestuelle, l’expression des sentiments qui passe par ses postures... et en même temps, la beauté que ça dégage. Comme tu as vu, j’ai des croquis, cela m’intéresse vraiment. Et donc j’ai lu la mouture de l’histoire, je lui ai fait retravailler certaines chose et on a conclu avec Casterman un ouvrage de cent cinquante page qui permettra vraiment de nous immerger dans l’histoire. La sortie de l’album est encore indéterminée mais l’histoire correspond à une des légendes qui situerait la tribu des amazones proches des troyens ou plutôt des grecs en général (en train de se foutre sur la gueule pendant l’Iliade). J’ai opté pour un dessin très réaliste, avec une technique du brou de noix qui permet ces lavis, ces lumières. Et un encrage avec un feutre sépia pour mettre du trait... mais il ne faut pas que ce soit trop lourd. Je crayonne à part. Je fais ça en deux fois et pour encrer sur ma table lumineuse directement. Je garde ainsi encore une part d’interprétation. Je ne pourrais pas travailler sur ordinateur, le sensation du papier c’est tellement fort. L’écran permet des retours en arrière, c’est vrai que c’est comme un gros pinceau mais il y a quand même des paradoxes car le repentir est permis. Alors que quand tu es en train de travailler aux encres sur des bleus, t’as pas envie de rater. Tu es très concentré. Et quand tu fais de la couleur directe, tu es encore plus concentré. Tu vis le moment de chaque dessin intensément. Ce n’est plus du travail, ça devient une part de soi.

Pourquoi un seul album avec autant de pages ?

Le format m’intéresse car là, je suis immergé... comme dans un long roman de vacances. Il y a un plaisir certain à être dans cet univers qui m’agrée. Parce qu’une fois de plus, il y a des corps nus à représenter, parce qu’il y a des personnages forts à représenter, et parce qu’il y a des femmes à dessiner dans une nature assez libre (et démesurée). J’ai même parfois l’impression de faire des décors de Walt Disney. En ce moment je vise beaucoup la peinture. Une expo doit avoir lieu sur le thème du western. Dès qu’elle se termine, je ferai de l’imagerie autours des amazones. Il ya plein de choses à réaliser : les chevaux, les filles, la nature, les arcs, les flèches... Le niveau artistique du costume militaire de l’époque grecque est hyper graphique (c’est de l’art élevé, c’est hallucinant) mais je ne veux pas trop insister là-dessus. Car la guerre de Troie c’est très vieux et en fait on n’a absolument pas de doc. Du coup, ce sera une sorte de salmigondis de vêtements en cuir et de cuirasses en bronze. Mais ce n’est pas ça qui m’intéresse en réalité : c’est l’enchaînement des actions et surtout le mode d’organisation de cette société formée de femmes et qui ont des relations avec les hommes de manières ponctuelles. D’ailleurs, ça commence par une grande scène de baise collective et c’est une femme qui m’écrit ça ! Tu te rends compte ? C’est cool, j’apprends des chose ! ( Rires )

A paraître - Le coeur des amazones - Extrait Casterman

Est-ce que vous aimeriez rajouter quelque chose ?

J’ai un peu la trouille pour les jeunes gens, les jeunes auteurs. Le livre existe toujours, certes l’habitude de lire sur écran n’est pas vraiment installée... mais surtout je vois nos conditions matérielles se compliquer. Je crois que ça a des incidences sur le travail. Un dessinateur réaliste qui voudrait passer du temps est obligé de négocier comme une bête avec son éditeur, pour essayer de lui faire comprendre. Le dessin ce n’est pas de la capture d’écran. On dessine vraiment, on ne décalque pas. L’essence de notre travail nécessite d’avoir un énorme savoir technique mais aussi d’y passer du temps. Je me souviens quand tu as interviewé Michel Rouge, il n’avait pas de boulot ! Alors que ce mec est hyper technicien. C’est aussi quelqu’un qui a repris « Comanche » et « Marshal Blueb », ce n’est pas rien ! Alors moi, je ne me sens pas spécialement en péril mais il y a quand même des modes dans le dessin et il peut devenir vieillot. Et inversement, il y a aussi de l’espoir si on prend justement l’exemple du fils de Michel Rouge. Corentin Rouge et Michel Rouge, c’est la tradition qui se prolonge avec le fils. Corentin Rouge c’est un dessinateur naturel, quelle aisance ! Il faut que tu lui fasses une interview à lui aussi ! ( Rires )

Propos recueillis par Jean-Sébastien Chabannes
http://pabd.free.fr/ACTUABD.HTM

A paraître - Le coeur des amazones - Extrait Casterman

(par Jean-Sébastien CHABANNES)

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25 Messages :
  • "Et pourtant j’étais même moi opposé au mariage pour tous... comme la moitié des français d’ailleurs. "

    La première partie de cette phrase est bien décevante. Je sais bien qu’il faut séparer l’artiste de l’homme, mais je ne m’y attendais vraiment pas, de la part de quelqu’un qui a fait Tirésias !

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    • Répondu par Barnabé le 13 septembre 2016 à  09:33 :

      Décevant ou courageux ! Tout dépend comment on se positionne...

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      • Répondu par JFrançois le 13 septembre 2016 à  14:17 :

        Où est le courage de refuser l’égalité des droits entre les personnes ? Sinon les dessinateurs de bd sont des citoyens comme les autres, ils n’ont pas à être plus ouverts ou humanistes que le citoyen moyen.

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      • Répondu par François Peneaud le 13 septembre 2016 à  17:20 :

        Certes.
        ça dépend si on est homophobe ou pas.
        ça dépend si on pense qu’une partie de la population doit avoir moins de droits et de devoirs que la majorité, ou pas.
        ça dépend si on se place du côté de celles et ceux qui voudraient que les homos restent à leur place, comme jadis - ou pas.
        ça dépend si on considère qu’il n’y a qu’une façon de vivre sa vie en étant quelqu’un de bien, ou pas.

        Et je m’arrête là, parce que les responsables du site vont penser que je récupère l’interview pour parler de ce qui m’intéresse.
        Mais ce qui est sûr, c’est que je ne suis pas le seul lecteur sincèrement déçu par les propos de M. Rossi, tout en continuant à admirer son immense talent.

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        • Répondu par Zot ! le 13 septembre 2016 à  22:47 :

          Un bien triste débat, qui nous éloigne de ce passionnant entretien sur une carrière riche et variée.

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          • Répondu par Barnabé le 14 septembre 2016 à  09:59 :

            Tout à fait d’accord avec Zot ! ! !

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            • Répondu par Polo le 15 septembre 2016 à  09:00 :

              Ce n’est pas ce "débat" qui est triste. C’est cet archaïsme comme un tache dans les propos d’un artiste.

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        • Répondu le 14 septembre 2016 à  02:54 :

          Personne n’a pensé à l’eventualité que monsieur Rossi pouvait être contre le mariage en général, que ce soit pour hétérosexuel ou homos ? Je dis ça mais je n’en sais rien. Il manque dans cet article le développement de sa pensée, qu’aurait du provoquer l’intervieweur. Une phrase comme celle-ci peut dire tout et son contraire, sans développement et il est un peu facile et peu honnête d’en tire des conclusions hâtives en l’accusant d’être étriqué alors que tout le reste de son discours n’est qu’une ode à la liberté et à l’ouverture d’esprit.

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  • (il nous a quitté en milieu d’album)

    « il nous a quittéS »...

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    • Répondu par JSC le 14 septembre 2016 à  21:46 :

      Oui plusieurs coquilles se sont glissées. Je les ai signalées. J’espère que ce sera corrigé vite.

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  • On va ou là ? Si vous êtes déçus de ce propos parmi tant d’autres, vous devez être déçus systématique de la vie. Pouvez vous accepter qu’il y ait des opinions autres que les doctrines dominantes ? Pensez vous qu’un mec comme Rossi soit aussi ignorant et bête que ceux présentés par Yann Barthes dans le petit journal ? Arrêtez de regarder la télé qui vous dicte la pensée à suivre et lisez un peu plus. Accepter qu’il y ai des opposants a vos idées. Pour finir l’histoire des gay s’inscrit contre le modèle du mariage. Les choses changent laisser le temps...

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    • Répondu par Riverside le 14 septembre 2016 à  13:50 :

      Pour finir l’histoire des gay s’inscrit contre le modèle du mariage

      Stupide. Les homos n’étaient pas contre le mariage, ils en étaient exclus (entre eux), ce qui n’a pas empêché beaucoup d’homos de se marier (avec des femmes pour les hommes et avec des hommes pour les femmes), pour être acceptés socialement en dépit de leur nature profonde. Car, il est toujours bon de le rappeler, on ne choisit pas d’être homo, pas plus qu’on ne choisit d’être hétéro.

      Quand on dit qu’on est contre le mariage homo, on ne dit pas qu’on est contre le mariage tout court. Il y a là un refus de l’égalité des droits selon la nature des personnes, ce qui démontre un certain état d’esprit, que chacun peut juger selon ses propres convictions sur ce que doit être la vie en société et l’acceptation des différences.

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      • Répondu par vincent le 14 septembre 2016 à  20:07 :

        Plutôt de qualifier mes propos de stupide allez plutôt étudier l’histoire et la culture gay. Qui oui s’inscrit dans un idéal de contre le mariage. Les choses changent, le temps fait son oeuvre et les voeux évoluent. Mais avant de qualifier les propos de stupide. Allez ouvrir des livres sur le sujet et allez parler aux homos eux meme. On pourra vous apprendre des choses si vous voulez connaitre l’évolution de notre " communauté " . Les biens pensant qui veulent nous défendre parce-que " c’est cool les gay " ça me gave profondément.

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        • Répondu le 16 septembre 2016 à  01:10 :

          Dites Vincent, vous qui avez la science infuse parce que vous feriez partie de la "communauté" et êtes le détenteur de la vérité vraie sur "l’histoire des gay" , comment expliquez-vous qu’il y a eu 10.522 mariages entre personnes de même sexe en 2014 et 8.000 en 2015 alors que selon vous les gay sont "contre le modèle du mariage" ?

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          • Répondu par vincent le 10 novembre 2016 à  18:04 :

            Je parle de histoire de la communauté gay dans son ensemble. Surtout a partir des années 60 70. Vous ne voulez comprendre. Si vous n’êtes pas d’accord avec mes propos je ne m’en trouve pas choqué mais je vous invite encore une fois a lire cette histoire. Mais je parle bien d’évolution des voeux dans mes messages précédents.
            Mais ça aussi vous ne l’avez pas lu.

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  • Un entretien superbe.On a rarement entendu un auteur,surtout franco-belge,parler aussi bien de l’art séquentiel dans ce qu’il est le plus intrinsèquement.Une leçon,celle d’un maître.A lire et relire.
    Après,Christian Rossi parle de technique.Dans ce domaine précis il écrase beaucoup de monde,même au niveau mondial,Giraud compris,Giraud qui finalement en technique pure n’avait rien de si transcendant,il le reconnaissait ...mais il avait deux ou trois autres choses bien à lui,qui ont laissées pas mal de monde cul par terre,preuve que la technique ne fait pas tout.Bref pour resituer le débat,Christian Rossi est pour moi une éternelle déception.Je le vois capable d’aller si haut qu’à chaque fois je suis déçu par son dernier travail.Parce qu’à chaque fois j’espère.Oui Christian Rossi est juste excellent,seulement excellent,alors que je le voudrait grandiose !Parce que là est sa vraie place.

    La technique c’est bien ,mais après ?Les influences c’est bien,mais après ?
    Le pourtant extraordinaire Christian Rossi n’a jamais pu dépasser tout ça.Et les années passent...
    La technique et le reste d’accord:mais il y a aussi l’émotion,la vibration particulière,ce je ne sais quoi,qu’avait pas exemple Jean Giraud ,qui changent tout et font basculer l’ensemble dans une autre dimension.A le lire ici ,il est encore une fois évident que Christian Rossi en est capable,d’émotion,alors qu’il lâche les chevaux,Giraud n’encrait pas son crayonné,il le redessinait,tant pis si ça se fini cul par dessus tête,on veut voir ça.

    Christian Rossi cite aussi Neal Adams, Richard Corben, John Romita(père), Buscema, Joe Kubert,Jordi Bernet,Toth,Will Eisner...effectivement des géants-même si Buscema(John,parce ce qu’il y a aussi le frère Sal)n’a que rarement donné sa pleine mesure dans le domaine, humilié et dégoûté par Stan Lee.Il cite ces géants en levant les yeux,comme conscient de sa place actuelle,alors que ,normalement,pour peu qu’il donne un jour sa pleine mesure, sa vraie place est à côté d’eux.

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    • Répondu le 15 septembre 2016 à  08:13 :

      "un auteur,surtout franco-belge"

      Bizarre ce raccourci. Sont-ils si nombreux a avoir la double nationalité ?
      Pas persuadé non plus qu’un auteur suisse se sente franco-belge…

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      • Répondu par La plume occulte le 15 septembre 2016 à  15:10 :

        Hé oui, depuis le suisse Rodolphe Töpffer les créateurs d’une certaine conception de la bande dessinée sont qualifiés de franco-belge.J’en vois pourtant un à ma droite se lever et protester énergiquement :"Ha non ,pour être juste il faudrait dire la bande dessinée belgo-française !".

        Vous n’êtes pas persuadé qu’un auteur suisse se sente franco-belge,d’accord,mais vous pensez à un suisse romand,alémanique,tessinois ?Peut être même que cet auteur suisse,si suisse, insiste pour ne parler que le romanche !
        Imaginons aussi qu’il ,cet auteur suisse,soit homo et contre le mariage gay,parce que lui ce genre de truc,enfin bon,bref, vous voyez le topo...

        Vous qui parlez de raccourcis, on lui fait quoi ,à cet auteur suisse,on lui coupe la tête ?

        Tout ça fleure si bon la concorde et le vivre ensemble.......

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  • Dans la partie de ma vie qui concerne la lecture de bandes dessinées, j’ai fréquenté à un moment donné les festivals, ces lieux de rencontres, parfois intéressantes.
    Cette époque correspondait à une période où Christian Rossi s’y rendait encore. C’est là, à St Malo, que j’ai pu acquérir un de ses originaux qui étaient exposés dans le Palais du Grand Large. Cet original, qu’il qualifiait de pochade, n’est jamais loin de mon regard. Et c’est rassurant, ce Jim Cutlass en pleine action.

    C’était bien de voir Christian Rossi préparer la dédicace qu’il allait réaliser, en esquissant, le crayon ou autre feutre à un centimètre de la feuille. Puis, en suivant ce tracé qu’il visualisait encore, réaliser le dessin.

    L’entretien réalisé est une excellente idée et les réponses sont de la même eau. Christian Rossi a travaillé avec les plus grands, qu’ils soient dessinateurs ou scénaristes, qu’ils soient d’hier ou d’aujourd’hui.
    Ce n’est sûrement pas pour rien.

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    • Répondu par JSC le 15 septembre 2016 à  14:39 :

      Merci beaucoup, cet entretien restera en effet un excellent souvenir.

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  • La polémique ça fonctionne toujours bien. Il suffit de tenir quelques propos réacs dans une longue interview et paf, on fait 20 commentaires, alors que les autres articles plafonnent à 0 commentaire.

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    • Répondu par JSC le 19 septembre 2016 à  12:03 :

      Tout à fait. On en a parlé justement avec l’auteur vendredi. Et le bon côté des choses, c’est que dans ce flot de polémique (qui n’a plus aucun rapport avec l’interview ni avec la B.D.) se rajoute heureusement des commentaires très agréables à lire et qui viennent compenser. Mais le plus amusant, c’est que ces mêmes commentaires très plaisants n’auraient peut-être pas été laissés sur le forum, sans cette vaine polémique.

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      • Répondu par François Peneaud le 20 septembre 2016 à  18:23 :

        Bonsoir.

        Est-ce que je peux vous demander ce que l’auteur en dit, de cette "polémique", puisque vous avez eu l’occasion d’en parler avec lui ?
        Je serais très heureux de m’être trompé...

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        • Répondu par JSC le 21 septembre 2016 à  10:36 :

          Ça ne l’a pas vraiment intéressé. C’est juste une phrase qui ne mérite pas qu’on polémique dessus. Sinon il faudrait faire un procès d’intention aux 30 millions de français qui pensent autrement. Cf. les sondages de l’époque. Polémiquer ici sur ActuaBD sur une phrase n’a pas vraiment de sens. Et malheureusement, ça illustre une fois de plus la tyrannie des (dites) "minorités" envers un maximum de personnes. Parler politique ici sur ActuaBD n’est vraiment pas l’objet. Il y a plein d’autres sites pour exprimer son opinion sur ces thèmes. C’est une interview pour parler de lui, de BD, de dessin et de son oeuvre. Il a apprécié les quelques autres commentaires.

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          • Répondu par François Peneaud le 21 septembre 2016 à  18:19 :

            Merci pour votre réponse.

            Comme ça, les choses sont claires.
            J’ai jadis collaboré à ActuaBD, je vois que je ne suis plus le bienvenu, et que la majorité, d’après vous, se sent tyrannisée par une minorité. C’est marrant, je n’ai pas vu beaucoup d’anti-mariage pour tous qui ont perdu leur boulot, se sont fait mettre à la porte de leur famille, ou se sont fait casser la gueule dans la rue parce que ça se voyait qu’ils étaient anti-mariage pour tous (et heureusement !). Mais bon, c’est la minorité qui tyrannise.

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