Chronique d’un kidnapping - Par Sébastien Girard - Editions Félès

17 avril 2021 12
  • Pris dans un engrenage kafkaïen, des parents se battent pour prouver qu'ils n'ont pas maltraité un de leurs enfants. Saisissant journal de combat contre certaines incompétences des institutions sociales et judiciaires en France.

Région parisienne, une famille avec quatre enfants. Mia, l’avant-dernière, cumule les problèmes de santé entraînant, entre autres, soucis psychologiques et chutes dans l’appartement. Un médecin, persuadé d’une maltraitance familiale, incite les services sociaux à placer Mia en foyer. Les parents, stupéfaits, font des pieds et des mains pour récupérer leur fille. En vain. Ils tirent la sonnette d’alarme auprès de nombreuses institutions, sollicitent la justice, et multiplient les courriers. Un esprit combatif qui va se retourner contre eux : juges, éducateurs, et certains médecins évoquent un véritable harcèlement. C’est un cauchemar. Où l’injustice semble parfois sombrer dans l’absurde.

Sébastien Girard, webmaster pour une association, a connu cette histoire par la psychologue qui la dirige. Il décide de rencontrer la famille et de raconter leur incroyable calvaire : quatre ans de procédures, d’éloignement de leur fille, de démarches administratives, et même deux déménagements pour changer de juge... Un récit haletant, souvent bouleversant, dont on s’étonne qu’il n’ait pas alerté la presse.

Chronique d'un kidnapping - Par Sébastien Girard - Editions Félès

En format poche et bichromie, l’album se présente comme un véritable réquisitoire, alignant les manques institutionnels, en particulier ceux du foyer dans lequel Mia sera restée plusieurs années. La combativité des parents, qui se retourne plusieurs fois contre eux, force l’admiration, et cette chronique se conclut par une probable action en justice pour enfin soulager la famille. L’auteur n’a pas la prétention de dévoiler toute la vérité, prenant fait et cause pour cette enfant et ses parents, mais il a réalisé pour ce roman graphique un énorme travail, en particulier dans la description des faits et la précision des dates.

Ce qui fait la qualité du récit ne tient pas seulement à la longue liste de fautes professionnelles touchant la justice et les services sociaux et la lutte de deux citoyens désarmés face aux institutions. C’est aussi le combat de ces parents, visiblement peu à l’aise au départ avec les rouages du droit français.

Leur courage, leur énergie, mus par les sentiments filiaux les plus nobles, éblouissent le lecteur. Et comme l’auteur, on ne peut s’empêcher de penser à la fierté qu’éprouvera Mia, plus tard, quand elle comprendra à quel point son père et sa mère se sont battus pour elle.

(par David TAUGIS)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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12 Messages :
  • Je ne devrais pas perdre de mon temps pour écrire ça mais
    c’est vraiment trop pompé sur Sattouf, de la maquette aux dessins.

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    • Répondu par antoine G le 19 avril à  15:21 :

      Le graphisme s’inspire en effet de Riad Sattouf. Au-delà de la forme, le fond a l’air très intéressant.

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    • Répondu par Ben le 20 avril à  09:05 :

      Je ne devrais pas perdre de mon temps pour écrire ça mais quand je vois des gens qui se focalisent sur la forme sans voir le fond, ça me fait penser à cette citation de Laurent Martinez : "Entre fond et forme, la forme est la compétence des incompétents !"

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      • Répondu le 20 avril à  13:35 :

        Le fond et la forme sont indissociables. La bande dessinée, comme le cinéma, le théâtre, la peinture, la sculpture et l’architecture sont des arts de la forme.

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        • Répondu le 20 avril à  18:32 :

          Quand même, certains des moyens d’expression cités sont plus des arts de la forme que d’autres. Perso, pour raconter une histoire, j’irai pas choisir l’architecture !

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          • Répondu le 20 avril à  19:22 :

            La bd, le cinéma, le théâtre mélangent différentes disciplines. Ce sont des arts narratifs mais aussi formels. Cette idée de séparer le fond de la forme est un vieux mythe. Des films merveilleux avec une mise en scène ratée, je n’en connais pas.

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  • Excellent
    L’histoire est prenante, tellement réaliste avec des messages forts qui dénoncent les multitudes erreurs institutionnelles, incompétences et une absence total de discernement ou intérêts clairement financiers des services sociaux au détriment de l’intérêt réel de l’enfant (extirpé et arraché de son environnement naturel) et de la souffrance douloureuses des familles, dont les conséquences sont très souvent fortes et dramatique pour notre société dites avancé, libre ou égalitaire et fraternelle. Ce livre nous ouvre les yeux sur un sujet très sensible "l’Amour d’un enfant".

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  • Ca me rappelle le film Jamais sans toi Louna avec Alice Taglioni. Faut croire que cette histoire est pas une exception

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  • Très émue par l’histoire vraie (!!) de cette petite fille de 3 ans arrachée à ses parents et à ses frères et sœur par un engrenage de faux diagnostics et de jugement erronés. Comment des situations pareilles peuvent-elles exister !

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  • Voilà une histoire qui devrait intéresser l’association Adikia qui soutient les victimes de faux diagnostics de maltraitance.

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  • Dans un style qui peut sembler désinvolte, l’auteur raconte l’histoire très émouvante d’une petite fille retirée à ses parents injustement accusés de maltraitance et de la lutte acharnée de ces parents pour revivre avec elle. En fait le style probablement du à une grande pudeur,laisse entrevoir une fin permettant de garder espoir. Sous l’humour apparait un travail important de recherches précises des faits et le désir permanent de comprendre le comportement des partenaires. J’ai peur des superlatifs,mais en lisant ce roman, j’ai.pensé aux oeuvres qui en décrivant la société de leur époque ont permis de la faire évoluer.

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  • Il me semble qu’un tel sujet devrait être traité dans l’émission "Le Monde en Face" animée par Marina Carrère d’Encausse. Faire pareillement souffrir des enfants ! (puisque cette histoire n’est pas unique) est inadmissible !

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