"Dans la tête de Sherlock Holmes" : une passionnante relecture du mythique détective

3 décembre 2019 4 commentaires
  • Les bandes dessinées sur le populaire enquêteur créé par Conan Doyle pullulent, mais cette édition-ci se distingue par son parti pris innovant et son audacieuse mise en page graphique. Exceptionnel !

Le patient que l’on amène au Dr Watson semble nécessiter bien plus qu’un diagnostic médical : il errait en chemise de nuit dans les rues londoniennes et n’a plus aucun souvenir de ce qui l’a amené là. La découverte d’une poudre mystérieuse sur ses vêtements et d’un ticket de spectacle très particulier amène Sherlock Holmes à penser que le patient n’est pas l’unique victime de ce qui s’avère être un complot de grande ampleur.

Il semble en effet que l’étrange disparition de Londoniens trouve son explication dans les représentations d’un magicien chinois. D’autres tickets retrouvés confirment les soupçons du détective...

On dit que le détective créé par Sir Arthur Conan Doyle serait le plus adapté des héros imaginaires. Rien qu’en bande dessinée, on ne compte plus les albums qui le mettent en scène ou qui reprennent ses techniques d’investigation si particulières. Aussi a-t-on toujours une pointe d’appréhension en ouvrant une nouvelle série qui s’y réfère.

Pourtant, dès la couverture, intrigante, on peut se dire que cet album-ci devrait sortir de la norme... et de fait ! : la tête découpée au sein de même la couverture, qui montre le crâne de Sherlock Holmes comme l’intérieur d’une maison londonienne (admirez la cheminée qui fait office de pipe), nous entraîne directement dans de superbes pages de garde.

En un simple coup d’œil, on comprend que l’album sera exceptionnel. Dans le dessin et la mise en scène, car une mansarde pleine de livres semble émaner de la tête du détective. Et dans les détails, avec par exemple un livre traitant du système solaire jeté négligemment dans la poubelle, ce qui rappelle l’une des célèbres répliques de la première enquête du détective : Une Étude en rouge. Autre élément intrigant au milieu de cette bibliothèque si bien rangée : le fil rouge qui la traverse...

"Dans la tête de Sherlock Holmes" : une passionnante relecture du mythique détective

Ce fil rouge (au sens propre comme au figuré) va représenter les pensées du célèbre détective. Car comme l’indique si bien le titre de la série, les auteurs Cyril Lieron & Benoît Dahar nous proposent de suivre sa pensée, dans la construction de son esprit, la collection des indices et les déductions qui s’ensuivent.

Ce qui prenait les allures d’une gageure devient à chaque page une formidable démonstration de bande dessinée. Les indices se révèlent, et l’on suit Sherlock Holmes qui bondit dans sa mansarde intérieure où sont stockées toutes les données qu’il a accumulées au fil des années. Bien entendu, la formule est poussée à l’extrême, car là où Sherlock Holmes prendrait tout de même un livre ou une vraie carte dans les aventures écrites par Conan Doyle, physiquement il s’entend, il opère mentalement dans ces aventures, ce qui ne rend la prestation d’autant plus impressionnante.

La magie opère à chaque planche quand les auteurs allient la forme au fond : tantôt la page ressemble à un journal ouvert par Watson, tantôt à la carte d’un quartier traversé par nos protagonistes. Sans esbroufe, les auteurs préfèrent reposer le lecteur avec quelques pages plus légères graphiquement afin qu’il ne perde pas le fil de l’enquête.

Pour les amateurs de Sherlock Holmes, les détectives en herbe ou les amateurs de récits historiques aussi graphiques que bien construits, Dans la tête de Sherlock Holmes est une réussite ! Sélectionné pour le Prix Landerneau, l’album a été coiffé au poteau par Les Indes fourbes. Il a cependant encore toutes ses chances dans les autres sélections dont il fait encore partie : le Prix Fnac / France Inter, sans oublier la compétition officielle du Festival d’Angoulême 2020 ainsi que la sélection pour le Fauve Polar SNCF. Good luck !

(par Charles-Louis Detournay)

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Dans la tête de Sherlock Holmes, T1/2 : L’Affaire du ticket scandaleux - Par Cyril Lieron & Benoît Dahar - Ankama.

 
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4 Messages :
  • "La magie opère à chaque planche quand les auteurs allient la forme au fond : tantôt la page ressemble à un journal ouvert par Watson, tantôt à la carte d’un quartier traversé par nos protagonistes. Sans esbroufe, les auteurs préfèrent reposer le lecteur avec quelques pages plus légères graphiquement afin qu’il ne perde pas le fil de l’enquête."

    Ils n’allient pas la forme au fond, parce que le fond - ce qui se raconte dans la page - ne détermine pas la forme du récit. On est dans le kitsch et le décoratif plutôt que dans le fonctionnalisme. Par exemple, la page en forme de journal ouvert n’est pas une transcription de ce qui se raconte dans ce journal et ce que découvre son lecteur. Pour le premier strip, cette forme de journal ouvert se justifie mais pas pour les strips qui suivent. Si c’était fonctionnel, les éléments du discours s’imbriqueraient pour mener à une composition de la page inattendue. Là, ce sont seulement des cases et des strips qu’on a fait entrer dans une forme identifiable. On est dans l’ornement baroque, pas dans le langage articulé.
    C’est amusant, drôle à regarder, mais ça n’apporte pas grand chose au langage de la bande dessinée.

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    • Répondu par Charles-Louis Detournay le 4 décembre à  09:10 :

      Je ne parlais pas de révolution du médium, plutôt d’une innovante adaptation de la forme au fond, tout en restant grand public.
      Le journal n’est qu’un exemple, parmi d’autres. Ce sont surtout les réflexions intérieures de Sherlock qui sont ainsi habilement mises en scène.

      Ôtez-moi d’un doute ? Vous avez lu cet album ?

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      • Répondu le 4 décembre à  13:08 :

        Je l’ai lu mais je croyais que la forme irait plus loin, qu’elle aiderait à rentrer véritablement dans le cerveau de Sherlock, quelle ne serait pas seulement une décoration victorienne mais un vrai langage articulé. La série TV Sherlock (2010) utilisait des procédés plastiques qui aidaient mieux à comprendre la réflexion du personnage.
        Vous avez raison, on est plus dans l’innovation que dans l’invention. Mais je ne trouve pas que la forme s’adapte au fond. La forme est surtout là pour donner une ambiance. Les manières de présenter les indices auraient pu être poussées bien au-delà. Les textes dans les bulles sont souvent de gros pâtés indigestes qui ne rendent pas la lecture fluide du tout.
        Je suis à moitié déçu. Mais c’est joli quand même.

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        • Répondu par Henri Khanan le 4 décembre à  16:29 :

          Ce livre est sorti il y a six mois environ...

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