"Des Milliards de miroirs", le récit pré-apocalyptique de Robin Cousin - Éditions Flblb

16 mai 2019 0 commentaire
  • Et si notre monde au bord de l'effondrement découvrait l'existence d'une civilisation extraterrestre, seriez-vous de ceux qui veulent entrer en contact ou de ceux qui souhaitent se protéger ?

À l’Agence Spatiale Européenne, les efforts des chercheurs se concentrent sur la détection des exoplanètes, dans l’espoir que l’une d’entre elles puisse sauver la Terre. Car notre planète est en bout de course, tous les savants s’accordent là-dessus.

La science ne parvient pas à apporter de solution à la surconsommation des ressources terrestres, les recherches s’orientent donc vers l’Univers, qui offre -hypothétiquement - des ressources à exploiter et peut-être même une planète assez accueillante pour reloger tout ou partie de l’humanité.

C’est alors qu’une chercheuse découvre des structures qui semblent indiquer la présence d’une civilisation extraterrestre. Certains y voient une chance inespérée, d’autres une menace. Pour les membres de la secte des Céphéens, c’est certain, il s’agit de divinités qu’ils révèrent depuis des siècles.

"Des Milliards de miroirs", le récit pré-apocalyptique de Robin Cousin - Éditions Flblb

Robin Cousin propose un scénario prenant aux personnages riches et variés qui présentent un spectre étendu de réactions face à une situation sans précédent. Les actions et les découvertes s’enchaînent à un rythme haletant qui tient du thriller, tout en ménageant des espaces didactiques qui donnent une grande crédibilité à l’histoire, qui n’en est que plus saisissante.

Le récit oscille entre réalisme et anticipation et se déroule dans un futur terriblement proche, où les derniers animaux subsistent dans des réserves à l’équilibre délicat et où la décroissance s’est imposée à - presque - tous. Robin Cousin crée une ambiance pré-apocalyptique très convaincante et même glaçante par sa plausibilité et ses nombreux échos avec notre société actuelle.

Son dessin simple et efficace brosse sobrement une civilisation au bord de l’abîme, tout en jouant avec les styles et les typographies pour représenter les images des écrans et celles de l’espace. L’auteur, lauréat du prix révélation ADAGP / Quai des Bulles 2017, avait poussé cette technique encore plus loin dans Le Profil de Jean Melville, où il était déjà question des dangers de la technologie et du Big Data. Ici, la science se révèle impuissante à sauver l’humanité de sa propre démesure.

Dans un entretien très complet réalisé par Mikaël Martin, l’auteur explique qu’il a voulu poser une question : « les sciences peuvent-elles encore sauver le monde ? », lors de sa résidence de trois mois à l’université de Poitiers. Il a découvert à cette occasion l’importance des sciences sociales, notamment dans la réflexion sur l’utilisation des possibilités fournies par la science. La dimension éthique et ontologique est omniprésente dans cet album placé sous le signe de la collapsologie [1].

L’auteur parvient à traiter d’un sujet grave dans un récit passionnant, tout en suscitant de nombreuses réflexions existentielles, un réel tour de force. Loin de répondre à toutes les questions soulevées, Robin Cousin interpelle sur notre mode de vie et la fuite en avant que permet - ou impose - la technologie, mais aussi sur notre place dans l’Univers et face à d’autres formes de vie.

Voir en ligne : Découvrir les premières pages de "Des Milliards de miroirs"

(par Lise LAMARCHE)

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Des milliards de miroirs - Par Robin Cousin - éditions Flblb - 15,5 × 22 cm - 256 pages couleurs - couverture cartonnée - paru en mars 2019.

Lire l’article de Frédéric Hojlo sur "Le Profil de Jean Melville" et le Big Data.

[1« Terme qui théorise l’idée que notre civilisation thermo-industrielle va s’effondrer parce qu’elle arrive à un point de saturation » selon Robin Cousin, dans son entretien réalisé par Mikaël Martin.

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