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Jim Hawkins T. 3 : "À crocs et à sang" - Par Sébastien Vastra - Ankama

  • Suite et fin des aventures de Jim Hawkins, jeune mousse sur la trace du trésor du pirate Flint. Arrivés ensemble sur l’île mystérieuse, deux groupes s’affrontent pour mettre la main sur le butin dans un final brillant. Une excellente trilogie qui mêle le goût de l’aventure et une réflexion philosophique dans la droite ligne du roman de Stevenson.

Les pirates menés par « Kong » John Silver ont tombé le masque et assaillent le petit groupe du châtelain Trelawney et ses alliés, réfugiés dans un fortin abandonné. De son côté, Jim a fait la rencontre de Ben Gunn, un pirate trahi autrefois par Flint et abandonné sur l’île depuis des années. Cet allié inattendu peut faire pencher la balance, mais de quel côté ?

Jim Hawkins T. 3 : "À crocs et à sang" - Par Sébastien Vastra - Ankama
Couverture du coffret de la trilogie © Sébastien Vastra - Ankama

Ce final conclut la série sur un rythme enlevé sans manquer de varier les ambiances et de ménager des doubles pages spectaculaires. Le découpage astucieux s’adapte aux situations et ménage de belles mises en scène, en particulier lorsque Jim est interrogé par les bandits. On retrouve avec plaisir les trognes expressives des personnages anthropomorphiques. La gamme des expressions est traitée avec justesse et déclinée sur une impressionnante variété d’animaux. Sébastien Vastra réussit le tour de force de camper des animaux aquatiques (squale, murène...) sur la terre ferme. Mention spéciale au zèbre maori, la plus magnifique de toutes ces crapules.

© Sébastien Vastra - Ankama

Cette adaptation transmet le plaisir de l’aventure et du mystère. Centré, comme le roman d’origine, sur le point de vue de Jim, le récit offre au-delà de la chasse au trésor une réflexion sur la loyauté et la définition personnelle de la liberté. À l’approche du trésor, les convoitises s’exacerbent et les allégeances vacillent. La loyauté et le sens du sacrifice sont dans le camp de Trelawney et du docteur, mais que penser du pirate Grey qui a rejoint leur camp ? Est-il un renégat ou un allié fiable ? Silver, comme Flint avant lui, est prêt à trahir les "frères" de la côte mais ne renie jamais sa liberté restant ainsi fidèle à sa ligne.

Mortelle rixe entre flibustiers © Sébastien Vastra - Ankama

Le jeune Jim se construit entre ces influences, sans manichéisme. Respectueux de Trelawney et de ses valeurs, il conserve une admiration mêlée d’effroi envers Silver et se garde de le juger. Dans le même esprit, la conclusion présente diverses manières d’utiliser l’argent obtenu, entre dilapidation heureuse, gestion prudente et œuvre humaniste. Chacun semble heureux dans la voie qu’il a choisie, ce qui semble être la véritable leçon que tire Jim de cette aventure extraordinaire.

(par Lise LAMARCHE)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Nota bene : ce dernier tome est également disponible en coffret avec une reproduction de la fameuse carte au trésor

Lire aussi sur ActuaBD :
- La chronique du tome 1.
- La chronique du tome 2.

 
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3 Messages :
  • Une excellente version BD de l’Île au Trésor.
    20 mai 07:43, par Lorenzaccio

    Je n’ai pas lu toutes les BD basées sur le roman de Stevenson, mais j’ai lu celle de Hugo Pratt qui a fait mieux après. L’histoire y est bâclée, résumée, et on reste sur sa faim, ça ne marque pas. Ici, le graphisme est superbe, les personnages très bien travaillés avec l’idée géniale de représenter Long John Silver en Kong. Le personnage devient truculent et même attachant. Le zèbre maori est tout aussi impressionnant ainsi que d’autres. Il y a un côté panthéon égyptien (en plus vivant, bien sûr) qui fonctionne bien. Le dynamisme des graphiques place Black Sad dans le rang des histoires sages. L’histoire prend le temps de se développer, bref, on en a pour son argent. Un vrai plaisir. A lire et relire. Un petit bémol sur quelques invraisemblances cependant comme quand Jim déplace le bateau seul. Les voiles semblent monter et descendre toutes seules... mais le problème vient sans doute du scénario original qui ne s’est pas forcément soucié de vraisemblance.

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    • Répondu le 22 mai à  11:10 :

      "l’idée géniale de représenter Long John Silver en Kong"

      Ou saugrenue.
      Des humains avec des têtes d’animaux comme dans Black Sad. Un effet qui n’ajoute rien au propos. Pas une idée géniale. Des personnages qui se promènent avec des masques.Et pourquoi pas avec des têtes faites de fruits et de légumes comme dans les toiles d’Arcimboldo.

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      • Répondu par Lise LAMARCHE le 31 mai à  09:17 :

        La bande dessinée animalière est un genre bien ancré, de Krazy Kat à Blacksad en passant par Mickey ou Lapinot, avec autant de diversité que d’artistes. Sébastien Vastra s’inscrit dans une veine semi-réaliste plutôt que caricaturale ou comique et s’en tire avec brio. L’hybridation apporte de l’épaisseur aux personnages en leur associant des qualités attribuées à ces animaux (penser au Roman de Renart ou aux Fables de la Fontaine). Dans le tome 2 en particulier cela apporte une dimension supplémentaire à l’histoire avec la question de la traite des animaux de couleur noire, ce qui rappelle Artic Nation de Blacksad (voir ma chronique en bas de page).

        Sébasiten Vastra ne tombe pas non plus dans le piège d’associations convenues. Avec son zèbre maori, il dessine un animal africain dont les zébrures deviennent des tatouages maoris, brouillant les attentes. Cet herbivore participe à un des combats les plus sanglants de la trilogie et renverse encore une fois les codes, tout cela avec un graphisme superbe.
        Ceci dit vous avez raison, une bande dessinée avec des personnages de fruits humanisés a un potentiel particulièrement riche. Je pense à Monsieur Fruit de Nicolas de Crécy par exemple, il y en a sûrement bien d’autres. C’est le génie de la bande dessinée : tout y est possible.

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