Don Vega - Par Pierre Alary - Dargaud

24 novembre 2020 2
  • Pierre Alary déconstruit le mythe de Zorro : une relecture aussi sombre que magistrale, l’un des albums marquants de l’année !

Disons-le d’emblée : cet album est une claque : graphique, scénaristique, historique. De quoi s’agit-il, D’une énième réécriture du mythe de Zorro ? Non, bien plus, d’une plongée haletante dans la Californie du milieu du XIXe siècle, d’une relecture sociale et politique d’un récit d’aventure classique, relu à l’aune de nos angoisses contemporaines.

Don Vega - Par Pierre Alary - Dargaud

Envoyé en Espagne pour s’y former aux armes, Don Vega, héritier d’une riche famille californienne, rentre dans sa famille après avoir appris le décès de ses parents. Son domaine est désormais géré par un ancien général, Gomez, lequel cherche à mettre la Californie en coupe réglée en rachetant des terrains à bas prix afin de les revendre plus cher. Des Peons ont le courage de se révolter. Le visage couvert d’une cagoule, ils se réclament d’« el Zorro », un mythe populaire local. Le peuple les voit comme des héros. Don Vega décide de suivre leur exemple : il revêt un costume noir et est bien décidé à faire payer les spoliations commises envers sa famille. La légende de Zorro est en marche...

On est ici bien loin de Disney, beaucoup plus proche du Dark Knight de Frank Miller. Ici, le mythe est à l’image de la réalité : sombre. Si ce classique de la culture populaire est né en 1919 dans un roman de Johnston McCulley, c’est surtout par le cinéma et la série télévisée de Walt Disney qu’il fut immortalisé.

Cette relecture noire de l’histoire de Zorro que propose Pierre Alary, déjà remarqué pour Silas Corey ainsi que pour Mon traître et Retour à Killybegs, est en tout point magistrale. Le premier élément remarquable est l’utilisation des couleurs, aussi élégantes qu’envoûtantes : toujours justes, elles viennent magnifier un dessin nerveux. C’est surtout le rythme du récit qui force l’admiration : sans jamais être démonstratif, l’auteur arrive à nous surprendre avec ce que l’on croyait déjà connaître.

Initialement prévu comme un one-shot, on se prend à rêver que ce projet trouve une suite, tant le matériau est riche. Entre épée et canons, entre romantisme et fresque sociale, entre aventure et déconstruction du mythe, tragédie et fresque historique, Pierre Alary a tout pour continuer à extraire le filon de ces mines d’or si prometteuses !

(par Tristan MARTINE)

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2 Messages :
  • Don Vega - Par Pierre Alary - Dargaud
    26 novembre 2020 08:53, par Jean-Paul Gabilliet

    Je n’ai pas encore lu l’album mais s’il suit la trame historique d’origine de Zorro, il se déroule dans la Californie du début du XIXe siècle, pas du milieu du XIXe siècle. La Californie est devenue officiellement territoire étatsunien en 1848 et ce qui faisait (entre autres choses) l’intérêt du personnage et des histoires créés par Johnston McCulley était justement ce positionnement historique dans une Californie pré-étatsunienne, colonie hispanique d’un pouvoir monarchique, où Zorro (paradoxalement) incarnait un système de valeurs "démocratique", (supposément) celui des Etats-Unis.

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    • Répondu le 1er décembre 2020 à  09:44 :

      bonjour, merci pour cette trés chouette critique .sinon , le don vega est volontairement "deplacé" dans l’histoire . la californie "gagnée " au mexique et dont la premiere constitution sera signée en 1849 aherera a l’union americaine en 1850. cette periode m’a semblé plus interessante que les années 20 initiales , et m’a ete "inspirée" par le fait que j’ai voulu replacé le contexte historique a l’epoque d’une des references de mc culley , a savoir le bandit mexicain joaquim murietta. qui sevissait dans la californie de 1849.

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