Enigma - Par Peter Milligan et Duncan Fregedo - Urban Comics

27 juin 2015 1 commentaire
  • Récit fondateur du label Vertigo sorti en 1993 et signé Peter Milligan, {Enigma} nous arrive enfin. Avec son ton décalé, son humour noir et son ironie cruelle, ce récit fantastique, où le super-héroïque croise l'absurde et l'horreur, détonne toujours autant. Malgré quelques développements qui nous semblent un peu vains néanmoins.

Michael Smith mène une existence on ne peut plus terne où tout se trouve compartimenté et planifié, comme ses ébats sexuels avec sa copine - le mardi soir, et pas un autre moment. Jusqu’à ce qu’une vague d’événements et de crimes mystérieux secoue son quotidien.

Enigma - Par Peter Milligan et Duncan Fregedo - Urban Comics
La terne existence de Michael Smith
© Peter Milligan et Duncan Fregedo

À la poursuite d’un super-héros, véritablement incarné, provenant d’un obscur comics qu’il adulait enfant, Michael change totalement de mode de vie, s’associe avec l’auteur ayant inventé le personnage afin de retrouver ce dernier, pour comprendre pourquoi le personnel de cette bande dessinée prend soudainement vie. D’autant que Michael a l’intime, et bizarre, conviction d’être quelque part responsable de tout cela...

Résolument underground dans son ton, son propos et son graphisme, Enigma saisit son lecteur et l’embarque dans une enquête surnaturelle dont l’objet premier semble avant tout la transformation intime du héros lui-même, d’abord visible par les mutations de son environnement et des monstres qu’il croise, puis dans les choix de vie qu’il effectue.

On retrouve chez Peter Milligan, le même esprit provocateur et irrévérencieux que chez ses compères de la période, Grant Morrison - qui signe la préface de l’ouvrage - ou Garth Ennis - qui tous les trois ont d’ailleurs œuvré sur Hellblazer !

Rencontre avec la Tête, le premier "Vilain" de cet univers
© Peter Milligan et Duncan Fregedo

S’y ajoute une dimension onirique intéressante en ce qu’elle veille à se situer à la frontière du cauchemar, un sens du décalage permettant de prendre une forme de recul par rapport aux événements, souvent teinté d’un léger et précieux humour.

Reste que ce récit s’adresse quand même à un public motivé. Graphiquement, le trait de Duncan Fregedo, volontairement confus par endroits, pourra en rebuter certains. Du côté du récit, la volonté de surprendre et de dérouter cède parfois à quelques facilités qui rendent certains développements un peu vains. À l’image de la révélation finale, autour de la figure du narrateur : révélation souvent célébrée, il est vrai amusante et savoureuse, mais à nos yeux davantage un procédé, un pied de nez, qu’un réel élément narratif.

Reste toutefois une aventure où l’effroi le dispute à la poésie, où le mystère de la cité - autant la ville que la société - rencontre celui des passions personnelles. Un beau trésor de la ligne Vertigo dont nous pouvons à présent profiter.

Le mystérieux Enigma, au centre de l’intrigue
© Peter Milligan et Duncan Fregedo

(par Aurélien Pigeat)

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Enigma. Par Peter Milligan et Duncan Fregedo. Traduction Patrick Marcel. Urban Comics, collection Vertigo Deluxe. Sortie le 12 juin 2015. 224 pages. 19 euros.

De Peter Milligan, lire la chronique de Human Target

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1 Message :
  • C’est une oeuvre importante, en effet ! Vertigo oscillait à ses débuts entre la tentation de récupérer certains éléments de l’univers super-héroïque traditionnel DC (Animal Man, Kid Eternity, Doom Patrol, Swamp Thing, sans oublier dans le domaine militaire the Unknown Soldier !!), et le désir de présenter des histoires adultes, regardant plus du coté des contes de fées, de la mythologie, du reportage contemporain, du policier dûr ou de l’Histoire, sans parler de nombreux autres domaines. Enigma parle indirectement de super-héros, il ne s’agit pas de personnages DC, mais cela pouvait aider les ventes de la mini-série.
    Quand vous dites "On retrouve chez Peter Milligan, le même esprit provocateur et irrévérencieux que chez ses compères de la période, Grant Morrison - qui signe la préface de l’ouvrage - ou Garth Ennis - qui tous les trois ont d’ailleurs œuvré sur Hellblazer !", c’est peut-être qu’ils sont tous trois nés au Royaume-Uni, Morrison en Ecosse, Milligan en Angleterre, Ennis en Irlande. Leur recrutement par Vertigo est lié aux nombreux déplacements à Londres de l’éditrice Karen Berger, qui alla y puiser de formidables talents littéraires créatifs (n’oublions pas Neil Gaiman et Warren Ellis, et d’autres !)
    Enfin... il me semble que le dessin de Duncan Fregedo, fluide et habile, bien contrasté, est tout à fait intéressant (sans parler de ses sublimes couvertures en couleurs directes !). Je ne pense pas que son trait puisse rebuter le lecteur, maintenant le déroulement de la storyline peut déconcerter quand on a surtout l’habitude de lire du mainstream de super-héros !

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