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Escroqueuse, Quand l’hypo frappe - Par Ana Waalder & Mikhaël Allouche - Delcourt

  • Méconnu, négligé, voire ignoré, le diabète ne se guérit pas. Dans cette enquête fouillée doublée du récit d'un parcours individuel, cet album -le premier du genre- dresse un état des lieux humain, médical et même économique. Les auteurs ne ménagent pas leurs efforts pour dépasser le public concerné directement. Pari plutôt réussi.

« Le diabète n’est pas perçu comme une maladie grave, puisqu’on n’en meurt pas tout de suite. » [1]

Cerné par les idées reçues et l’ignorance générale, cette maladie qui touche 500 millions de personnes dans le monde représente aussi le deuxième plus grand marché pharmaceutique (après le cancer...). Autant de bonnes raisons de consacrer un copieux ouvrage à ce sujet, abordable par le grand public.

Ana Waalder et Mikhaël Allouche ont choisi de mêler passages autobiographiques et séquences documentaires. Résultat, un volumineux précis de l’état des choses, à la fois dans le quotidien d’une petite fille qui devient adulte et se soigne au quotidien, et dans l’aspect médical.

Le challenge de ce type d’album consiste à toucher un public "non captif" ou "non ciblé". À n’en pas douter, soignants et malades salueront le travail documentaire et journalistique impressionnant des auteurs et le sérieux des informations.

Pour l’entourage des diabétiques, la BD sera aussi importante. Et pour l’ensemble du lectorat, l’effort en vaut la peine. L’histoire de notre petite malade (avec un père médecin !) et sa famille séfarade (alerte aux calories !) demeure touchante en permanence. Et l’état de la diabétologie interpelle, notamment dans le dernier chapitre copieusement renseigné : attitudes très diverses des soignants, poids des labos, inégalités dans le monde... Les témoignages sont saisissants.

Inédit dans son sujet, Escroqueuse ouvre une voie, brisant les clichés infamants (diabétiques=coupables) et n’oubliant aucun aspect handicapant : allez donc demander un prêt immobilier avec un diabète de type 1...

Petit bémol tout de même : pourquoi un titre aussi peu explicite, une couverture trop graphique, et ces codes couleurs (orange omniprésent) ? Au-delà de cette forme particulière, il faut faire l’effort de parler de cet album autour de soi, pour faire progresser la prise en charge des malades et surtout sortir du piège de la culpabilisation.

(par David TAUGIS)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

[1Bertrand Burgalat, chanteur, compositeur, directeur artistique.

 
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