Frank Pé : "Dans la profession, les auteurs sont unanimes pour dire qu’ils ne sont plus respectés. "

8 mars 2013 8 commentaires
  • Ce vendredi 8 mars à 17h, la Foire du Livre de Bruxelles rendra hommage à Frank Pé. Artiste remarquable aux talents multiples, mais rare dans la bande dessinée, Frank se livre dans cette interview sans langue de bois. À la tête de deux projets de BD, il raconte ce qui l'anime et le révolte dans son métier.
Frank Pé : "Dans la profession, les auteurs sont unanimes pour dire qu'ils ne sont plus respectés. "
Broussaille - par Frank & Bom
Le personnage fétiche de Frank Pé, créé en 1978 dans le journal de Spirou.
Cinq albums sont parus de 1986 à 2003 chez Dupuis

Vous êtes un auteur reconnu dans le monde de la BD, notamment grâce à vos séries Broussaille et Zoo. Toutefois, ces vingt dernières années, vous vous y êtes fait rare car vous vous consacriez à d’autres projets artistiques. Quelle place la BD prend-elle encore dans votre vie, à l’heure actuelle ?

Frank : Mon souhait de départ était de devenir dessinateur de BD. C’est un rêve d’adolescent. Mais par la force des choses et surtout à cause de mes envies artistiques, je me suis laissé entrainer dans des projets de plus en plus éloignés de ce médium.

Pour autant, cette démarche obéissait à une certaine vision, à une certaine conception de la création qui est pour moi au cœur de notre métier. Je me considère chanceux car je l’ai pratiqué avant que ça ne devienne une sorte d’obligation pour les auteurs actuels.

Aujourd’hui, le marché de la BD ne se porte pas bien, même si le lecteur a l’impression du contraire à cause de la pléthore d’albums publiés chaque année.

Du côté des auteurs, il y a plein de signes qui montrent que nous allons vers de gros problèmes. Enfin, les relations entre auteurs et éditeurs sont de plus en plus difficiles, voire exécrables ! En tant qu’auteur, il devient donc important de se diversifier, en exposant à l’occasion de manifestations qui tendent vers les Beaux-arts, comme la BRAFA par exemple.

Finalement, tout cela n’est qu’une question d’étiquette, la BD ou les Beaux-arts. On peut s’inscrire dans un certain contexte mais rester authentique dans sa démarche artistique, sinon cela n’a aucun sens ! Ce sont les autres qui mettent des étiquettes. Et puis, il y a la réalité économique. Il y a de plus en plus de ventes d’originaux. C’est une démarche qui rejoint l’art contemporain, lequel fait les beaux yeux à la BD avec des expos comme "Quelques instants plus tard".

C’était un projet pertinent. Tout le monde a joué le jeu et cela a produit des fruits. Il y a une sorte d’éclatement qui se passe dans ce milieu et cela me plaît ! C’est une démarche que j’ai toujours encouragée à travers ma carrière mais pour autant, j’aime toujours la BD ! D’ailleurs, j’avais hâte d’y revenir. J’ai un Spirou sur le feu, ainsi que d’autres projets.

Vous venez d’évoquer la santé du marché de la BD. Ces derniers mois, la maison Casterman a fait l’actualité suite au rachat de sa maison-mère, Flammarion par Gallimard. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Cela ne m’inspire rien de bon. Il y a un regroupement généralisé des éditeurs de BD qui deviennent des grands groupes et cela, c’est toujours mauvais ! Pourquoi ? Parce que ces groupes deviennent tellement puissants qu’ils ne peuvent plus avoir qu’une logique financière. Bien sûr, la BD est un marché et c’est important d’avoir une logique financière, mais ne voir que cela est, pour moi, le chemin le plus droit vers la tombe !

La BD, c’est avant tout une relation privilégiée avec un éditeur qui va sentir les choses. Il ne va pas se laisser guider par la loi du marché, il va sélectionner un projet qualitatif et l’accompagner ; il va croire en ce projet, dialoguer, le défendre sur le long terme. Aujourd’hui, tout cela ne se fait plus ou plus assez. Ils nous font croire que c’est toujours comme cela, mais cela n’est pas vrai, car la logique financière est tellement forte que les éditeurs ont démissionné de leur rôle premier et ils ne le voient même pas eux-mêmes !

Dans la profession, les auteurs sont unanimes pour dire qu’ils ne sont plus respectés ! Normalement, nous devrions avoir un partenariat 50/50 avec les éditeurs. Au lieu de cela, nous sommes passés à une relation de gros dominants à esclaves ! Ce n’est pas comme cela que l’on peut bien faire notre métier, désolé ! Tous ceux qui le peuvent vont chercher des solutions ailleurs. Pendant ce temps, les gros éditeurs vont se retrouver avec tous les petits jeunes, qui sont prêts à jouer les esclaves, le temps de quelques titres, pour deux francs six sous. Ils feront cinq pages de BD par jour mais au final, cela donnera quoi ? Je ne suis pas trop sûr que cela va passionner le public, surtout que les jeunes auteurs n’auront pas le temps d’apprendre à dessiner des BD. Ils n’auront pas le temps d’apprendre leur métier de scénariste. Par contre, dans le numérique, il peut se passer des choses parce que c’est une relation beaucoup plus directe avec le public, c’est beaucoup plus vivant. C’est la nouvelle génération. Les éditeurs n’ont pas vu venir le coup et ils ne veulent pas y aller.

Peut-être qu’ils n’y vont pas encore parce que c’est un marché encore en gestation, pas encore rentable.

Oui, mais investir, ce n’est pas demander directement la rentabilité. Investir, c’est développer quelque chose de neuf. Cela, je ne le vois nulle part. Ils disent tous qu’ils investiront le numérique quand cela marchera, mais en attendant, dès qu’une chose ne marche pas, ils reculent. Encore une fois, ce sont des logiques financières et non des logiques de création.

Donc, je pense que la place sera prise par d’autres. Des petits éditeurs, des jeunes, etc. C’est important d’investir dans la jeunesse car c’est elle qui va comprendre comment on peut exploiter tous ces nouveaux outils et comment renouveler la création. Mais ce n’est déjà plus pour moi !

Zoo - édition intégrale
Frank & Bonifay (c) Aire Libre/Dupuis

Ce n’est pas un terrain d’expérience pour vous ?

Je ne pense pas. Je ne rejette pas mais je ne suis pas un geek. J’ai toujours été un peu frileux par rapport à l’ordinateur. Je vois bien que mon terrain de jeu, c’est le papier. Mes maîtres sont des classiques comme Rodin. Je peux m’adapter à beaucoup de choses mais je ne vais pas être un artiste de la première vague sur ce terrain-là, ce n’est plus mon boulot. En attendant, ma relation avec les éditeurs est un peu amère, c’est sûr.

Cette année, Spirou fête ses 75 ans. Vous qui avez collaboré au journal des éditions Dupuis, en animant L’Élan et Broussaille, avez-vous une anecdote à nous raconter ?

J’ai une anecdote que j’ai vécue avec André Franquin. Je passais un moment avec lui et je lui parlais des éléphants qu’il savait si bien dessiner, que ce soit dans les albums de Spirou & Fantasio, dans Gaston ou pour les animations du journal. J’étais un vrai fan et je lui disais tout le bien que je pensais de son travail. Pourtant, lui n’était pas content ! Il disait que les trois-quarts des éléphants qu’il dessinait étaient à flanquer à la poubelle. Puis il m’a dit qu’en dessinant les éléphants, il a toujours essayé de retrouver cet éléphant empaillé qui était situé en haut de l’escalier du Muséum des Sciences Naturelles de Bruxelles. Tout de suite, cela m’a parlé car je connaissais bien cet éléphant.

Il faut préciser que Franquin est né à Etterbeek, une commune bruxelloise où Hergé est né également, à deux pas de ce musée. Moi, j’habitais aussi à Etterbeek, de l’autre côté du Muséum. Il y avait là quelque chose qui nous reliait, Franquin et moi. Cet éléphant était le seul éléphant vivant du jardin zoologique de Bruxelles et une fois mort, il fut empaillé, très mal, ce qui l’avait déformé. Pourtant, Franquin m’a confié qu’il adorait cette bête et qu’il avait toujours essayé de reproduire sa forme ! Voilà une confidence qui m’a éclairé sur les éléphants de Franquin (rires) !

Spirou par Frank
Couverture du livre Portraits héroïques - Dupuis

C’est quoi cette histoire de Spirou ? Allez-vous refaire aussi un Broussaille ?

Concernant Spirou, le projet est plus que sur les rails car c’est signé avec Dupuis. Cela a pris du temps parce que, d’une part, je voulais bien préparer l’histoire. D’autre part, la négociation avec Dupuis fut longue et pénible, dans la ligne droite de ce que je vous disais précédemment. Mais là, nous sommes prêts. Je me suis associé avec Zidrou qui retravaille le scénario et je suis en train de dessiner les planches en ce moment-même.

C’est donc Zidrou le scénariste ?

En fait, j’écris l’histoire et lui, la retravaille, avec tout son talent de scénariste chevronné. Je voulais vraiment donner toutes ses chances à cet album. Il ne fallait pas de faiblesses sur ce projet qui me tient à cœur. Vous savez, Zidrou est un partenaire formidable !

Bronze - Deux panthères
Parallèlement à la BD et à l’illustration, Frank réalise aussi de nombreuses sculptures d’animaux en bronze

Cela devrait paraître quand ?

Je n’en sais rien. Ma seule certitude c’est que je n’ai pas envie de m’embourber dans des délais trop longs. Travailler sur Spirou, c’est travailler sur de l’énergie. Franquin était quelqu’un d’énergique - je n’essayerai pas de faire du Franquin, je vous rassure - mais Spirou, c’est la jeunesse, et donc, je ne crois pas que je vais traîner. Mais c’est quand même un projet de 70 pages.

Cet album sera-t-il réalisé en couleurs directes, comme Zoo ?

Non, les couleurs de ce Spirou & Fantasio seront faites numériquement par un coloriste qui m’assistera.

Que retrouverons nous dans ce Spirou & Fantasio par Frank Pé et Zidrou ?

Il y aura des animaux, on ne se refait pas (rires). Mais mon envie de reprendre ce personnage allait de pair avec un défi qui est - et c’est là que je fais mon clin d’œil à Franquin - de toujours animer ce personnage comme un être positif et contemporain. Je veux le placer dans notre monde actuel, en préservant son côté entreprenant. Il peut déprimer mais il reste un héros. J’ai envie de faire de Spirou un personnage crédible, une vraie personne.

Broussaille et sa compagne Catherine
Peinture murale située dans la rue du Marché au Charbon, à deux pas de la Grand’Place de Bruxelles. Œuvre inaugurée en 1991 et réalisée à l’initiative de l’ancien échevin (adjoint au maire) Michel Van Roye, avec le centre Belge de la bande dessinée

Nous vivons une époque de crise. Avec des questions sociales mais aussi environnementales, de développement durable. Ne pensez-vous pas que votre personnage de Broussaille est plus actuel que jamais ?

Je ne sais pas. Je me pose toujours la question. Bien sûr, vu la manière avec laquelle vous le présentez, cela paraît évident, mais en ce qui me concerne, pendant longtemps, j’étais dans une démarche de réaction au monde qui m’entoure, que je jugeais négatif.

Je n’étais pas de bonne humeur. Je le faisais sentir par petites touches. Pousser constamment des coups de gueule, fondamentalement, je ne crois pas que c’est mon rôle. J’ai envie d’être constructif, mon côté positif revient vite. Mais j’ai tellement besoin de dénoncer toutes ces choses scandaleuses...

Est-ce que Broussaille est toujours pertinent, dans son style, pour le public d’aujourd’hui ? Est-ce qu’un môme de 14 ans ou de 17 ans, en 2013, va être sensible à un personnage comme Broussaille ? Je ne sais pas. Pourtant, de Broussaille à Spirou, le fossé n’est pas si large. Et cette crise du monde que je dénonce, je l’inclus totalement dans mon Spirou mais de manière constructive. Ce sera un Spirou bourré d’espoir mais cela passera par quelque chose de très spécial...

Triptyque Zoo
Zoo - Frank & Bonifay - Aire Libre/Dupuis

Donc, le retour de Broussaille, ce n’est pas pour tout de suite !

Broussaille n’est pas encore sur la table mais il y a un autre projet, qui est aussi une reprise mais qui me correspond bien. Bernard Mahé, de la galerie 9Art, m’a suggéré, voici un an ou deux, que le personnage de Little Nemo de l’auteur américain Winsor McCay était libre de droits et que ce serait chouette que je travaille dessus.

J’ai dit : « Ouais, pourquoi pas ». Mais en replongeant dedans, je me suis rendu compte qu’avec cette thématique du rêve, il y avait moyen de tout traiter ! En m’impliquant dans ce projet, j’ai retrouvé le plaisir que j’avais à mettre de la poésie et une petite touche de surréalisme dans Broussaille. J’ai adoré faire cela et c’est pourquoi Little Nemo est devenu un projet éditorial et d’expositions dans lequel je m’implique complètement.

Chez qui paraitra cette BD ?

On ne sais pas encore. On le fait de notre côté. Bernard Mahé joue au producteur. Une fois que le projet sera arrivé à maturité, nous irons voir les éditeurs. Comme vous pouvez le voir, j’ai deux projets de BD dans lesquels je m’épanouis complètement !

Little Nemo
Œuvre réalisée pour la BRAFA 2013 - Frank - Champaka et 9 Art

(par Christian MISSIA DIO)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Foire du Livre de Bruxelles 2013 - Imaginarium

Le site personnel de l’artiste

- Galerie Champaka

27, rue Ernest Allard

B-1000 Bruxelles

Belgique

Tel : + 32 2 514 91 52

Fax : + 32 2 346 16 09

E-Mail : sablon@galeriechampaka.com

Horaires

Mercredi à samedi : 11h00 à 18h30

Dimanche : 10h30 à 13h30

- Galerie 9 Art

4 rue Cretet

75009 PARIS

Ouvert du mercredi au vendredi de 14h a 19h

Le samedi de 11h à 13h puis de 14h à 19h.

Métro Anvers ou Pigalle ligne 2

Fermeture les jours fériés

Tél. & fax : +33 1 42 80 50 67

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8 Messages :
  • Si même de grands auteurs de la trempe de Frank Pé se rendent compte de la crise effroyable de la BD, c’est vraiment la merde pour les auteurs moins en vue. Si il n’y a pas moyen de gagner sa vie en tant qu’auteur de bd, on peut toujours arrêter, mais pour faire quoi ? Quel emploi peut-on espérer quand on n’a comme seule expérience auteur de bd ? On n’a jamais bossé en entreprise, on n’a pas toujours de diplome, on n’est plus très jeune pour le marché du travail, que faire, sachant que tous les secteurs sont en crise et que partout il y aura des postulants plus adéquats.

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    • Répondu le 9 mars 2013 à  14:19 :

      Oui, la situation des auteurs méconnus est lamentable, les éditeurs sont souvent d’affreux jojos. La langue de bois est présente partout dans les médiats, lorsqu’un auteur est interviewé, sans doute de crainte de subir les foudres de son éditeur, voire des censeurs de forums. D’ailleurs, je suis tellement courageux que je ne signe pas mon commentaire... J’ai la frousse aux trousses !

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      • Répondu par Anthony le 9 mars 2013 à  17:38 :

        Il y a des auteurs très connus dont les éditeurs ne veulent plus parce qu’ils ne vendent pas assez. Comment peuvent-ils vivre s’ils n’ont plus de travail ? Après 30ans à travailler chez soi sur des livres, qui les engagera dans une entreprise ?

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        • Répondu par Sergio Salma le 10 mars 2013 à  19:37 :

          Je ne comprends pas bien le titre de l’article " Unanimes pour dire qu’ils ne sont plus respectés". Unanimes ?! Pas sûr. Inquiets, oui. Dubitatifs, oui. Nombreux sont ceux qui se plaignent, oui. "Plus respectés" ?! On parle de quoi ? De qui ? De qui envers qui ? L’humeur générale est à la panique et à l’angoisse, une crise morale affecte tous les esprits ( on ne parle plus là du petit monde de la bande dessinée mais d’un phénomène global ) ; pourquoi et comment voudriez-vous que dans ce petit secteur , on puisse y échapper. Asseyez-vous et parlez avec n’importe qui dans la rue , ceux qui ont un travail. Vous verrez qu’on les assomme de travail, qu’on les presse, que le stress fait partie du quotidien, que beaucoup de gens vivent la peur au ventre...ce serait un luxe indécent de vivre autrement aujourd’hui.

          Et encore plus dans un domaine où l’incertitude est en quelque sorte "utile". Que prônent ces artistes-là ? De quel respect parle-t-on ? N’est -on pas en train d’imaginer un artiste hors des réalités, dans sa tour d’ivoire, qui jamais ne doit ressentir le malaise extérieur ? Il devrait donc être choyé , dorloté par ses partenaires qui eux-mêmes sont sur un siège éjectable ?! La solidarité pointe son nez ; un artiste doit prendre sa part de ce mauvais climat et faire avec. Il rejoindra cet état absolument normal de travailleur lambda, humain aussi respectable qu’interchangeable ; c’est notre destin sur terre ; personne n’est indispensable.

          Je ne crois pas que ce soit un phénomène nouveau ; en revanche, ce qui est nouveau c’est de croire que tout ceci est récent, conséquence d’on ne sait quel climat économico-tragique. Les 30 glorieuses qui correspondent d’ailleurs assez bien à un certain âge d’or en bande dessinée a broyé des centaines d’auteurs, a laissé sur le carreau des centaines d’artistes , cassé et tué tout simplement les faibles et les vieux. Il faut être un peu aveugle ou inconscient pour voir que les 30 années suivantes, un peu moins glorieuses, aient pu générer un climat serein et une convivialité épanouissante. Courage à tous !

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          • Répondu par Henscher le 11 mars 2013 à  09:51 :

            C’est rigolo ce tropisme qui consiste à dire systématiquement que c’est aux auteurs et uniquement à eux de s’adapter.

            Evidemment que tout est précaire, et personne n’a jamais dit que ça ne faisait pas partie de l’activité artistique. Par contre, le fait que la part du risque repose de plus en plus exclusivement sur les auteurs, et de moins en moins sur les éditeurs, ça, curieusement, personne ne veut en parler. (Je te passe les maisons où avant même de te dire si oui ou non on prend ton projet, on exige de savoir si tu es ok avec les conditions financières, sous peine de quoi la discussion s’arrête - hé oui, ça existe.)

            Les auteurs seraient ravis de subir exactement les mêmes risques, mais en conservant par exemple bien plus de droits sur leur oeuvre, au lieu de tout céder pour l’éternité. (70 ans après sa mort, c’est pas infini, mais pas loin)

            Ils auraient juste ça, ils ne seraient déjà pas mécontents.

            Sinon le respect, ça peut par exemple être simplement de prévenir les auteurs quand leurs ouvrages se retrouvent encadrés par des bandeaux de pub, sur un site de lecture en ligne tout ce qu’il y a de plus officiel - pour ne pas dire les consulter, ne soyons pas vulgaires.

            Bref, le respect, ça n’a rien à voir avec la sécurité, ne confondons et ne déformons pas tout.

            Ensuite, unanimes, sans doute pas.
            Légion, bien plus probablement, en effet.

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            • Répondu par Sergio Salma le 11 mars 2013 à  10:35 :

              De quels auteurs parlez-vous ? Et de quels éditeurs parlez-vous ? Je connais des éditeurs( les personnes employées dans les structures éditoriales mais aussi des personnes qui sont l’éditeur à elles seules) qui sont dans des situations ultra-précaires. Mais c’est un fait, l’auteur a toujours été la personne la plus fragile du système.

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              • Répondu par Henscher le 11 mars 2013 à  18:20 :

                Allons, tu sais très bien que quand on dit "éditeurs", on parle d’entités, de la trinité DelSol/Glénat/Média - et un petit peu d’Ankama. Il n’y en a pas 36, que je sache. Ce sont eux qui font le marché et une bonne partie de la réalité que les auteurs expérimentent actuellement.

                Et évidemment que les éditeurs (entités) plus modestes ont du mal, personne n’a jamais dit le contraire. (Même si on a des cas assez croquignolets qui sont remontés jusqu’au SNAC, dans des petits structures)

                Le discours de Franck Pé est très clair, les histoires qui remontent de plus en plus nombreuses au Snac, quasi quotidiennement, également. Et non, pour le coup, ce ne sont que très rarement des crises d’enfants gâtés, sinon jamais.

                Ensuite, comme je le disais, "unanimes" les auteurs ?

                Je ne le crois pas, quand on entend le discours de certains d’entre eux. Mais de plus en plus mal à l’aise, c’est un fait que personne ne peut nier.

                Même si après tout, chacun voit midi à sa porte, et c’est bien naturel.

                On ne rabâche pas ça sans cesse pour le simple plaisir de se complaire dans le misérabilisme, mais bien plutôt pour tenter de trouver des solutions, aider des gens dont la nature de leur métier tend à les isoler.

                Mais tu sais quoi ?

                En fait j’en ai ras le bol qu’on nous demande de nous justifier.

                Personne ne demande au SNE de justifier sa position, ni le fait que les éditeurs soient organisés - redoutablement, soit dit en passant.

                Dans le même temps, les organisations des auteurs doivent systématiquement se battre, souvent en vain, souvent contre ceux qui devraient pourtant les écouter et les relayer un peu mieux, pour faire entendre leur voix.

                Nous n’obligeons pas ceux que ça fatigue à nous écouter, finalement. Au moins, on gagnera du temps et de l’énergie, bien mieux dépensée ailleurs.

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  • dominant / dominé
    9 mars 2013 14:44, par Claude

    à une relation de gros dominants à esclaves

    Ca c’est vrai !!! Depuis 94 que je suis dans le milieu, ça n’a fait que se dégrader,
    jusqu’a fin 2012, ou notre éditeur (hum) n’a pas hésité à nous menacer du tribunal si nous étions trop en retard pour livrer ( Retard dû à un poignet cassé chez le dessinateur ). Songez-y, chers collègues, blessures ou maladie peuvent vous faire arriver devant les juges, même avec un certificat médical !!!

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