Georges Van Linthout : « "Brian Bones" est un polar tous publics, dans la pure tradition de la BD belge »

18 juillet 2020 0 commentaire
  • Cosigné par le prolifique Rodolphe et le caméléon Georges Van Linthout, l'enquêteur pour assurances de voiture Brian Bones aligne déjà sa quatrième aventure. Elle l'entraîne cette fois bien loin du ciel bleu de la Californie...

Georges Van Linthout : « "Brian Bones" est un polar tous publics, dans la pure tradition de la BD belge »Comme l’imperméable reste au vestiaire, peut-on qualifier votre série Brian Bones de « polar » ?

Oui, on peut bien entendu qualifier Brian Bones de « polar », même si le prétexte de base reste les belles voitures mythiques des années 1950 et 1960. Il n’était pourtant pas dans notre intention de raconter des histoires de courses automobiles, il fallait une vraie intrigue. D’où les enquêtes démêlées par Brian.

Notez que le ciel bleu de la Californie n’est pas absent des polars les plus noirs, comme par exemple Le Dahlia noir. Brian Bones reste donc un polar tous publics qui contient tous les ingrédients du genre, dans la pure tradition de la BD classique belge.

En comparaison avec les récits de l’âge d’or, on remarque ici que les coups tordus se succèdent aussi bien que les filles et les verres de bourbon !

Brian Bones a de multiples aventures et ne déteste pas un verre de bourbon ou d’alcool plus douteux distillé par Flint. Des éléments qui n’apparaissent pas dans les BD classiques comme Gil Jourdan par exemple, soumis à la censure de l’époque. Mais les mentalités ont changé et cette part de réalisme est acceptée depuis longtemps. Je pense même que les aborder reste plutôt sain !

Comme vous nous l’aviez annoncé précédemment lors de la sortie du tome 2, votre série prend un virage dans le tome 3. Non seulement, on s’éloigne d’Hollywood, mais en plus, une jeune femme vient à chaque fois partager le premier plan avec votre détective. Qu’est-ce qui vous a décidé, Rodolphe et vous, à modifier cet aspect de la série ?

Cette évolution s’opère de manière naturelle. On ne modifie pas vraiment le cardre, on l’élargit pour que ça ne devienne pas un carcan. Il faut sortir des décors déjà utilisés, quitte à y revenir plus tard, pour éviter le risque de tourner en rond. Quoiqu’il en soit, La thématique centrale tourne toujours autour d’un modèle de voiture, ce qui est déjà contraignant d’un certain côté, mais n’est pas non plus immuable. Nous ne voulons pas, sous prétexte de garder une ligne rigide, risquer le bégaiement.

Quant aux jeunes femmes, elles représentent un peu les personnages secondaires qu’on trouve dans les bande dessinée classiques. Mais grâce à leurs personnalités, elles apportent une plus-value et sont du coup moins secondaires. Les relations ne sont pas les mêmes qu’entre Spirou et Fantasio, par exemple… À moins que j’aie raté quelque chose ! Et puis, les pin-ups sont pratiquement indispensables dans une BD se déroulant dans les années 1950 aux USA. Pour être politiquement incorrect : tant qu’à parler de belles carrosseries, autant étudier le sujet à fond !

Dans votre album qui vient de paraître et dans le précédent, on retrouve deux jeunes héroïnes assez différentes : Janet, presque une femme fatale à la Betty Page, suivie par Betty, plutôt blonde platine et dotée d’un béret finalement très français. Comment choisissez-vous le physique de vos héroïnes ?

Je ne reçois pas de description à proprement parler de la part de Rodolphe, si ce n’est : « une fille sexy ». Bien sûr, je réalise des recherches de style, de coiffures et vêtements, avant d’opter pour le rendu final. J’ai effectivement dessiné un béret pour Betty justement pour accentuer le côté français, ça m’amusait. Mes héroïnes se distinguent d’ailleurs plus par leurs accessoires que par leur physique.

Dans le cas des deux derniers tomes, on peut dire que les deux filles interagissent dans le sens où, Brian Bones ayant vécu une forme de trahison avec Janet, se méfie naturellement de Betty. Comme il le dit : « chat échaudé craint l’eau froide ». Et pour le lecteur, cette comparaison involontaire entre Janet et Betty rend Betty plus ambiguë. Il n’empêche que Brian Bones retombe vite dans ses « travers »... La chair est faible...

Ce troisième tome fait la part belle aux extra-terrestres, une mode en pleine expansion à l’époque après les événements de la Zone 51. Était-ce un hommage à votre précédente série Lou Smog, dont un album traitait du même sujet ?

À mes yeux, traiter des années 1950 sans parler des extra-terrestres est juste impossible. Pourtant, il était évident pour nous tous que la série devait rester dans le domaine du possible, nous ne voulions pas tout d’un coup changer de registre et passer du polar à la science-fiction. En effet, cet album a été pour moi une forme d’hommage à ma première série… Une « auto hommage » !

Le tome 3 de "Brian Bones"...

D’ailleurs les couvertures de Brian Bones et de Lou Smog ont quelques points communs. On retrouve avec Brian Bones les décors et l’époque de Lou Smog. Brian Bones est une sorte de Lou Smog moins réaliste.

Si l’on évite la SF, on voit cependant poindre le fantastique.

Dans les histoires, j’aime le fantastique quand on peut lui trouver une explication rationnelle. J’aime aussi laisser une ambiguïté comme pour le fantôme dans le premier album et les extraterrestres dans le tome 3. Pour ce troisième album intitulé Corvette 57, il n’était pourtant pas question pour Rodolphe d’écrire un scénario fantastique, mais de faire tourner une intrigue autour d’un sujet fantastique et de le démonter.

Peut-on dire que vous retrouvez avec Brian Bones une partie du plaisir ressenti pendant Lou Smog, même si vous en réalisiez à l’époque également le scénario ? Rodolphe vous laisse-t-il d’ailleurs un peu de place pour proposer des idées ou des thématiques sur Brian Bones ?

... et le tome 5 de "Lou Smog".

Le plaisir est bien présent sur Brian Bones, même si réaliser le scénario me manque un peu. Quoiqu’il en soit, une nouvelle histoire de Brian Bones avec Rodolphe démarre toujours en commun. J’amène des idées, il en apporte d’autres, on discute, on cherche comment développer l’histoire. Je souligne souvent une envie ou l’autre que je lui demande d’essayer d’inclure. Ensuite Rodolphe écrit tout le scénario. Là encore il me le fait lire pour qu’on soit bien d’accord.

Dans ce dernier album, pour profiter du fait que Brian Bones traverse l’Atlantique dans un paquebot, j’ai demandé à Rodolphe si il ne pourrait pas y inclure une tempête qui me paraissait propice à amener l’un ou l’autre éléments. C’est ce qu’il a accepté et qui permet de trancher avec la monotonie de la traversée.

Pareillement, je lui soumets mes planches : il est mon premier lecteur et si quelque chose le chiffonne, on en discute et le plus souvent, je modifie. Je me souviens que pour la scène finale de l’album Eldorado, j’étais avec Rodolphe au festival de Bourges. Le dernier soir, on discutait de cette conclusion que je trouvais trop proche de celle du précédent tome intitulé Roadmaster. Je ressentais aussi le désir que Brian Bones soit plus intervenant. Puis, j’avais envie de dessiner un décor de parc d’attraction à l’abandon. Marc-Renier était à table avec nous ; on a discuté ainsi tous les trois, et la séquence finale est devenue ce qu’on retrouve dans l’album et ce que Rodolphe en a fait, j’étais comblé. En fait, j’aime bien rediscuter des conclusions lorsque l’album est pratiquement terminé. On voit ce qu’on pourrait amener comme élément complémentaire.

Qu’est-ce qui caractérise alors votre apport dans la mouture finale ?

Si on devait trouver une différence entre Rodolphe et moi, disons que je suis plus en faveur de scènes d’action induites et jouées par le héros. Alors que Rodolphe le pose plus dans la réflexion ; il se méfie des « super-héros ». On fait donc un mélange de ces deux visions, et ça roule ! Il n’y a aucune lutte d’ego entre lui et moi.

La série se déroule donc à la fin des années 1950 et au début des années 1960. Comment trouvez-vous la documentation nécessaire pour dessiner les meubles d’époque, les enseignes, les rues, les vêtements, etc. ? Car j’imagine que les photos léguées par vos oncles et tantes ne suffisent plus, d’autant que Brian Bones opère surtout sur la côte ouest ?

La chance actuelle, ce sont les inépuisables sources d’images sur le Net. Je dispose également de ma documentation propre composée de revues, de journaux, de livres… Mais alors que je devais emprunter dix livres à la bibliothèque, il y une vingtaine d’années, tout cela pour dénicher douze images, la toile remplacement maintenant efficacement cette laborieuse recherche. C’est parfois même handicapant, car cette profusion peut nuire à la créativité. Alors je continue à inventer également certains éléments, comme je le faisais déjà dans Lou Smog. J’utilise l’architecture pour créer des bâtiments ou les modifier. Grâce à la bande dessinée, on peut se permettre des licences dans la création.

Brian Bones n’est pas toujours chronologique : le tome 2 a lieu en mai 1961, alors que les tomes 3 et 4 se déroulent consécutivement au printemps 1959. Placez-vous l’intrigue à un moment donné en fonction des voitures qui sont apparues ?

La chronologie n’est pas un élément qui nous tracasse. Sur le plat arrière, le teaser commence par : « USA, années 1950-1960 ». C’est suffisant. De manière plus large, disons que ces aventures se situeraient entre 1958 et que la barre haute serait 1964, avec l’apparition de la première Ford Mustang… pour pouvoir la dessiner un jour ! Après 1964, la mode a changé, les voitures ne sont plus les mêmes. J’aimerais par exemple dessiner des Muscle cars, mais ça serait une autre série, genre 1960-1970.

Outre l’enquête elle-même, la série se focalise aussi sur la vie sentimentale de votre héros Brian Bones, des histoires d’amour parfois aussi compliquées à démêler que les arnaques à l’assurance sur lesquelles il enquête. Est-ce pour donner plus de relief à votre héros ou pour apporter une touche féminine bienvenue à vos histoires ?

Pour l’humaniser, car Brian a ses faiblesses, comme nous tous. Du coup, sa vie sentimentale lui confère plus de relief, même s’il me paraît particulièrement naïf avec les femmes et si les relations qu’il entretient avec elles sont compliquées, intéressées, et souvent superficielles. Quand il tombe réellement amoureux, ça se termine généralement mal. Notons également qu’un personnage féminin est sensiblement plus fort : ce qui lui arrive prend plus d’importance que si ça arrive à un homme. L’aspect des femme sexy et à la libido assumée qui plaisent à Brian, est surtout amené par Rodolphe. Je n’y penserais pas à priori, mais je trouve que ça donne de l’épaisseur au personnage et je l’apprécie : cela entraîne inévitablement des situations qui seraient impossibles à représenter sans la présence d’une femme.

"Brian Bones" T3 : Corvette 57

Vous amenez quand même votre part de sexy dans la série : les secrétaires de Bergson qui défilent à chaque tome et réajustent régulièrement leurs bas, les discussions dans les cabines d’essayage, etc. ?

Encore une fois, c’est plutôt de Rodolphe que cette part assumée provient. Mais effectivement, cela renforce cette ambiance Fiftie’s. Avec cette discussion par-dessus le rideau de la cabine d’essayage, nous voulions évidemment mettre en évidence le côté sexy du personnage : une bonne idée de Rodolphe car il n’y a rien de pire que de dessiner une discussion entre deux personnages. Là, il a résolu le problème en donnant au lecteur une vision plus attirante ! C’était marrant de mettre Brian dans la peau du bon ami qui juge les robes de sa copine tout en discutant de l’enquête en cours. Pour autant, il n’est pas question de faire une série sexy. Juste ne pas oublier que les pin-ups sont aussi un élément représentatif de cette époque charnière.

De tous ces personnages secondaires, ceux qui ressortent le plus sont sans doute le shaman-mécano Flint et sa fille Lisa, que Brian considère comme un bébé malgré son caractère bien trempé et son habilité aux armes. Est-ce que leurs places pourraient changer dans le futur de la série ?

Flint est un peu le père spirituel de Brian, qu’il va consulter quand il a un problème. Flint est inspiré de Gene Winfield, transformateur de voiture et ancien pilote qui vit dans le désert de Mojave. Quant à Lisa, elle est amoureuse de Brian qui la trouve pourtant trop jeune : c’est une forme de running gag entre eux. Ces personnages ont été créés dès le début, et je ne pense pas que leur place changera fondamentalement dans le futur. Il arriver que Lisa et son père prennent à l’occasion un rôle plus conséquent, comme dans la conclusion de Corvette 57. Mais c’est n’est pas systématique, juste un ressort possible.

Les belles carrosseries sont au premier plan de la série. Trouvez-vous toujours la documentation que vous recherchez, surtout lorsqu’il vous faut les accidenter, ce qui arrive finalement assez couramment ?

Oui, je trouve assez facilement de la documentation. Il y a intérêt à être assez rigoureux car les lecteurs pardonnent difficilement une erreur. Et dans les modèles de voitures, les détails qui changent sont légion. Pour les américaines, ça va, je connais bien. Paradoxalement, pour les françaises, je dois davantage me concentrer. Il a également beaucoup de photos d’accidents de voitures plus épouvantables les uns que les autres, c’est là que je vais me servir. La difficulté c’est quand une voiture est retournée, il fait trouver de la documentation sur toute la mécanique apparente. Et quand je ne trouve pas, je casse encore plus !

À propos des voitures françaises, le tome 4 change de registre en se concentrant sur la DS et la 2CV.

Après une trilogie américaine, nous avons choisi de déplacer Brian Bones vers un autre pays. La France était le premier choix. Les lecteurs français vont pouvoir retrouver des décors familiers et des voitures qu’ils aiment. Il y a trois modèles qui sont très représentatifs : la DS, La 2CV et la traction. La DS a eu notre préférence pour ses formes avant-gardistes et sa présence aux USA pratiquement dès sa création. Rodolphe trouvait la 2CV trop humoristique pour mener toute l’histoire. Ça aurait été comique de mettre Brian Bones, un Américain, au volant d’une 2CV, mais au-delà de l’aspect comique, l’intrigue tient beaucoup mieux avec une DS, c’est certain. Il n’est pas exclu de faire voyager Brian Bones dans l’avenir bien que pour moi, il reste avant tout un Américain. Mais je le verrais bien à Cuba par exemple, là il y a du potentiel. La période de la révolution est très inspirante.

Cette incursion en France vous a demandé de changer de documentation : était-ce un plaisir de changer ainsi de cadre ?

Si ça n’avait pas été un plaisir, je ne l’aurais jamais fait. Je me réjouissais de dessiner l’arrivée au Havre par exemple et je me suis effectivement bien amusé. C’est vrai que j’ai dû renouveler mon stock de documentation. J’aurais peut-être été plus à l’aise, moins dépaysé si l’histoire s’était déroulée sur la Riviera, mais le choix du Havre s’imposait par rapport au scénario. « Changement d’herbage réjouit les veaux », chantait Ricet Barrier. Changement de décor réjouit les dessinateurs !

Vous semblez capable de modifier votre style de dessin en fonction de la thématique. Ici, vous optez pour une ligne claire semi-réaliste.

Je varie naturellement mon style graphique :je suis toujours passé sans problème du réalisme à l’humoristique. Dans mes dessins encrés, je suis toujours proche de la ligne claire, que ça soit dans Lou Smog ou Falkenberg, sans aucune contrainte. Ce n’est pas un calcul, c’est comme ça. Brian Bones s’inscrivait dans une tradition de BD que j’aime particulièrement et que j’avais envie d’intégrer. Le graphisme était là , c’est le mien lorsque je suis dans cette veine : je ne force rien. J’essaye toujours de rester clair dans mes dessins, pas d’esbroufe inutile. Je tiens d’ailleurs à ce que la couleur reste dans la même approche : on ne redessine pas dans mes dessins. Avec Stibane aux couleurs, nous partageons cette vision.

En revanche, mes dessins au crayon et au lavis sont dans un tout autre style. Plus souple, plus à l’arraché. J’ai besoin de ça pour décompresser, me laisser aller davantage. Les deux types de dessin sont personnels. Le dessin lavis et crayon n’est pas inscrit dans une école comme pourrait l’être mon travail plus classique. Je ne peux d’ailleurs pas dire si je préfère l’un ou l’autre. Quand j’ai réalisé plusieurs albums d’un type, j’ai envie de passer à autre chose pour y revenir plus tard. Je suis un dessinateur : je dessine et je prends plaisir à varier.

La scène d’intempérie ou nocturne dont vous bénéficiez dans chaque album de Brian Bones vient-elle répondre à ce besoin : varier les atmosphères, alourdir l’ambiance, vous faire plaisir ?

Ce se sont des cadeaux que Rodolphe me fait, car il sait que j’aime la pluie et la neige. Il faut évidemment que ça soit justifié. À mes yeux, ces éléments renforcent toujours la dramaturgie. Si les conditions atmosphériques sont difficiles, le héros affronte une difficulté supplémentaire. Sans rien ajouter à l’action proprement dite, l’ambiance est tout de suite plus dense. À chaque fois que Rodolphe me remet un scénario il me dit : « Je t’ai mis une petite scène de pluie » en riant. À force, on se connaît très bien !

On remarque que vous dessinez régulièrement des animaux à l’avant-plan de certaines cases. Est-ce un autre plaisir personnel ?

Oui, je trouve que ça situe bien une atmosphère. Si je mets un serpent qui traverse la route devant une voiture, ça ajoute à l’environnement une forme de petit suspense complémentaire, cela pose le rythme. Un coyote qui regarde passer la voiture de Brian Bones le situe bien dans le désert profond. Puis, je me fais aussi un peu plaisir. La bande dessinée représente beaucoup de travail ; il faut donc impérativement se faire plaisir.

Vous livrez-vous également à quelques « private joke » dans les éléments de décor, source de deuxième voire troisième lecture...

Je joue effectivement avec les noms de magasins, les commerces divers, et les inscriptions sur les camions pour rendre des hommages discrets à mes éditeurs, Paquet, Pol beauté, mais aussi à mes filles, et mes copains comme Gaz Chardez sur un camion dans DS 29 qui est un clin d’œil à mon ami Didgé… on s’amuse comme on peut ! Je caricature également des personnes, et dans le dernier album je dessine deux personnages de Jean-Luc Delvaux que Brian Bones croise dans un routier.

L’univers nous fait toujours inévitablement penser à Lou Smog. Où en êtes-vous avec cette série : allez-vous la reprendre chez Paquet ou allez-vous tout d’abord publier le dernier tome de son intégrale ?

Le troisième tome de l’intégrale est bien entendu prévu. Nous voulons pourtant publier un nouvel album des aventures de Lou Smog avant ce dernier recueil troisième intégrale, ce qui me ravit ! Avec le Coronavirus, les choses sont un peu ralenties mais je tiens beaucoup à ce nouvel album, car Lou Smog reste avant tout mon personnage, comme je le dis toujours. Et je suis impatient de réécrire et de mener seul la série.

Concernant vos autres projets, nous avons appris que vous alliez republier à compte d’auteur La Nuit du lièvre. Pouvez-vous nous rappeler comment cette aventure avait débuté ?

La Nuit du lièvre est le premier roman graphique que j’avais réalisé, il y a déjà 20 ans, chez Delcourt. Pour beaucoup de raisons, cet album me tient à cœur, entre autres car le scénariste, Yves Leclercq, et moi-même y avons mis une bonne part de nous-mêmes.

À l’époque, nous sortions de séries plus classiques chez Casterman. De son côté, Yves avait écrit une histoire, tandis que moi, j’avais dessiné quelques planches sans but précis, mais avec un dessin plus spontané, sans chichis. Et sans être consultés au préalable, nous sommes rendus compte par la suite tous les deux, que scénario et dessins mettaient en scène notre propre village transposé aux USA. Hasard lumineux ? En tout cas, son scénario était vraiment très bon, ce n’est pas pour rien qu’il a été primé.

Naturellement, nous avons donc démarré l’album dans la collection Encrages que des auteurs voulaient créer chez Delcourt : une collection de petit format broché assez novatrice. J’ai été le second auteur à y être publié après Davodeau. C’était surtout pour moi l’occasion de montrer une autre de mes facettes : je voulais enfin aborder le noir et blanc et me soustraire à une forme de rigueur de dessin qui me crispait un peu. Véritable déclic à mes yeux, c’est à partir de cet album que j’ai pu pendant des années dessiner des romans graphiques en noir et blanc.

La Nuit du Lièvre

Et pourquoi republier cet album maintenant, et en dehors d’une filière classique ?

Avec mon fils, qui a créé une structure éditoriale « Le Chaînon Manquant », nous avons mis cet album en réédition sur Ulule. On peut encore contribuer à cette renaissance jusqu’à la fin du mois de juillet. L’album sortira au mois de septembre dans un plus grand format qu’à l’origine, et cartonné, ce qui est mieux.

Le Chaînon Manquant a déjà édité plusieurs albums, c’est un peu un travail en famille élargie assez passionnant. J’invite d’ailleurs les lecteurs à aller jeter un coup d’œil sur le site de l’éditeur. Éditer cet album en dehors des filières classiques est une sorte de challenge et surtout une envie de liberté. C’est un réel plaisir et une vraie indépendance. Le but est de financer la fabrication. Après, les ventes suivent et il y a peu d’intermédiaires, ce qui est plus simple et plus rémunérateur.

La Nuit du Lièvre

Avez-vous d’autres actualités prévues dans les prochains mois ?

Mon actualité concrète actuelle est l’adaptation du roman de David Vann intitulé Goat mountain chez Phileas. J’ai rencontré David Vann il y a un an, et ça a été l’occasion de lui parler de cette envie que je voulais concrétiser. Il s’agira d’un roman graphique de plus de 120 pages. J’y travaille, avec ma fille O’Carol à l’adaptation. Il sortira fin 2021.

J’ai aussi un projet au sein de la collection Agatha Christie chez Paquet, malheureusement retardé pour cause de virus ; un autre projet avec Rodolphe qui tourne autour de chroniques sur Broadway ; et enfin, un album biopic romancé sur le premier footballeur noir qui a joué en Angleterre et qui met en scène le racisme toujours bien présent actuellement dans ce milieu notamment. Il ne s’agit pas d’un plaidoyer quelconque, le personnage est beaucoup plus complexe qu’une simple victime de racisme.

L’adaptation du roman de David Vann intitulé "Goat mountain" chez Phileas.

Il y aura certainement un tome 5 de Brian Bones ?

Bien sûr, même si nous devons encore nous attaquer au scénario. La série fonctionne bien car le tome 2 va paraître en néerlandais et une intégrale des trois premiers albums est prévue en Allemagne. Sans oublier Lou Smog, que je ferai de toute façon. Bon, je me rends compte que tout ça représente encore du boulot à abattre, je vais donc m’y remettre. À bientôt !

Propos recueillis par Charles-Louis Detournay.

(par Charles-Louis Detournay)

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Brian Bones, T. 4 DS 29 - Par Rodolphe, Van Linthout & Stibane - Paquet.

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Lire également une précédente interview de Georges Van Linthout : « Cette intégrale de "Lou Smog" était attendue par les lecteurs »

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