Jeromeuh : « Les clichés, c’est bon pour les scénarios paresseux »

16 mai 2011 11 commentaires
  • L’auteur des « Petites Histoires viriles » publie chez Delcourt son premier album, dérivé de son blog très couru des internautes. Il essuie pour ActuaBD sa première interview. Modeste mais déterminé, il ne se laisse pas démonter pour autant…

Comment s’est monté votre projet ?

À l’occasion du speedbooking du Salon du livre 2010, j’ai rencontré Grégoire Seguin [éditeur chez Delcourt. NDLR] qui a trouvé le projet intéressant, il m’a mis en relation avec Yannick Lejeune. Yannick m’a d’abord aidé à rendre le projet présentable, puis j’ai beaucoup redessiné, écrit, réécrit avec son étroite collaboration. Et voilà comment sont nées les «  Petites Histoires viriles ».

Quel est votre parcours jusqu’ici ?

Il ressemble beaucoup à une balade à l’instinct pour le moment. Je suis parti voyager à 18 ans. À 21 ans, je me suis installé à Paris où j’ai enchainé les boulots alimentaires divers. J’ai toujours continué à dessiner parce que je ne sais pas ne pas le faire : À Rungis, derrière une caisse enregistreuse, derrière un bar, dans un magasin de fringues, derrière le bureau d’une agence immobilière, j’ai dessiné partout et tout le temps. Alors, il fallait bien que je finisse par le partager… Cela s’est fait sous forme d’un blog. Ce blog m’a permis de devenir illustrateur pro.

Le blog est un vrai tremplin pour les jeunes d’aujourd’hui ?

Le blog est un moyen de partager son travail… Alors oui, ça permet de rencontrer des gens, de progresser, de trouver des pistes...

Jeromeuh : « Les clichés, c'est bon pour les scénarios paresseux »

Quelle est votre audience ?

C’est à peu près 10 000 par jour, ça varie suivant les notes. Je crois que c’est assez peu.

Quand un éditeur vient vous chercher, il vient chercher votre talent ou votre audience ?

Aucun éditeur n’est venu me chercher, je suis allé à la rencontre de Delcourt qui, je crois, a choisi de donner sa chance à un jeune auteur et son projet artistique... et pas à une ’’audience’’ quelconque.

Jeromeuh
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Ces histoires sont-elles autobiographiques ?

Mes histoires sont de l’autofiction, je brode sur la réalité. Je n’ai pas de méthode de travail, quand j’ai une idée, je la note. Je dessine au Criterium, j’encre au pinceau, puis je fais les couleurs sur ordinateur.

Elles racontent la chronique d’un gay parisien de nos jours. Avez-vous l’impression que ce genre de sujet tranche sur la production d’aujourd’hui ?

C’est une histoire sincère, je ne sais pas si c’est très original, j’ai l’impression d’être un monsieur tout le monde. Je suis gay, donc ça parle de ça, entre autres, mais ça parle aussi de mes amis hétéros, de l’amour en général, de la recherche de l’identité tout court. Je ne me suis pas posé la question de savoir si c’était d’ambiance parisienne... 0n voit deux fois la tour Eiffel, peut être.

Dessin de Jeromeuh

Êtes-vous un gay militant, pour autant que ce mot ait un sens ?

Je n’ai assisté qu’à une seule gaypride et je n’ai jamais mis les pieds dans une asso gay. J’ai fait partie de SOS racisme quand j’étais ado, mais c’est tout. Peut-être que mon acte ’’militant’’ c’est d’avoir ouvert un blog. Je reçois parfois des mails de lecteurs hétéros qui me disent que la lecture du blog a déclenché une démarche de "tolérance" chez eux. Je ne suis pas fan du mot tolérance, mais c’est le seul que j’ai trouvé.

On n’échappe pas à une certaine forme de cliché, non ?

Je ne me rends pas compte, j’ai du mal à catégoriser les gens. On est tous trop compliqués pour les clichés ; les clichés, c’est bon pour les scénarios paresseux.

Quels sont vos projets ?

Là, je bosse sur un nouveau projet BD, un espèce de polar-glam où il y aura de la trahison, du meurtre, du machiavélisme, des paillettes et du rouge à lèvre au menu…

Propos recueillis par Didier Pasamonik

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Lire la chronique de l’album

Jeromeuh expose ses dessins à la Galerie Napoléon. Vernissage le mercredi 18 mai 2011 à partir de 19h00, en présence de l’animal. Galerie Napoléon - 23 rue Charles V, 75004 Paris, à deux pas du Marais évidemment.

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11 Messages :
  • Récemment, un haut responsable de chez Delcourt m’a affirmé que les choix éditoriaux, depuis longtemps, s’effectuaient non pas sur un coup de coeur quant à tel ou tel solide projet mais plutôt sur ce qui faisait un carton sur la Toile. Ainsi, pour les futurs prétendants à la publication, il fallait disposer d’une pré-notoriété sur le Net ...

    Si c’est pas une mentalité d’épicier ça ...

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    • Répondu par Jean-Luc Cornette le 18 mai 2011 à  12:44 :

      Un blog ou un site internet peut aider un auteur à se faire connaître. Mais si le succès d’un blog suffisait à garantir un succès dans l’édition papier, ça se saurait. L’intersection entre les publics n’est pas énorme. La gratuité et la diffusion de l’un ne garantit pas la réussite de la vente payante de l’autre. Vous avez dû mal comprendre ce fameux responsable de chez Delcourt. De plus, un blog est, dans la plupart des cas, une finalité en soi et n’est pas le brouillon ou le pré-projet d’un album papier. C’est bien souvent une création à part entière.

      Et pour parler de la mentalité d’épicier, vous lui dites à votre épicier que c’est un type peu reluisant car il souhaite gagner sa vie en vendant des tomates et des bouteilles d’eau ? Il ne faut pas confondre éditeur et mécène. Une maison d’édition est une entreprise qui doit, comme toutes les entreprises, faire du bénéfice. Sans quoi l’aventure tourne court. Ça semble pourtant évident. Il n’y a rien de déshonorant à réfléchir à comment faire tourner sa boîte, il me semble. Si, en plus, c’est grâce à la découverte de nouveaux auteurs sur le net ou ailleurs, c’est même très bien.

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      • Répondu par jenycroispasmaisjeledisquandmeme le 18 mai 2011 à  15:34 :

        sauf que l’idée développée là c’est de dire que Delcourt n’a plus envie de faire un boulot de communication de a à z mais plutôt de s’appuyer sur une pseudo notoriété de l’auteur. Le petit fils de Johnny (je ne sais pas s’il en a) aurait donc plus de chance de se faire signer qu’un dessinateur timide mais talentueux.

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        • Répondu le 18 mai 2011 à  15:46 :

          Le petit fils de Johnny (je ne sais pas s’il en a) aurait donc plus de chance de se faire signer qu’un dessinateur timide mais talentueux.

          C’est ce qui est arrivé à la fille de Renaud (l’ex chanteur), et effectivement, c’est pas le talent qui l’étouffe.

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          • Répondu par Wandrille le 19 mai 2011 à  10:41 :

            J’aime bien ce genre d’argument étayé. Hop, une phrase avec une affirmation toute subjective, et paf, la démonstration est faite.
            Vous pouvez nous faire une liste de qui a du talent et qui n’en a pas, s’il vous plait ? On gagnerait du temps.

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        • Répondu par Gill le 18 mai 2011 à  16:32 :

          Je préfère qu’il y ait des abus populistes marketing et préserver un système libre et ouvert, plutôt que de confier à une vingtaine de gros éditeur le soin de me dire ce que je dois aimer.

          Avec ce système (publication de blogs), le petit dessinateur timide mais talentueux a au moins la possibilité d’être reconnu à travers son blog, au lieu d’attendre que papa-éditeur ait épuisé son cheptel de bons dessinateurs qui savent se mettre dans ses petits papiers parce qu’ils ont un bon carnet d’adresse (ce qui, à mon avis, vaut bien le coup du "fils de...").

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        • Répondu par Baptiste Gilleron le 18 mai 2011 à  21:27 :

          Mais ça, on peut se dire que c’est partout pareil : la première dame de France aura plus de chances de tourner dans un film de Woody Allen qu’une jeune et talentueuse (mais inconnue) comédienne sortant du conservatoire, tout comme le neveu du patron de la PME Trucmuche se fera peut-être plus facilement embaucher dans la boîte que Michel Bidule, travailleur qualifié qui épluche les annonces d’emploi tous les jours.

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    • Répondu par Gill le 18 mai 2011 à  16:21 :

      C’est logique, du point de vue marketing et économique. Et c’est amené à se poursuivre, à mon avis.

      Je ne vois pas ce qu’il y a de désagréable à récompenser un auteur qui a su se faire aimer du grand public (tout comme on le faisait, dans les magazines), ou même du public ciblé, avant que de plaire à un esthète unique qui a la chance d’avoir des sous et une entreprise éditoriale.

      A coté de ça, cela n’empêchera pas qu’un éditeur fasse des choix personnels plus risqués... mais je ne vois vraiment pas pourquoi cette façon de faire devrait être unique !

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  • En fait, dans quelques années, il suffira d’être le fils ou la fille d’un blogueur célèbre pour être publié, donc ?

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    • Répondu par Wandrille le 19 mai 2011 à  10:43 :

      Ben oui, tout comme il suffit d’être fils de médecin pour devenir médecin, c’est bien connu.

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  • Que c’est cher
    28 mai 2011 11:41

    Les originaux présentés à la galerie parisienne qui expose Jeromeuh sont à des prix exhorbitans pour de simples gags en 1 case.
    Il n’est pas étonnant de constater que tous les originaux sont indiqués "disponible" donc rien ne s’est vendu.

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