L’Opéra de papier de Philippe Druillet

13 décembre 2010 2 commentaires
  • Ce qu’Edgar-Pierre Jacobs a rêvé, Druillet l’a fait : contrairement au créateur de Blake & Mortimer, son œuvre est véritablement un opéra de papier sans équivalent dans le monde de la bande dessinée. Drugstore vient de republier Salammbô en intégrale, avec en prime un recueil de dessins, Les Nus. Fascinant.
L'Opéra de papier de Philippe Druillet
Salammbô ; l’intégrale d’après Flaubert par Druillet
Ed. Drugstore

Il faut bien en convenir, Druillet, c’est exactement comme l’opéra. L’œuvre est grandiose, grandiloquente, éblouissante, mais on n’y comprend pas grand-chose de premier abord. On se laisse porter par la puissance, par ces univers rugissants et désespérés, beaux comme le chant du monde… Mais quand on y pénètre d’un peu plus près, quand on se laisse séduire par la vénéneuse mélopée de ses textes, et surtout par son graphisme d’un lyrisme impérieux, on se rend compte que nous nous trouvons face à un créateur d’exception qui a nourri le renouveau de la bande dessinée française depuis la fin des années 1960.

Car Druillet ne se contenta pas de vivre les huit premières de son existence à Figueras, à deux pas de la maison de Salvador Dali, il devint photographe à Paris à 16 ans et découvrit chez Jean Boullet, le propriétaire de la mythique librairie Le Kiosque, les cultures de « mauvais genre » : le roman policier, la SF, le fantastique, la bande dessinée, le cinéma de série B et Z…

Le jeune photographe devient brièvement acteur, dessine les décors d’un court-métrage de Dracula, collabore comme critique à Midi-Minuit Fantastique et devient le correspondant français du magazine Famous Monsters of Filmland. En 1966, il en publie Lone Sloane chez Losfeld, l’éditeur de Barbarella de Forest et de Jodelle de Pellaert.
Son graphisme, sorte de mix entre l’abstraction lyrique de Georges Mathieu, le délire de Salvador Dali et la puissance de Jack Kirby se veut original. Il est bientôt solicité par l’illustration,de livres, de magazines, d’affiches de cinéma. Ces dessin accroche l’œil de René Goscinny qui l’engage dans Pilote en 1969. Ses pages éclatées, rugissant de couleurs, contrastent avec le gaufrier régulier de Lucky Luke ou de Tanguy & Laverdure.

Salammbô ; l’intégrale d’après Flaubert par Druillet
(C) Ed. Drugstore
Druillet, les Nus d’après Salammbô de Flaubert
Ed. Drugstore

En 1974, il fonde avec Moebius et Jean-Pierre Dionnet, la revue Métal Hurlant et les Humanoïdes Associés, dont il signe l’identité graphique conjointement avec Moebius. Son sommet est La Nuit, un album qu’il réalise après le décès de son épouse, frappée par un cancer foudroyant. Vuzz, une bande dessinée en noir et blanc au tempo graphique proche de l’écriture automatique joue un rôle aussi important dans l’histoire de la BD que Major Fatal de Moebius. En 1976, il crée les machines et les décors pour le film The Sorcerer de William Friedkin.

L’opéra, le vrai, le sollicite bientôt : de 1978 à 1983, il travaille avec Rolf Liebermann et Humbert Camerlo, à l’Opéra de Paris sur un Wagner Space Opera, une production marquante.

C’est l’époque où il publie Salammbô chez Dargaud, une version très personnelle du roman historique de Flaubert qui, selon l’expression bien connue de Jules Janin, le « prince des critiques », « assommait les lecteurs autant que les soldats. » Publiée d’abord en trois volumes, Drugstore vient de la ressortir en intégrale à laquelle on ajoute, pour la bonne bouche, les couvertures de toutes les éditions précédentes, ainsi que celle du jeu vidéo qu’en avait tiré Adventure Compagny et l’affiche du spectacle audio-visuel que Druillet avait réalisé pour la Géode à Paris toujours sur le même thème.

Et comme un cadeau ne vient jamais seul sous le sapin, on y ajoute les dessins réalisés pour la Galerie Pascal Gabert, un complément qui prolonge le plaisir de l’intégrale.

Druillet, les Nus d’après Salammbô de Flaubert
Ed. Drugstore

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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2 Messages :
  • L’Opéra de papier de Philippe Druillet
    13 décembre 2010 13:16, par Fred

    Dommage que Druillet n’ait jamais pris le temps d’apprendre à dessiner plutôt qu’utiliser toujours les mêmes béquilles d’astuces graphiques, il aurait peut-être pu faire une oeuvre qui en vaille la peine. Ses albums étaient déjà too-much dans les seventies, ils sont aujourd’hui carrément ridicules, au même titre que ceux de Tito Topin ou Les naufragés de l’Escalator.

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    • Répondu par pascal graffica le 14 décembre 2010 à  17:19 :

      FRED n’aime pas DRUILLET ; c’est clair ! moi je trouve que ses bd sont toujours d’actualité tant au dessin que narrativement ! bravo à DRUILLET pour ce qu’il m’a apporté comme rêve graphique !

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