L’atelier de Franquin, Jijé, Morris & Will

16 juin 2010 11 commentaires
  • Le Centre Belge de la Bande Dessinée propose durant six mois une exposition qui revient sur les débuts de "la bande des quatre", un parcours illustré et ludique sur une "association de bienfaiteurs" nommés Franquin, Jijé, Morris et Will.

A l’initiative d’Isabelle Franquin, la fille de l’artiste qui prêta son prénom à la formidable série Isabelle, le CBBD accueille une exposition qui n’est ni exhaustive, ni didactique mais s’ouvre par un parcours historique, suivi d’une représentation fantasmée de l’ambiance de cette bouillonnante période.

Avec la complicité de deux spécialistes, Frédéric Jannin [1] et Hugues Dayez [2], Isabelle Franquin a imaginé « L’atelier de Franquin, Jijé, Morris & Will ». L’exposition met en lumière une période d’intense créativité, durant laquelle le mentor Jijé ouvrit les portes de sa maison à une génération de surdoués qui s’apprêtaient à révolutionner la manière de faire de la bande dessinée en Europe. Documents, planches originales, albums, objets évocateurs, et mise en scène ludique forment le contenu d’une exposition qui a le grand mérite de ressembler à l’esprit de ses sujets.

L'atelier de Franquin, Jijé, Morris & Will
La première partie de l’exposition plante le décor historique de cette "association de bienfaiteurs"

Isabelle Franquin nous raconte la genèse du projet : « Le Centre belge de la BD m’a contactée pour me proposer d’imaginer une exposition et j’ai pensé à ce moment-là. Cette période spécifique a marqué le début d’une belle amitié, et les échanges à l’atelier ont influencé leurs carrières respectives. C’était une rencontre humaine avant tout ». Plutôt que de se centrer uniquement sur Franquin, l’exposition ouvre la focale sur ses voisins de table, ce qui n’aurait pas déplu à ce grand modeste : « Absolument. Mon père aimait travailler en équipe, on a donc eu l’idée de créer un grand atelier avec les quatre. En 1947, quand ils sont arrivés chez les Gillain à Waterloo, ils se sont installés dans la chambre à coucher ! C’était incroyable, vous vous imaginez ? Quatre dessinateurs qui fumaient comme des pompiers, vous imaginez le désagrément et par là même, la tolérance d’Annie, la femme de Jijé ? ».

L’atelier de Franquin
L’atelier de Jijé
L’atelier de Morris
L’atelier de Will

Dans cette ambiance de camp scout, Jijé ne prend pas la place d’un professeur. Isabelle Franquin poursuit : « Il avait dix ans de plus que Morris, Will et Franquin. Il avait donc quelque chose d’un grand frère. C’était une période formidable de leur existence, pleine de rire et d’une extraordinaire émulation ». Pour illustrer ces années de compagnonnage, la commissaire de l’exposition à souhaité mettre les quatre dessinateurs sur un pied d’égalité : « J’ai eu l’occasion de visiter le Musée Hergé, qui comprend une salle dédiée au Studio Hergé. Ce qui m’a frappé, c’est qu’aucun des collaborateurs n’était véritablement cité. Je trouvais ça un peu triste de ne pas expliquer qui faisait quoi, quel était l’apport de chacun, puisque c’est le propre de tout studio ou atelier : il y a des échanges entre les artistes. C’est aussi ce qu’on a essayé de montrer en créant l’Atelier de Franquin, Jijé, Morris et Will ». Avec un grand sourire, Isabelle Franquin déambule entre les journalistes massés dans l’exposition, visiblement impressionnée par leur nombre, et ravie de leur intérêt.

Un épisode fameux de "la bande des quatre" : leur voyage en Amérique

Pour l’aider dans sa tâche, Frédéric Jannin a été mis à contribution. « Isabelle était sensible au fait que son père avait toujours travaillé avec une bande de copains. C’est peut-être ça l’héritage principal de son séjour chez Jijé à Waterloo : ce côté familial et léger. En discutant, c’est l’idée qui est rapidement remontée à la surface. On voulait également montrer que ce moment précis est l’élément déclencheur de l’Ecole de Marcinelle. Puis on a réfléchi à un moyen de recréer un atelier grandeur nature, évidemment de manière allégorique. On a ajouté une introduction historique et des planches originales, car nous sommes au Centre belge de la BD, ça fait partie des prérequis de leurs expositions ». Pour figurer ce fameux atelier qui donne son titre à l’exposition, les commissaires ont fantasmé quatre grands bureaux où planent les esprits de Jijé, Franquin, Morris et Will. «  Il y a les quatre bureaux des quatre grands, et un troupeau de petits bureaux pour les héritiers qui symbolisent la camaraderie, le travail avec les uns et les autres, et le fameux mot d’ordre de Franquin : Faites rire ! On est là pour ! » précise Fred Jannin. Le commissaire a également réalisé toute une série d’animation de dessins afin que l’ on ait l’impression une fois assis à la table des quatre, de les voir dessiner au-dessus de notre épaule.

Le conseil de Franquin à Fournier
Jijé croque Franquin en costume de groom

JC De La Royère et Hugues Dayez se sont chargés de la rédaction des textes de l’exposition. « Isabelle Franquin avait eu l’idée de base, Fred Jannin s’occupait de la partie graphique et esthétique de la reconstitution des ateliers. Le directeur du CBBD m’a demandé d’avoir le point de vue de Sirius, comme ils avaient forcément un rapport très affectif à ces quatre auteurs », nous confie Hugues Dayez. « On est aux antipodes de l’exposition "Le Monde de Franquin", qui était un mastodonte qui tirait vers l’opération marketing. Ici, on est dans quelque chose d’atmosphérique, d’affectif. C’est une exposition en dehors des sentiers battus, où l’on montre autre chose que les stars de leur production. Nous avons essayé de faire un compromis (à la belge) entre quelque chose de sérieux et d’un peu historique, et quelque chose d’affectif et de chaleureux ». Un parti pris des trois commissaires qui permet à l’exposition d’une part de jouir d’un graphisme très aéré et élégant, et d’autre part de ne pas se couper des visiteurs du Centre qui sont des touristes internationaux qui ne connaissent pas forcément bien l’histoire de la BD franco-belge.

Le mot de la fin sera pour Isabelle Franquin : « Pendant la préparation de l’exposition, j’ai reçu une lettre très touchante de Jean-Claude Fournier qui disait ceci : Je crois que Jijé a communiqué à cette joyeuse équipe, outre un savoir faire et un savoir-vivre, une petite flamme qu’ils ont ensuite portée en eux, prête à être offerte à qui en voulait. Et André me l’a refilée ».
L’essence de la vie à l’atelier de Franquin, Jijé, Morris et Will tient dans cette phrase.

(par Morgan Di Salvia)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Photos © M. Di Salvia

En pratique :
Exposition « L’atelier de Franquin, Jijé, Morris & Will »
Du 15 juin 2010 au 30 janvier 2011
Centre Belge de la Bande Dessinée
20 rue des Sables – 1000 Bruxelles
Ouvert tous les jours (sauf lundi) de 10 à 18 heures.
Tel. +32(0) 219 19 80
www.cbbd.be

[1qui a travaillé avec Franquin

[2auteur de plusieurs livres sur cette période et chroniqueur chez Spirou

 
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11 Messages :
  • Je crois que Jijé a communiqué à cette joyeuse équipe, outre un savoir faire et un savoir-vivre, une petite flamme qu’ils ont ensuite portée en eux, prête à être offerte à qui en voulait. Et André me l’a refilée

    Dommage que Fournier lui ne l’ait refilée à personne, elle devait déja être trop vacillante.

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    • Répondu le 16 juin 2010 à  17:03 :

      Je crois qu’il l’a partagé avec plusieurs auteurs aux fil des ans, Emmanuel Lepage notamment.

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    • Répondu le 16 juin 2010 à  17:23 :

      Que de conneries peut on lire !
      Fournier a eu comme élèves des gens comme Plessix,Lepage, Hiettre...

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    • Répondu le 16 juin 2010 à  17:43 :

      faut vraiment dire du mal de tout le monde, hein ? fournier a passé la flamme à pas mal de dessinateurs bretons ! il a toujours été (et est sans doute encore aujourd’hui) très ouvert aux autres.
      Sacrebleu, ne dites pas n’importe quoi.

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    • Répondu par Michel plessix le 16 juin 2010 à  18:20 :

      Faux ! Nous furent nombreux a passer et travailler dans l’ateler de Jean-Claude surtout quand il habitait Rennes. Il y avait a l’époque 3tables dans son petit atelier rempli de bouquins (et de fumée de cigarette !). J’y ai passe moi même deux ans en compagnie de Jean-luc Hiettre qui etait déjà la avant mon arrivée. Avant, il y avait eu Malo Louarn, Gerard Cousseau( Gege), Albert Blesteau entre autres.le dernier a y sejourner fut Emmanuel Lepage. Sans compter ceux qui passaient régulièrement se faire critiquer leur travail comme Lucien Rollin ou Loic Jouannigot. Et j’en oublie sûrement,qu’ils me pardonnent. L’enseignement que nous transmettait Jean-Claude était issu de celui qu’il avait reçu de Franquin, a savoir être dans un recherche de fluidité de lecture, de penser au lecteur non pour lui faire plaisir en étant a la recherche d’un succès a tout prix, maispour qu’il ait une lecture évidente et qu’il ait facilement accès aux histoires que nous avons la" prétention" de lui proposer.bref de concentre nos efforts sur la narration et la composition tant de la case que de la page. Faire tout pour que l’oeil du lecteur passe naturellement d’une bulle a l’autre, d’une case a l’autre sans sortir du récit. A notre tour nous avons
      aussi accueuilli de jeunes auteur en herbe qui a leur tour ont fait leur nid
      dans ce métier et je pense qu’eux aussi maintenant transmettent le
      flambeau. Merci Jean-Claude de nous avoir tant appris (et de nous avoir plonges dans un bain d’emulation bedephilique) tout en ayant su respecter nos individualités graphiques et scenaristiques !

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    • Répondu par Oncle Francois le 16 juin 2010 à  22:13 :

      pas très gentil pour Tome et Janry, qui ont fourni quelques bons albums fidèles à l’esprit de la grande époque. Par contre d’accord avec vous, Nic et Broca ont failli laisser s’éteindre la flamme spiroutiste...

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      • Répondu par Jean-Luc Cornette le 17 juin 2010 à  07:47 :

        Nic et Broca, c’est ce couple de dessinateurs qui a réalisé des Spirou et Fantasio avec les deux célèbres scénaristes Raoul et Cauvin ?

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        • Répondu par Morgan Di Salvia le 17 juin 2010 à  12:09 :

          Mais oui, c’est comme ces fameux chanteurs italo-belges Salvatore et Adamo

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  • Ils sont étranges ces faux ateliers. La même façon d’accrocher des dessins au mur. Un truc un peu naïf comme dans de vieilles BD des années 40/50. La même répartition de masse des objets. Pas un plus désordonné qu’un autre. On range son bureau en fonction de sa personnalité, de sa gestuelle... C’est comme une signature. Quelque chose qui n’appartient qu’à soi. Là, c’est complètement faux et on apprend rien de plus sur ces auteurs. Je ne vois pas l’intérêt de faire de telles reconstitutions.

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    • Répondu par denis le 17 juin 2010 à  07:29 :

      Je suis d’accord, les bureaux reconstitués n’ont aucun intérêt. Par contre, j’aimerai bien voir l’expo pour les documents d’époques, les planches et les dessins.

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      • Répondu le 24 juin 2010 à  21:29 :

        "Ateliers" ? "Bureaux" ??

        Chez moi, un truc de moins de 2m² sans fenêtres, c’est un placard.

        La vie était dure, pour les p’tits gars de chez Dupuis...

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