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La trilogie Ayako d’Osamu Tezuka - Delcourt

  • Il faut faire attention, en matière de création, de crier trop vite au génie. En revanche, dans le cas très rare d'une œuvre remarquable, pépite isolée échappée du tamis de la critique ordinaire, il est important de la signaler, histoire de donner à la BD quelques lettres de noblesse. La trilogie Ayako d'Osamu Tezuka est ce qu'il convient d'appeler un chef-d'œuvre.

Nous avons souvent loué dans ces pages le génie d’Osamu Tezuka que nous découvrons en Europe au compte-goutte après l’avoir superbement ignoré depuis plus de vingt ans. Il n’est pas une saison en effet sans que ne paraisse quelques-uns des joyaux de celui que les Japonais ont surnommé « Le Dieu des Mangas » : récemment, BlackJack (chez Asuka), la republication de L’Histoire de 3 Adolf et de la biographie de Bouddha chez Tonkam sont autant d’occasions pour découvrir ou redécouvrir l’un des acteurs majeurs de l’histoire de la BD mondiale.

Avec ce troisième volume se termine la Trilogie d’Ayako. Dans le Japon de l’après-guerre sous la férule de la régence américaine en pleine crise d’anticommunisme, les passions se relâchent et les pires crimes se commettent. Quand Jirô Tengé revient auprès des siens, il découvre que le patriarche de la famille, un potentat à l’ancienne, imposait des relations sexuelles à sa bru, au vu et au su de tous. De cette union incestueuse est née Ayako, condamnée à être recluse jusqu’à l’âge adulte. Mais Jirô doit fuir car il n’est pas innocent lui non plus : travaillant pour les forces d’occupation américaine, il a participé à bon nombre d’assassinats et de coups de main un peu louches consacrant l’alliance entre les occupants américains et les yakusas.

Le chassé-croisé de ces deux destins est retracé par deux générations de policiers parmi lesquels le dernier représentant, Gêta, dont les traits évoquent le Dick Tracy de Chester Gould, dénoue les fils de l’intrigue après seize ans d’enquête. Basée sur des faits réels qui font de cette BD , comme chez Hergé, un témoin de son époque, cette tragédie s’inscrit sur une trame de fond qui est celle du Japon des trente glorieuses. On pense aux meilleures pages de Shakespeare ou de Dostoïevski que Tezuka admirait. On reste en particulier ébahi par le dynamisme, le savoir-faire, et l’audace des thèmes développés par Tezuka. Il produit ces pages en 1972, alors que le Journal de Spirou découvre un Japon en images d’Epinal avec Yoko Tsuno de Roger Leloup, (c’était un temps où l’on innovait en créant une héroïne), et que les jeunes Européens s’émoustillent avec les premières pages de Gotlib dans L’Echo des Savanes et les premières publications osées des éditions Glénat. Pendant que la BD européenne découvrait la sexualité, Osamu Tezuka créait la bande dessinée adulte. Si vous voulez goûter à Tezuka, allez-y : Cette trilogie en trois volumes est complète et devrait vous convaincre définitivement du génie du bonhomme.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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