La vie de Steve Jobs fait-elle une bonne BD ?

5 décembre 2012 2 commentaires
  • Jamais une marque informatique n'aura autant marqué l'univers des graphistes. Pour parler de son co-créateur, l'usage de la bande dessinée nous paraissait une évidence...

La biographie en bande-dessinées de capitaines d’industrie est un genre particulier au Japon. Ainsi, dès que Carlos Ghosn fut nommé à la tête de Nissan, une revue destinée aux cadres supérieurs racontait l’histoire de son ascension. Un an après la disparition de Steve Jobs, un collectif d’auteurs Japonais, Le C&R Institute, signe une histoire du tycoon de l’informatique personnelle.

Nous nous attendions à un ouvrage laudateur, une ode au cofondateur d’Apple Inc. écrite comme une Légende dorée sur le créateur de l’Apple II, du Mac, du NeXT, de l’iPod, l’iPhone et de l’iPad. Surprise : on y retrouve les raisons de ses embrouilles, son côté trop directif, ombrageux, caractériel et des épisodes moins glorieux comme la vente de boîtiers piratant les factures de télécoms ou l’abandon de sa fille Lisa...

Les auteurs précisent bien que si Steve Jobs connaissait un peu la programmation, il était une bille dans la conception matérielle. Domaine où excellait son copain Steve Wozniak. C’est lui le réel concepteur de l’Apple II, machine qui allait réellement démocratiser l’informatique. Le rôle de "Woz" n’est donc pas minimisé, quoique la vraie raison de son départ d’Apple esquivée. Sa jalousie du talent de l’autre Steve est effacée, alors qu’il explique une partie de la conception du premier Mac.

La vie de Steve Jobs fait-elle une bonne BD ?
La vie de Steve Jobs - Par Kenichi Iwamoto , Ayamme Kitsunezuka, Uzuki - Éditions Tonkam

On trouve dans ce bouquin d’autres personnalités importantes comme Mike Markkula qui fut le mentor financier de Jobs, le fondateur de Microsoft Bill Gates, Bill Atkinson et Jef Raskin qui ébauchèrent le Mac originel, John Lasseter qui devint le patron de Disney-Pixar, John Sculley qui dirigea l’entreprise un temps et Jean-Louis Gassée qui monta Be après avoir quitté Apple.

Une qualité principale de Jobs est régulièrement montrée : son talent de négociateur hors-pair, capable de faire plier des patrons expérimentés, Disney et les majors musicales. C’est sa force de persuasion qui a été le principal moteur de ses équipes.

Steve et sa Zone de Distorsion de la Réalité

La première moitié du livre propose un équilibre rédactionnel qui bascule après son éviction d’Apple Inc. L’ouvrage est alors beaucoup plus coulant à partir du moment où la société NeXT est lancée. De même que le rachat de Pixar à Lucasfilm oublie de signaler que George Lucas venait de se prendre un mauvais coup sur le bec avec l’échec commercial de Howard The Duck, ce qui explique son prix de vente modique.

Quant à son retour chez Apple, s’il a bien sauvé une entreprise en pleine marasme, il occulte totalement sa gestion paranoïaque des projets. Les équipes internes ne peuvent plus discuter librement entre elles, ce qui a mené parfois à des fiascos retentissants (que cela soit le secteur professionnel, jusqu’au plus récent Apple Maps).

Le site Apple.com annonçant la disparition de Jobs
Capture d’écran. Photo : DR

Think different

Le livre rappelle qu’Apple n’a pas été un créateur, mais un innovateur par l’expérience utilisateur. Le travail de Xerox sur l’interface graphique est rappelé, et dans quelles circonstances l’équipe qui préparait le Mac y a eu accès. De même que les raisons qui ont mené l’iPod au succès alors que la concurrence était déjà féroce dans el secteur des baladeurs MP3. Steve Jobs travaillait plus en terme de plaisir d’utiliser plutôt qu’en performance d’ingénierie.

Certains de ses discours sont réinterprétés. Bien évidemment, on y retrouve ses keynotes les plus célèbres. L’un de ses discours peu connus, mais emblématique, fut celui à l’université de Stanford en 2005. Il y apparaît comme homme visionnaire et explique son moteur. Ce discours est particulier car écrit après qu’il ait appris qu’il portait une tumeur maligne.

Côté dessin, malheureusement, on est pas à la hauteur de la marque préférée des graphistes : brouillon, avec parfois des caricatures pas très ressemblantes. Mais, dans l’ensemble, cette biographie est un bon support pour commencer à s’intéresser à l’histoire d’un personnage charismatique de l’informatique personnelle, l’un de ces furieux visionnaires qui ont commencé dans un garage du côté de Palo Alto et qui ont transformé la vie de leurs contemporains en véritable science-fiction.

Si le livre n’est pas aussi exhaustif que peuvent l’être d’autres biographies ou le fabuleux site folklore.org, il donne un excellent résumé sur une saga exceptionnelle de l’informatique, et une idée de la très difficile crise de succession que doit actuellement gérer Apple Inc.

Oh !, one last thing...

Si vous en avez pas encore assez, sachez qu’Ashton Kutcher jouera le rôle du patron d’Apple dans un film à sortir prochainement.

Un deuxième long-métrage est déjà annoncé, scénarisé par Aaron Sorkin, le créateur de la série West Wing qui avait déjà fait un exercice comparable dans The Social Network.

(par Xavier Mouton-Dubosc)

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La vie de Steve Jobs - Par Kenichi Iwamoto , Ayamme Kitsunezuka, Uzuki - Éditions Tonkam

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2 Messages :
  • La vie de Steve Jobs fait-elle une bonne BD ?
    5 décembre 2012 12:52, par xylpho

    Je crois que les auteurs ont du se reposer énormément sur la seule biographie de Steve Jobs qui soit honnête, parue juste après son décès.

    Et c’est une des rares choses dans laquelle Jobs n’est pas intervenu, laissant travailler l’auteur comme il l’entendait (ce qui était une condition préalable à son acceptation).

    Je ne peux pas critiquer cette bd ne l’ayant pas lue mais le compte rendu est plutôt intéressant.

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    • Répondu par neal le 12 décembre 2012 à  23:04 :

      Le dessin est tellement éloigné des visages réels que je n’ai pas réussi à rentrer dans la BD !

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