"Le Désert sans détour", un voyage surréel dans les sables et dans le temps

8 juillet 2021 2 Romans Graphiques par Jorge SANCHEZ
Éditeur : Actes Sud Scénariste : Mohammed Dib Dessinateur : Jacques Ferrandez Classification : à partir de 10 ans
  • Illustré par Jacques Ferrandez, voici une nouvelle édition d'un des romans les plus poétiques de Mohammed Did. Publié sous le label d'Actes Sud, ce récit transporte ses lecteurs dans un voyage onirique à travers les sables mouvants de la mémoire et des allégories.

Publié originalement en 1992, Le Désert sans détour est l’un des derniers romans de Mohammed Did (Grand prix de la Francophonie 1994 et Prix Mallarmé en 1998), où il exalte ses dons de narrateur et poète, l’espace d’une petite centaine de pages. Pour cette occasion, Ferrandez (Carnets d´Orient, Suites Algériennes) apporte à ce roman philosophique certaines de ses meilleures aquarelles, directement observées dans le Sahara algérien.

"Le Désert sans détour", un voyage surréel dans les sables et dans le temps

Dès les premières lignes, nous sommes plongés dans un temps mort, un temps blanc dans l’immensité d’un désert qui avale toute trace humaine. C’est là que nous rencontrons nos trois protagonistes : un maître, Hagg-Bar, et son fidèle valet, Siklist. Le premier est arrogant et autoritaire, le deuxième naturel et de bon cœur. Ils forment un duo qui nous rappelle celui de Don Quichotte et Sancho Panza ou encore Vladimir et Estragon, d’En attendant Godot de Samuel Beckett.

Parachutés au milieu du désert, nos protagonistes se baladent comme sur une scène de théâtre. ©Actes Sud Bd

Le troisième, est un narrateur nébuleux qui fait valoir sa présence par le biais de commentaires et de précisions, donnant lieu à la sensation ambiguë d’assister à la relation d’un de ses rêves. Nous les accompagnons ainsi durant leur déambulation à la recherche d’une solution à une énigme ancestrale, dans un désert peuplé de fables, d’armes abandonnées et de mirages.

Afin de créer une aura mystique autour du périple de ces personnages baroques, Dib a employé avec finesse un registre empreint de lyrisme, faisant appel au vocabulaire du sacré. Ce cadre surréel permet ainsi au narrateur de poser avec subtilité des questions métaphysiques sur le temps, le sens de la vie ou encore sur le mal enfouit dans le cœur des hommes.

Dans un cet univers les rêves deviennent réels et la réalité devient un rêve flottant. ©Actes Sud Bd

L’univers à la fois contemporain et biblique du roman gagne une vivacité particulière avec les dessins de Jacques Ferrandez, qui lui apportent une touche sensible très appréciée. Pour les réaliser, il a trouvé l’inspiration dans l’Oasis de Taghit au sud de l’Algérie, au cœur du Sahara. Mais, plus que des illustrations, l’auteur des Carnets d’Orient nous propose ici son interprétation des scènes, offrant par moments des paysages somptueux, pleins de la beauté, ou des scènes absurdes, chargés d’un humour burlesque et léger.

En bonus final à cette publication, un cahier d’une vingtaine de pages intitulées « Carnet du désert » où Ferrandez a chroniqué son passage par l’Oasis de Taghit, de même que ses réflexions sur le désert et ses habitants.

Toujours à la recherche de quelque chose, Hagg-Bar et Siklist traversent le désert. ©Actes Sud Bd

Voir en ligne : Écriture de la fragmentation et discontinuité énonciative chez Mohammed Dib dans les romans Le métier à tisser et L’infante maure

(par Jorge SANCHEZ)

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2 Messages :
  • "Le Désert sans détour",
    16 juillet 18:59, par Tewfik Adjout

    Bonjour
    Je suis content de savoir qu’on s’intéresse beaucoup à ce qui pour moi est le chef-d’oeuvre de Mohammed Dib ; je vis actuellement à Boston.
    les illustrations du livre sont excellentes et très très fidèles aux descriptions des personnages ; je vais voir si je peux dés aujourd’hui demander ce livre à la Boston Public Library ; vos analyses sont bonnes effectivement c’est une tragi-comédie qui se serait inspirée de En Attendant Godot ; avec ici pour difference le désert comme arrière plan au lieu de l’arbre.
    En 2010 j’ai fait la traduction de ce roman en anglais ; mais je n’arrive toujours pas à trouver d’éditeur ; même ma demande d’autorization à Actes Sud pour que je puisse le publier à mon compte est restée sans réponse depuis plus d’une année maintenant. j’ai revue et corrigé cette traduction l’année dernière ; et j’ai aussi fait la traduction de deux autres titres ; Les Terrasses d’Orsol et L’infante Maure ; ces trois livres de Dib pour moi sont les plus important de la dernière période de sa vie et forment une sorte de trilogie quand au themes traités. désolé pour ce long message ; mais votre édition illustrée est vraiment attractive. merci

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  • Bonjour
    c’est encore moi, je viens de suggérer l’achat de ce livre à la Boston Public Library ; c’est une bonne option qui marche.

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