"Le Goût d’Emma" : Le Guide Michelin, au féminin

31 mars 2018 0 commentaire
  • Histoire véritable d'une pionnière du Guide Michelin, ce "Goût d'Emma" retrace le parcours d'Emmanuelle Maisonneuve. Portrait brossé par Julia Pavlovitch, mais dessiné par la mangaka Kan Takahama! Une plongée dans l'univers de la gastronomie depuis des points de vue originaux, féminins et passionnés.
"Le Goût d'Emma" : Le Guide Michelin, au féminin
De longs mois d’attente, sans réponse, après avoir candidaté
© Les Arènes / Kodansha

Le très secret Guide Michelin s’avère aussi et surtout un milieu d’hommes. Aussi lorsque Emma voit sa candidature spontanée acceptée, elle pénètre un univers dans lequel il lui faudra jouer des coudes pour se faire une place. Mais c’est avant tout le mode de vie d’une rare exigence qui la mettra à rude épreuve : des kilomètres de route avalés pour des inspections à la chaîne, aux quatre coins de la France, avec certaines fois de tristes déceptions et d’autres de magnifiques découvertes.

Emmanuelle Maisonneuve, dont l’histoire est narrée
© Pierre Hybre / MYOP

Le Goût d’Emma se présente comme un projet tout à fait atypique. Julia Pavlovitch s’est en effet lancé dans un portrait de femme contemporaine au parcours aussi formidable qu’atypique. Emmanuelle Maisonneuve fit ses armes auprès de Michel Bras et Alain Ducasse, écrivit plusieurs ouvrages sur le monde de la cuisine avant d’entrer, donc, au Guide Michelin à trente ans. Sa quête passionnée pour la belle cuisine la mènera également au Japon, autre passion.

Kan Takahama, la mangaka
© Pierre Hybre / MYOP

C’est là que la projet bifurque et s’enrichit d’une manière étonnante. Ce portrait, en bande dessinée, se trouve réalisé par une mangaka : Kan Takahama. La jeune femme nous a livré récemment plusieurs beaux récits brossant précisément de superbes portraits de femmes, dotés d’une charge sensuelle indéniable. Un aspect que l’on retrouve en creux dans Le Goût d’Emma, à travers les diverses dégustations et un romance discrète filée au long du volume.

Les difficultés de la profession énoncées directement
© Les Arènes / Kodansha

On se souvient ainsi des récents Tokyo, amour et libertés et Le Dernier Envol du Papillon, des plus anciens Kinderbook et L’eau amère, ou encore de sa participation à la "Nouvelle Manga" aux côté de Frédéric Boilet avec Mariko Parade. Notons d’ailleurs que le projet du Goût d’Emma, né en France, parut toutefois d’abord au Japon dans l’hebdomadaire Morning de Kodansha, avant d’être édité en volume l’an dernier.

Couverture japonaise du volume
© Kodansha

Le portrait semble pourtant parfois un peu trop romancé. L’équilibre entre la dimension quasi documentaire - la vie d’une inspectrice du guide Michelin - d’une part et les émois affectifs et questionnements intimes de l’héroïne d’autre part s’avère bancal par endroits, l’intérêt de la première l’emportant globalement sur celui des seconds. Comme si un sujet féminin imposait un biais sentimental au récit.

Restent toutefois de très jolis passages autour de la rencontre avec divers plats et saveurs. Et la découverte d’un destin professionnel hors du commun, nous rappelant qu’aujourd’hui encore les femmes doivent fournir bien plus d’efforts que les hommes pour s’imposer en général, et en particulier dans certains milieux traditionnellement masculins.

Moment de dégustation, lors d’un test pour entrer au Michelin
© Les Arènes / Kodansha
Documents
La grande nouvelle, enfin !

(par Aurélien Pigeat)

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Le Goût d’Emma. Par Kan Takahama (dessin), Emmanuelle Maisonneuve et Julia Pavlovitch (scénario). Les Arènes BD. Sortie le 28 février 2018. 200 pages. 18 euros.

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