"Le Jardin, Paris", un magnifique conte poétique et sensible sur la différence et l’acceptation de soi

26 février 2021 5
  • Nous avions déjà remarqué Gaëlle Geniller pour son tout premier album, mais la maîtrise et la réussite qu'elle affiche pour ce gros one-shot de 210 pages, la place comme l'une des grandes révélations de l'année. À ne pas rater !

En pleine Belle Époque, "Le Jardin" est un cabaret parisien au succès grandissant dirigé par une femme, surnommée Muguet. En fait, toutes celles qui travaillent dans cet établissement ont un nom de fleur : Hyacinthe, Violette, Marguerite, Perce-neige, Tournesol. L’ambiance y est chaleureuse.

Fils de la gérante, Rose est un jeune homme de 19 ans qui est né et a grandi dans les coulisses de ces spectacles. Tout naturellement, il souhaite à son tour être danseur et se produire sur la scène, devant un public, à l’instar de ses amies. En réalité, il va rapidement en devenir l’attraction principale, provoquant la surprise, l’émoi et les questions. Comment ce jeune homme qui a vécu préservé du monde va-t-il vivre cette brusque ouverture aux autres et les questions que sa différence affichée génèrent malgré lui ?

"Le Jardin, Paris", un magnifique conte poétique et sensible sur la différence et l'acceptation de soi

Nous avions déjà attiré votre attention sur le tout premier album de cette jeune autrice qui avait débuté dans le monde de l’animation avant de se consacrer à la bande dessinée. Dans ce premier titre, intitulé Les Fleurs de Grand Frère, elle filait une belle métaphore sur la différence, tout en expliquant que la solution à tout problème réside dans la façon de s’en ouvrir à ses proches, et à le résoudre ensemble.

Gaëlle Geniller franchit un cap supplémentaire avec Le Jardin, Paris, un projet de court-métrage d’animation qu’elle transforme en un magnifique livre, plein d’amour, de découvertes et de fleurs. « Ça sent le truc cul-cul, passons notre chemin ! », pourriez-vous vous dire. Vous feriez là une grossière erreur, car le propos du livre est aussi touchant qu’interpellant, car il aborde notre rapport à la différence, et aux idées préconçues.

Dans le chef du jeune Rose qui ne se pose pas tant de questions sur son genre ni dans son rapport aux autres et qui tente de rester libre et ouvert malgré tout, on profite d’une réflexion émouvante, dotée d’une tornade de beaux sentiments dont Rose et le Jardin soit à la fois le réceptacle et le vecteur.

Plus qu’une ode à la différence ou à la tolérance, Le Jardin est une exploration d’un monde qui pourrait être le nôtre si nous étions préservés des idées reçues et d’une certaine jalousie à l’encontre de la liberté des personnes qui osent s’affirmer sans se cacher.

Émouvant de sincérité et de sensibilité, ce livre fait vibrer le lecteur de la première à la dernière page : on tremble devant la personnalité solaire du jeune Rose, sans cesse menacé par la méchanceté du monde qui l’entoure. Chacune de ses sorties est un pas dans l’inconnu, un piège duquel il se sort heureusement avec superbe, grâce et talent.

Tout le mérite en revient naturellement à l’extraordinaire Gaëlle Geniller qui, grâce à son dessin lisible et gracieux, aborde ces sujets complexes avec intelligence et tact.


Une véritable révélation, aussi réussie dans le forme que dans le fond. Messieurs les éditeurs, soyez informés : il faudra désormais compter avec Gaëlle Geniller.

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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"Le Jardin, Paris" - par Gaëlle Geniller - Delcourt

Lire également notre article : Les Fleurs de Grand Frère - Par Gaëlle Geniller - Delcourt

Illustrations : © Éditions Delcourt, 2021 – Geniller

 
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5 Messages :
  • C’est justement ce qui est embêtant avec tous ces gens qui bifurquent de l’animation vers la bd. Quel que soit la qualité de leur travail, ça reste toujours de l’animation version "papier". Faire des cases, ne veut pas dire "faire de la bd". C’est beau, mais c’est un peu juste pour être pleinement de la bd. Dommage qu’elle ne fasse pas de l’animation.

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    • Répondu le 28 février à  12:02 :

      tant qu’il y a une histoire et qu’elle est découpée en dessins avec un style original et personnel...
      La BD est sortie de ses carcans formels, depuis quelques décennies, ça s’accentue de plus en plus. couleurs directes, peinture, absence d’encrage, dessin illustrator, et j’en passe. Moi perso je ne pense pas un instant à ce que la dame a fait avant, je lis les cases et si le dessin et l’histoire me plait, c’est tout bon.

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      • Répondu par Milles Sabords le 1er mars à  08:30 :

        Même dans ce style de BD il faut savoir être généreux, oups !, généreuse. Les fonds de couleurs vides pour remplir les cases, y a mieux. Dans l’anim, on met souvent des textures ou des imprimés pour faire du décor. Ces planches sont froides et raides. Trop chirurgicales.

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        • Répondu par Oops le 9 mars à  18:37 :

          Oops vous vous avancez beaucoup en théorie sur l’esthétique que devrait ou non, aborder les bd aujourd’hui. L’art est changeant. Et surtout, l’émotion d’une œuvre n’est pas portée que par ses choix graphiques ! Incroyable, à croire que le scénario, la mise en scène tout ça, joue un rôle important. J’ai quelques doutes concernant vos motivations à dénigrer ce livre tout particulièrement. Ouvrez vous l’esprit, ça fait du bien de s’aérer parfois

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  • "En pleine Belle Époque"

    De ce que vous présentez, j’ai l’impression que le récit se déroule dans les Années folles (Art Déco et après la Der des Ders) plutôt qu’à la Belle Époque (Art Nouveau et avant la Première Guerrre Mondiale).

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