Le Trésor du cygne noir - Par Corral & Roca - Delcourt

5 septembre 2020 2 commentaires
  • Sur une thématique a priori peu attractive (le combat juridique pour la possession d'un trésor maritime), Paco Roca construit habilement un passionnant roman graphique, notamment grâce au témoignage authentique de son "co-scénariste".

2007, détroit de Gibraltar. Des chasseurs de trésor américains mettent enfin la main sur l’épave qu’ils cherchaient et exhument de ses cales 500 000 pièces d’or et d’argent immergées depuis plus de deux siècles. Un butin extraordinaire d’une valeur estimée d’un demi-milliard d’euros, qu’ils présentent aux médias comme étant le trésor du "Cygne noir". Or ce bateau n’a jamais existé ! C’est une appellation commune du milieu pour désigner une épave et son trésor complet, non éparpillé.

À Madrid, Alex a fait ses premiers pas au Ministère de la culture en tant que jeune conseiller diplomatique. En pleine nuit, il est averti par l’ambassadeur à Washington que des chasseurs de trésors ont entrepris les démarches légales pour être reconnus comme propriétaire du trésor. Or, le galion naufragé serait espagnol, et le trésor tant patrimonial que financier devrait revenir au pays. Avec Elsa, sa collègue du service patrimoine et un avocat spécialisé dans ces litiges, Alex s’engage alors dans un bras de fer politique et juridique pour l’attribution du trésor.

Le Trésor du cygne noir - Par Corral & Roca - Delcourt

Depuis vingt ans, Paco Roca s’intéresse au roman graphique, mêlant la fiction au au réel et aux sentiments vécus par ses personnes authentiques : [Rides>art4997] et la maladie d’Alzheimer, la Guerre d’Espagne dans L’Ange de la Retirada et Phare, la Seconde Guerre mondiale dans La Nueve, la chronique familiale dans La Maison, la musique et le rock dans Crossroads, voire l’histoire de la bande dessinée espagnole via L’Hiver du débutant.

Changement de ton et de rythme au milieu du récit : 20 pleines pages content la vie et le naufrage du galion.

Avec Le Trésor du cygne noir, l’auteur s’aventure dans un nouveau registre, celui de la chronique politico-judiciaire, sans oublier de préserver le rapport à l’humain qui le caractérise.

Il adapte ici l’histoire vécue aux premières loges par le diplomate Guillermo Corral van Damme, et ce qui s’apparente initialement comme un énième roman graphique lent et un poil nombriliste, devient rapidement une trépidante chronique aventureuse pleine d’informations passionnantes et de rebondissements.

À cela s’ajoute l’authenticité : tout ce qu’on lit est vrai ! Du quotidien un peu artificiel du ministère de la culture, aux coups bas entre les avocats, à la relation naissante entre Alex et Elsa, sa collègue de l’administration.

Par son expérience, son talent, son sens de la narration, ses mises en page en gaufrier et ses compositions plus éclatées, sans oublier l’intermède historique en pleine page qu’il glisse au milieu du récit, Paco Roca compose une superbe chronique politio-diplomatico-judiciaire où l’action, la matière historique et la trme romantique s’accordent parfaitement. Un roman graphique très réussi qui peut toucher un large public.

(par Charles-Louis Detournay)

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2 Messages :
  • Comme je l’ai écrit par ailleurs, cette BD n’est pour moi qu’un objet de propagande nationaliste espagnole ; je m’étonne que vous ne l’ayez pas constaté ? en tout cas, le comportement de l’Espagne dans cette affaire est tout à fait contraire à la législation en vigueur en France ; sans compter l’anti-américanisme primaire du récit. Et quid des droits des peuples sud-américains ?

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    • Répondu par Charles-Louis Detournay le 7 septembre à  16:10 :

      Pour ma part, je n’ai pas vu de message nationaliste ou politique. Je trouve d’ailleurs de bon ton la dérision face à la lourdeur administrative espagnole ou la façon dont le ministre de la Culture gère son quotidien.

      Pour ma part, le livre est passionnant car il dévoile les luttes de pouvoir entre les différentes factions. Et finalement, peu importe qui gagne, c’est le coup de projecteur et le traitement qui sont importants.

      Enfin, le livre ne fait pas l’apanage de la colonisation. Si l’on veut rappeler l’Histoire par le devoir de mémoire, on peut plus faire confiance à une nation (surtout après un tel battage médiatique) pour que la collection aboutisse dans un musée, que dans une société privée (qu’elle soit ou non américaine) pour la disperser afin de rentrer dans ses fonds. D’un autre côté, sans la société privée, le galion n’aurait sans doute pas été trouvé. Cessons donc d’être manichéen.

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