Le retour du Charme

25 janvier 2009 13 commentaires
  • Les éditions Tabou et Dynamite ayant chacune un stand à Angoulême, Glénat publiant sous le label Drugstore des albums chauds bouillants, Guy Delcourt se préparant à lancer une collection consacrée à la BD érotiX ; serait-ce enfin le grand retour de la bande dessinée de charme dans nos contrées ?

Il y a encore peu, nous parlions concernant l’état de la bande dessinée de charme d’une quasi asphyxie de celle-ci [1] : Fin des collections Le Marquis Le retour du Charme et Selen chez Glénat, arrêt des revues La Poudre aux Rêves (2004), Bédé Adult’, Bédé X, arrêt des titres issus de la revue Geisha, arrêt de la collection Manga X avec la disparition des éditions Le Téméraire, censure par l’État de la série Angel de U-Jin chez Tonkam... Ne parlons pas des anciens et nombreux Petits Formats (chez Elvifrance notamment) depuis longtemps disparus (arrêt des éditions Elvifrance en 1992), arrêt des éditions Albin-Michel BD-L’Écho des savanes, sans oublier la présence de la Loi Pasqua qui permet à n’importe qui de porter plainte contre un libraire si un livre ne lui plait pas, loi qui n’a fait que renforcer la loi de 1949, épée de Damoclès toujours présente au dessus de la BD, pourtant largement obsolète [2], etc… Bref, la situation n’était pas rose !

Une BD érotique de qualité

Dans ce panorama pas vraiment idyllique sont apparues en 2002 les éditions Dynamite, avec le toujours militant Bernard Joubert comme directeur de collection qui a su, par la qualité tant sur le fond que sur la forme des ouvrages proposés, redonner quelques couleurs à ce secteur de l’édition ! Même si les ventes restent cependant modestes : rien à voir avec les gros tirages des populaires feux Petits Formats de Elvifrance et autres. Quelques années après sont apparus les éditions Tabou qui suivent le même chemin ; celles-ci éditent sur le sujet deux livres à découvrir : « La B.D. érotique : histoire en images » en deux volumes.

Patrice Tabou, des éditions Tabou : « Toutes ces dernières années, l’édition de BD érotiques en France était limitée aux productions de Dynamite, filiale de la Musardine, sous la houlette, (à l’époque car il a démissionné depuis) du grand spécialiste de la question, Bernard Joubert. C’était tout. Après, certains éditeurs publiaient une BD vaguement osée, noyée dans un catalogue plus conventionnel. Depuis 2008, la production se retrouve amplifiée par l’arrivée sur le marché des éditions Tabou, spécialisées dans les guides érotiques et qui, depuis un an, publient de grands noms de la BD érotique italienne, espagnole, française. L’offre se voit ainsi multipliée par deux et la demande croit de même. Une demande soucieuse d’avoir en BD érotique des albums conçus, dessinés et écrits avec la même exigence de qualité qu’une BD "classique", c’est-à-dire loin des petits bouquins pornos mal dessinés et aux scénarios si indigents.
La créativité et le désir de qualité sont les pièces maîtresses de l’avenir d’une BD érotique digne des BD plus conventionnelles.
 »

À quand des BD érotiques chez les Indés ?

Bernard Joubert, directeur de collection chez Dynamite de 2002 à 2008 : «  Qu’à la suite de La Musardine des éditeurs se remettent à la BD érotique,
j’espérais cela. Mais ce que j’aimerais, c’est qu’ils ne se contentent pas
de marcher dans des traces. Il faut innover maintenant. Il ne faut pas que
la BD éroticoporno se contente d’être ce qu’elle a été. J’attends que les
"indés" s’en emparent et secouent le cocotier. Il y a un monde à explorer.
 »

En 2006, Jean-Louis Gauthey des éditions Cornélius lance la réédition améliorée de la fameuse série « Necron » du génial Magnus.

Notons également un retour des mangas à plus ou moins forte dose érotique avec le succès de la série Step Up Love Story aux éditions Pika et de nombre d’autres séries qui ont suivi, dont notamment des séries de U-Jin dont nous parlions plus haut, mais aussi Golden Boy (éditions Tonkam) [3] du même auteur nous avons pu découvrir aussi Yapou : bétail humain chez l’éditeur Kami), etc.

Le retour de l’érotisme chez Glénat

Jacques Glénat ayant racheté en 2007 le catalogue BD d’Albin Michel réédite sous le label Drugstore des BD érotiques de Manara (Le Déclic  en version couleurs en mars prochain) ainsi que des BD inédites très chaudes comme le tome 4 de  Bang Bang  des talentueux Jordi Bernet et Carlos Trillo, toujours en mars, ou encore Arthur & Janet à fleur de peaux de Jean-Luc Cornette et Karo qui narre la vie sexuelle d’un couple, dans la veine décomplexée de Fraise et Chocolat.

N’oublions pas dans cette vague brulante les petites éditions « H&O », spécialisées dans les BD gays avec des auteurs comme Gengoroh Tagama (dont Libération avait fait une pleine page dans son numéro spécial Angoulême !), ou encore des titres comme Cavalcade of boys, Rainbow country, etc.

L’effet Alan Moore

Enfin, cerise sur le gâteau, fin 2007 début 2008, passant outre les conseils d’auto-censure de son avocat Emmanuel Pierrat [4], Guy Delcourt décide de publier en français la bande dessinée phénoménale et érotique d’Alan Moore et Melinda Gebbie : Filles perdues » [5].

La même année, il publie l’ouvrage collectif « Premières fois » écrit par Sibylline. Guy Delcourt, qui écrivait jadis des articles sur des sujets un peu coquins dans Charlie Mensuel, suite aux succès de Filles perdues et de Première fois, revient donc, si l’on peut dire, à ses premières amours et nous annonce pour septembre prochain le lancement d’une collection baptisée Erotix (avec un x) entièrement consacrée à la bande dessinée érotique : Premiers titres annoncés : Les 110 pillules de Magnus et la traduction de The Iron Devil de l’excellent auteur Frank Thorne.

Christian Marmonnier, directeur de collections chez Dynamite, nous confirme : « Oui, un retour de la BD érotique sur le devant de la scène. Ces dernières années, Dynamite (sous la direction de Bernard Joubert) menait un combat bien isolé, accompagné, pour ce qui concerne le porno gay, de H & O, un éditeur qu’on a toujours tendance à oublier mais qui est un important découvreur (cf. Tagame). En 2009, il semble en effet que d’autres éditeurs, même non spécialisés tels que Delcourt et Glénat, se lancent dans la course. Tant mieux. Cela permettra peut-être de sortir du ghetto dans lequel le genre est toujours confiné. Il y a une autocensure sournoise de la part des libraires et des diffuseurs, qui craignent d’éventuels tracas juridiques. Quand on voit la catalogue d’Eros Comix aux États-Unis, riche de traductions venant de tous pays, on se dit pourtant que la matière est énorme, tant dans la redécouverte d’un patrimoine (ce qu’a commencé à faire Dynamite avec Pichard) que dans la création. En France justement, la création s’est affaiblie depuis que des revues régulières ont disparu (je pense aux revues d’IPM), la naissance de nouveaux labels dédiés à l’érotisme ne peut qu’entraîner de nouvelles créations. Je le disais, tant mieux. Dynamite a une faible capacité annuelle, juste une dizaine de titres, comprenant parfois de nouvelles éditions. Reste à voir si ces labels s’aventureront dans l’explicite et la pornographie. J’aimerais en effet relire le Birdland de Gilbert Hernandez, passé inaperçu en France. Et j’aimerais lire tant d’autres choses que Dynamite, seul, ne peut pas publier. Je pense que nous avons là l’aubaine de faire redécouvrir la bande dessinée érotique, en explorant le genre et en le décomplexant, en laissant la porte ouverte à de jeunes créateurs, et je le souhaite vivement, à de jeunes créatrices. »

Si la qualité et la volonté perdurent, la bande dessinée érotique regagnera peut-être les galons et la notoriété qu’elle avait perdus au cours de ces dernières décennies.

(par François Boudet)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

[1Lire notre article sur le retour de la censure.

[2À ce propos, Lire notre interview sur ActuaBD de Bernard Joubert sur la censure.

[3Les éditions Tonkam nous annoncent que la version française ne sera pas plus censurée qu’elle ne l’est au Japon – malgré cette censure sous forme de mosaïques typiquement nippone, cette série est extrêmement hot, vous êtes prévenus… ;-)

[5Lire l’interview d’Alan Moore sur ActuaBD réalisée par Didier Pasamonik.

 
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13 Messages :
  • Le retour du Charme
    25 janvier 2009 12:57

    Un commentaire ?
    — Oui.
    Quand le reste ne se vend plus, on tire la sonnette d’alarme. Le sexe devrait se vendre. Voilà pourquoi.
    La crise comme remède à la morale ?
    Plaisantons.
    A n’en pas douter cela risque d’être aussi vulgaire que le reste. Le "Titanic BD" n’en finit pas de couler.

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    • Répondu par Malo le 25 janvier 2009 à  20:45 :

      Moi qui aprècie de me faire tirer la sonnette d’alarme de temps à autre ( entre adultes consentant), j’avoue que la vulgarité d’un Pichard, d’un Alan Moore ou d’un Roberto Raviola, j’en redemande. :)

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      • Répondu par François Boudet le 26 janvier 2009 à  00:05 :

        Roberto Raviola (Magnus) dont j’ai mis une couverture ("Contes féérotiques" 1) en haut de l’article pour évoquer les pockets Elvifrance... Vulgaire ; vous avez dit vulgaire ? Comme c’est vulgaire !...

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    • Répondu par François Pincemi le 25 janvier 2009 à  21:30 :

      car je suis un homme absolument charmant, surtout pour ces jolies dames, comme vous devez vous en doutez !°)

      Ceci dit, il est vrai que l’erotisme a disparu des rayons BD de bien des librairies, la faute à la crainte de plaintes d’associations parentales. Disons le tout net, les livres un peu hot (style Dynamite, par exemple) ne se trouvent pas facilement chez les libraires de nos belles régions (qui représentent en terme de superficie la réalité de la diffusion/distribution de la BD en France ; ne pas oublier que Paris et sa banlieue, dominée par des milliers de bobos, de pseudos journalistes et d’artistes, ne constituent qu’une exception culturelle sur le territoire national).
      D’ailleurs même quand je monte à la capitale, les libraires me conseillent parfois d’aller à Pigalle ou rue St Denis pour trouver un véritable choix, ou à la Musardine, vénérable librairie spécialisée dans le genre.
      Je suis tout de même heureux que des éditeurs sérieux entre guillemets (non obsédés par le genre dira t’on) attaquent ce genre. La distribution suivra t’elle ? That is the question !°)

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      • Répondu le 26 janvier 2009 à  14:13 :

        les libraires me conseillent parfois d’aller à Pigalle ou rue St Denis pour trouver un véritable choix

        C’est tout ce que vous avez trouvé Pincemi pour aller vous encanailler dans les quartiers chauds de la Capitale ? Votre femme vous croit ? Allons, à votre âge, assumez le vieux dégueulasse qui sommeille en vous !

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        • Répondu par François Pincemi le 27 janvier 2009 à  00:55 :

          Le Charme ne m’a jamais quitté, il m’accompagne toujours, je suis d’ailleurs toujours attiré par le même type de femme : un mélange subtil de Natacha, Chihuahua Pearl et Barbarella, agée de 22 à 32 ans ; 90Bà 95C, 36 à 38 de confection, cela depuis bientôt quarante ans. J’ai été divorcé deux fois, j’ai cinq enfants et ma retraite paisible (confortée par un cure de médicaments de type viagra, je le concède) me permet de concurrencer les petits jeunes, si vous voyez ce que je veux dire ? les jolies jeunes femmes apprécient la compagnie d’hommes cultivés, expérimentés et séduisants, savez vous ? cela les change (en les reposant) de la vulgarité des hommes de leur age. Je suis un charmant libertin, et les actes tarifés à la minute ne m’intéressent guère. Reste le plaisir d’un album de BD sexy extravagant (français ou étranger), introuvable à la Fnac ou chez Virgin, que je ramenerai victorieusement d’une virée parisienne !!

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          • Répondu le 17 février 2009 à  11:09 :

            les jolies jeunes femmes apprécient la compagnie d’hommes cultivés, expérimentés et séduisants, savez vous ? (...)

            Et modeste !!

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  • Pourquoi le retour du Charme ?
    24 février 2009 01:11

    Pourquoi ce titre "le retour du Charme" ?
    C’est le retour du cul, de la bd porno ou érotique.
    Le charme c’est un truc subtil, indéfinissable, c’est dans un regard, un sourire, rien à voir avec les bd de cul, c’est un titre faux-cul.

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    • Répondu le 24 février 2009 à  14:15 :

      « Charme » : « Attrait, séduction ». Libre à vous de ne pas être séduit par ce genre de bandes dessinées, d’autres le sont. Quant à la « pornographie », tout dépend de ce que l’on entend par ce qui est obscène ou non, c’est assez relatif donc...

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    • Répondu le 25 février 2009 à  11:16 :

      Je suis aussi de cet avis, le titre est trompeur, mieux vaut
      "le retour de la BD de fesse"

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      • Répondu par François Pincemi le 27 février 2009 à  13:58 :

        Ce qui compte c’est le retour de jolies femmes dans la BD, dessinées de façon plaisante à l’oeil. Erotisme rime avec esthétisme, il convient de le rappeler. Qu’il s’agisse de charme ou de fesse n’est qu’une question de terminologie. Et tout le monde sait que la pornographie n’est que l’érotisme des autres, donc un peu de tolérance, que diable !

        Personne n’oblige les esprits pudibonds,étroits et coincés dans le conformisme ambiant du politiquement correct à la mode d’aujourd’hui (ce qu’il signifie qu’il sera dépassé demain !!) à se fatiguer les yeux sur de beaux livres sensuels ; si cette débauche de libertés et de fantasmes élégamment mis en scène les gène, ils n’ont qu’à se cantonner à la lecture de quelques livres récents parus chez les petits éditeurs, et dont la sensualité (mais aussi parfois le plaisir de lecture tout court) est profondément absent.

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  • Le retour du Charme
    27 février 2009 10:00, par FB

    Pour compléter cet article, lire l’interview de Thierry Play - directeur général des éditions Tabou

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  • Le retour du Charme
    3 juin 2009 07:13, par Karzan

    Les BD Elvifrance sont en effet incontournables si l’on aborde le sujet de la BD érotique.
    Vous trouverez de très nombreuses infos sur le site consacré aux BD Elvifrance :
    http://poncetd.club.fr/Index.htm

    Voir en ligne : http://poncetd.club.fr/Index.htm

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