Léonard de Vinci, l’ombre de la conjuration

19 septembre 2020 0 commentaire
  • Un album plein d’excellentes surprises qui nous fait découvrir un Léonard de Vinci enquêteur et philosophe.

Léonard de Vinci est une figure extrêmement particulière. Une figure qui n’appartient pas qu’à l’histoire de la peinture, mais à celui de l’humanité, de la science, ainsi que d’une certaine forme d’humanisme Nombre d’ouvrages lui ont été consacrés, des essais, des romans, et quelques albums de bande dessinée aussi.

Des ouvrages qui, le plus souvent, permettaient de mettre en évidence l’universalité d’une existence très personnelle et de fouiller au-delà des apparences pour trouver et dévoiler une humanité parfois très ambiguë.

Et c’est un peu le cas de cette Ombre de la conjuration. Un peu simplement parce que s’il s’agit d’un portrait, celui d’un génie incontestable, il s’agit aussi et surtout du portrait d’une époque avec, en filigrane, un personnage historique essentiel dans l’histoire de l’Italie : Laurent le Magnifique, tyran florentin et mécène des arts.

Léonard de Vinci, l'ombre de la conjuration

Dans cet album, tout se déroule en trois époques distinctes. Il y a tout d’abord la fin du XVe siècle, la prise de pouvoir absolu, dans le sang et l’injustice, par Laurent à Florence. Avec la fuite de Léonard et de son ami Ricardo, pour sauver Jacopo, poursuivi par les sbires du nouveau maître de la cité.

Il y a ensuite un récit qui se déroule une bonne dizaine d’années plus tard, à Milan, où se sont réfugiés Léonard, Ricardo et Jacopo. Une ville dans laquelle Léonard de Vinci travaille, dans laquelle un envoyé de Laurent le Magnifique assassine Jacopo. Ce qui va permettre aux auteurs de nous montrer un Léonard de Vinci enquêteur scientifique.

Il y a enfin la fin de la vie de Léonard de Vinci, à Amboise, en 1519, et les révélations qu’il fait à un ami de cette mort ancienne sur laquelle il a enquêté.

Ne croyez pas, pour autant, que ce livre soit ardu à lire. La construction narrative du récit, orchestré par le scénariste Giuseppe De Nardo, réussit à être linéaire et lisible. Le traitement graphique des flashbacks par le dessinateur Antonio Lucchi aide aussi beaucoup à la clarté de l’histoire racontée. C’est en sépia, en terre de Sienne presque, et par des esquisses que les éléments importants du passé sont narrés, formant des ponts entre les différentes époques.

Cet album est un vrai plaisir pour les yeux, tant il est vrai que la couleur y joue un rôle essentiel, ce qui, finalement est normal pour un livre qui a décidé de parler d’un peintre. Il y a un jeu d’ombres et de clarté étonnant, passionnant, d’une évidence classique même, avec une importance à la fois des diagonales de lumière, des perspectives, des mises en évidence de l’une ou l’autre partie du visage…

Le talent de Lucchi lui permet également d’user d’un sens de la caricature pour un seul des personnages qui, de ce fait, devient un contrepoint humoristique, tant au niveau du scénario que du dessin à l’ambiance violente, austère, politiquement perverse dans laquelle baigne par ailleurs ce récit.

Et, bien évidemment, au-delà de l’aventure quelque peu policière, cet album nous parle de sentiments humains universels autant que l’est le talent de Léonard de Vinci. On parle de trahison, d‘injustice, de mort, d’horreurs, de viols… Avec une documentation imposante mais utilisée avec une belle légèreté, les auteurs nous immergent dans une époque historique bien précise, sans l’édulcorer d’aucune manière.

Et on y parle aussi de création artistique, de peinture, de science… Léonard de Vinci dit, à un certain moment : « La peinture, c’est la connaissance »… La connaissance qui, seule, peut permettre à l’humanisme de naître doucement dans la fange de l’horreur politique !

Mais ce qui sous-tend toute l’intrigue, c’est la volonté que peut avoir l’intelligence de ne pas juger, mais de ne pas pardonner non plus. La trahison de l’amitié est la pire des trahisons, nous disent les auteurs… Et la pire des punitions à y apporter, c’est l’oubli total de celui qui a trahi !

Et le plus grand des oublis, c’est la mort… Une mort qui permet à Léonard de Vinci, dans ce livre, de mettre un point final à l’enquête commencée bien des années plus tôt !

On ne peut que vous conseiller de lire ce livre ! D’abord parce que, formellement, c’est une réussite totale. Ensuite, parce que le scénario est d’une intelligence passionnante. Enfin, parce que la fin de cet album est un regard posé sur la peinture, sur tous les arts, et tous les secrets humains qui peuvent s’y cacher…

(par Jacques Schraûwen)

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Léonard de Vinci, l’ombre de la conjuration - par Antonio Lucchi & Giuseppe De Nardo - Mosquito - 132 pages – Août 2020

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