Peuple invisible - Par Shohei Kusunoki - Cornélius

19 septembre 2020 0 commentaire
  • Suite de récits courts de Shohei Kusunoki, "Peuple invisible" déploie une veine "Garo" dans un cadre essentiellement passé, inscrit dans l'époque Edo. Une manière différente, mais pas moins pertinente, qu'un Tsuge pour parler du Japon des années 1960 et évoquer l'universalité des passions humaines.

Ce n’est pas la première fois que Shohei Kusunoki se voit édité en France. Mais cela fait plus de dix ans qu’il ne l’avait été. Peuple invisible vient en effet compléter La Promesse, paru en 2009 chez Cornélius et, par extension, le panorama a présent bien développé de ces auteurs de la revue Garo. Celle-ci réunit dans les années 1960 et 1970 parmi les plus grands auteurs du manga d’avant-garde, tels Yoshiharu Tsuge, Yoshihiro Tatsumi, Shigeru Mizuki ou encore Susume Katsumata.

Peuple invisible comprend une petite dizaine d’histoires publiées au début des années 1970. Sept nouvelles et un huitième récit, intitulé En Loques, long, en huit parties. Toutes ces histoires se consacrent à la peinture des petites gens, des marginaux et des vies brisées, de ceux marqués par une différence inaltérable et de ceux sur qui s’acharnent le sort ou les puissants.

Peuple invisible - Par Shohei Kusunoki - Cornélius
Intinéraire d’un enfant des rues
Peuple invisible © Shohei Kusunoki / Cornélius

Une matière assez sombre, au potentiel dramatique évident et, on le constate rapidement, à la forte tonalité tragique même si certains dénouement font quand même le choix de la douceur. Car à tout cela le traitement de Shohei Kusunoki apporte une forme de tendresse fichée au cœur de la mélancolie. L’ancrage à l’époque Edo ajoute en outre une distance bienvenue et un imaginaire épique qui renforcent, en fin de compte, l’effet recherché. On notera d’ailleurs que le seul récit contemporain, Bain de minuit, apporte comme une respiration légère au milieu du volume.

On se souviendra donc de l’absurdité des codes des samouraïs, de l’impuissance parfois fataliste des figures de médecins, de la rage des amants et enfants confrontés l’injustice de la mort ou encore de cet improbable duo composé du masseur aveugle et du charpentier ivre, et dont les formes du désespoir structurent le récit final non seulement dans sa narration mais aussi dans le découpage des planches et dans le trait du dessin.

Puissant, Peuple invisible s’affirme donc comme l’une des publications manga de l’année, enrichissant de belle manière le fonds patrimonial de la BD japonaise édité en France.

Le récit de samouraï, comme vidé de son sens et de sa portée
Peuple invisible © Shohei Kusunoki / Cornélius

(par Aurélien Pigeat)

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Peuple invisible. Par Shohei Kusunoki. Traduction Satoko Fujimoto et Éric Cordier. Cornélius. Sortie le 11 juin 2020. 342 pages. 26,50 euros.

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