Lorraine Coeur d’Acier - Par Vincent Bailly & Tristan Thil - Futuropolis

5 mai 2021 0
  • La sidérurgie lorraine laminée par un plan social radical, la CGT décide ce créer une radio pour relayer la lutte. Une expérience unique et un album plein de fièvre d'un militantisme d'une autre époque.

Décembre 1978, catastrophe pour la sidérurgie lorraine : on annonce un plan gouvernemental entraînant 22 000 suppressions d’emploi. Les syndicats organisent la lutte, et la CGT a l’idée de créer une radio pirate, Lorraine Cœur d’Acier (LCA). Deux journalistes sont embauchés, et le fonctionnement technique revient à des bénévoles. Très vite, les sujets abordés dépassent la lutte syndicale. Car cette radio se veut libre, ouverte, participative. On y parle notamment d’avortement et de condition féminine, et de la situation des travailleurs immigrés.

Lorraine Coeur d'Acier - Par Vincent Bailly & Tristan Thil - Futuropolis

Dans l’histoire un peu oubliée des radios libres en France, LCA représente un jalon majeur, un symbole, et un modèle pour nombre de médias à venir en 1982, date de la libération des ondes dans l’hexagone. On y retrouvait l’esprit de mai 1968, notamment dans cette lutte sociale qui devient un formidable moment de liberté et de dialogue.

Les auteurs ne manquent pas de légitimité, Lorrains tous les deux, et dans la droite ligne d’une des plus célèbres signatures locales : Baru. Il signe une post-face en BD et a même droit à un clin d’œil malicieux au détour du récit. Vincent Bailly s’en donne à cœur-joie dans le style, dessinant "à la Baru" avec une énergie colorée et des scènes débordantes de vitalité.

Le récit montre aussi le fond de ces luttes : l’apport migratoire majeur des Italiens, Polonais, mais aussi Maghrébins, innombrables dans le monde ouvrier lorrain, la musique comme cri de guerre (beaucoup de The Clash, alors en pleine gloire en 1979) et les violences policières. Sans oublier le gouvernement du monopole des médias tentant sans cesse de brouiller les émissions.

LCA n’était pas pionnière, les écologistes avaient créé des radios pirates dès 1977, inspirés par l’Italie et l’Angleterre. Et l’expérience n’aura duré qu’un an et demi, avant une reprise en mains politique de la CGT et six mois d’activité. Mais cette générosité dans l’ouverture aux populations ignorées, on la retrouvera dans bien plus tard dans les radios de libre antenne, les émissions prônant une liberté sans limites (Carbone 14 à Paris...) voire même les radios communautaires. Les archives sonores sont rares dans le domaine de la libération des ondes, rendant cet album d’autant plus précieux.

(par David TAUGIS)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Commander cet album:

BDFugue FNAC Amazon

A lire sur notre site, une BD sur le mouvement des radios libres : Interférences - Par Puchol & Galandon-Dargaud

Un documentaire émouvant où Marcel Trillat, journaliste emblématique de LCA, évoque ses souvenirs de Longwy

  Un commentaire ?