Basketful of Heads - Par Joe Hill & Leomacs - Urban Comics

4 mai 2021 0
  • Alors que la tempête fait rage sur Brody Island, une silhouette se tient debout dans l'obscurité, sous la pluie battante du bord de mer. Elle s'appelle June Branch, tenant dans sa main tremblante une antique hache viking. Elle vient de décapiter un homme. Balayé par le vent, ses cheveux flottent devant son visage, c'est alors qu'elle entend une voix venue d'outre-tombe. Elle appartient à l'homme dont le corps sans vie git à quelques pas d'elle, à moitié immergé par l'écume des flots. Un peu plus loin, elle remarque alors, encore ensanglantée, la tête de sa victime qui continue de parler. Déboussolée, elle décide toutefois de poursuivre sa quête vengeresse pour retrouver son petit ami disparu, en emmenant avec elle cette tête tranchée qu'elle transporte alors dans un panier...

Basketful of Heads littéralement "panier plein de têtes" dans la langue de Voltaire, est le titre de lancement de Hill House Comics, une collection horrifique supervisée par le talentueux Joe Hill et publiée par DC Comics dans son fameux Black Label. Parues en 2019 aux États-Unis, les premières séries issues de « la maison Hill » parviennent enfin au lectorat français grâce à Urban Comics.

Joe Hill nous avait déjà épatés avec sa série Locke & Key - à retrouver chez le très bon éditeur HiComics - où il s’illustrait déjà dans le genre horrifique. Il y développait un style assez personnel, jouant admirablement avec les émotions de son lecteur. Alternant des scènes de tensions intenses avec de francs moments de tendresse et d’humour. Le mot qui sied peut-être le mieux aux récits du scénariste serait ainsi la justesse. C’est donc avec une excitation certaine que nous attendions son arrivée au sein du DC Black Label, et ce premier album n’est pas là pour nous décevoir.

Basketful of Heads - Par Joe Hill & Leomacs - Urban Comics
Une évasion de criminelles risque bien de gâcher les retrouvailles de nos deux amants...
toc toc ?

Avec Basketful of Heads, l’auteur originaire du Maine nous livre un récit court, auto-contenu et intense qui encore une fois tape juste. Nous sommes en septembre 1983 et nous retrouvons donc June Branch, jeune ingénue venue retrouver son petit ami Liam, à Brody Island où il a travaillé comme officier de police durant l’été. Mais les joyeuses retrouvailles du jeune couple sont de courtes durées... La nuit tombée, alors que la tempête menace, ils sont attaqués par des prisonniers récemment évadés. Ayant juste le temps de se cacher, June réalise ensuite que son copain a été enlevé, ne laissant derrière lui qu’un doigt. Elle va alors se lancer à la recherche de sa moitié, armée d’une antiquité trouvée dans la maison du chef de la police : une hache viking aux propriétés inattendues...

Comme pour Locke & Key, l’une des plus grandes forces du récit réside dans ses personnages, on se prend immédiatement d’affection pour les personnages de June et Liam. Nous sommes aux côtés de la jeune femme dans sa quête et, les multiples révélations qui viennent parsemer son parcours nous bouleversent autant qu’elle. Nous rions avec elle tout comme nous souffrons avec elle. Même des personnages pourtant caricaturaux sonnent juste sous la plume de Joe Hill, chacun d’entre-eux représentent d’ailleurs un aspect bien particulier des États-Unis. Ils apparaissent au fur et à mesure de la chasse de June et l’aiguillent sur le chemin de la vérité, avant bien évidemment, de terminer dans son panier.

Caché dans un panier - décidément-, June ne peut qu’entendre les horreurs subies par Liam.
Une tête qui parle ?

On peut cependant voir dans l’épopée de June la revanche d’une jeune femme face à l’Amérique puritaine. Les adversaires de la jeune femme représentent en effet la religion, la bourgeoisie conservatrice et des forces de l’ordre corrompues. Tous finiront d’ailleurs dans le panier de June, recouvert de la bannière étoilée, comme le montre d’ailleurs la couverture. La dimension fantastique du récit, représentée par cette relique viking n’occupe d’ailleurs qu’un rôle de second plan. D’où vient-elle ? Pourquoi ne tue-t-elle pas ses victimes ? Qu’importe. Cette histoire est celle d’une jeune femme en quête de vengeance.

Mais Basketful of Heads n’aurait certainement pas la même saveur sans l’immense travail fourni par Leomacs, dessinateur italien déjà vu sur La Montagne invisible. L’artiste fournit une prestation impeccable, chaque expression est retranscrite avec fidélité et sa mise en page et ses cadrages dynamiques donnent un aspect cinématographique fort réussi à l’histoire. Le tout sublimé par les couleurs de Dave Stewart qui nous immergent dans le récit et retranscrivent à merveille l’atmosphère voulue par son auteur. Les couleurs chatoyantes d’une réunion entre amoureux laissent alors place à la froideur d’une quête vengeresse...

Le DC Black Label, héritier de Vertigo commence enfin à marcher dans les pas de son prédécesseur avec le lancement de séries indépendantes réussies - nous vous avions déjà parlé de The Last God-, il faut désormais espérer que cela s’inscrive dans la durée. Joe Hill trace lui aussi son chemin dans le sillon d’un géant, Stephen King, qui n’est autre que son père. Hill - qui n’a donc plus rien à prouver - tend à s’affirmer comme une plume qui compte dans le registre horrifique et l’on a hâte de voir la suite...

Poussées dans ses derniers retranchements, June va devoir commettre l’irréparable pour survivre.

Voir en ligne : Basketful of Heads sur le site des éditions Urban Comics

(par Vincent SAVI)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Basketful of Heads - Joe Hill (scénario) - Leomacs (dessin & encrage) - Dave Stewart (couleur) - Arnold Petit & Camille Gardeil (traduction) - cartonné - 192 pages - 18,00 € - Urban Comics - DC Black Label (Hill House) - sortie le 02 avril 2021

Contenu VO : Basketful of Heads #1-7 (2019) publié par DC Comics.

Illustrations : © DC Comics / Urban Comics

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