Naoki Kaneda (Pdt de Koïke Inc.) : « Aujourd’hui, le cœur du métier se situe dans l’exploitation des personnages »

13 juillet 2008 0 commentaire
  • M. Naoki Kaneda est le président de la société Koikekazuogekigasonjuku Inc., en résumé Koïke Inc., en charge des droits du célèbre scénariste japonais Kazuo Koïke. On lui doit l’exposition « Manga, l’art des personnages » qui a été montrée à Japan Expo. Il a aussi comme projet de créer une école de manga à Tôkyô. Rencontre.

Quel est le rôle de la société Koïke Inc. ?

Nous avons créé cette société en juin 2007. Elle gère les droits de toutes les œuvres de Koïke. Cela concerne aussi bien le merchandising sur les personnages, les droits de publication que l’adaptation de ses œuvres au cinéma, en jeux vidéo, etc. Tout ce qui concerne son œuvre.

Naoki Kaneda (Pdt de Koïke Inc.) : « Aujourd'hui, le cœur du métier se situe dans l'exploitation des personnages »
Thomas Sirdey, vice-président de Japan Expo, M. Go Nagaï, le créateur de Goldorak exposé à Japan Expo et M. Kaneda, organisateur de l’exposition "Manga, l’art des personnages".
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

M. Koïke a été publié par un bon nombre de majors japonaises. Ils n’avaient pas conservé les droits ?

Au Japon, 12 ans après la dernière publication de l’œuvre, les droits reviennent à l’auteur.

C’est peut-être beaucoup plus compliqué que cela parce que beaucoup de ses titres avaient été cédés au cinéma. Comment se défait-on de contrats de films ou de dessins animés de ce genre ?

Tout dépend du contrat des adaptations. Parfois, on vend les droits pour l’éternité. Souvent, on ne les vend que pour une période limitée. Tout dépend des projets.

L’œuvre de M. Koïke représente un potentiel de chiffre d’affaire important ?

Pour le moment, on démarre. Mais si nous sommes ici à Japan Expo avec cette exposition sur les grands auteurs de bande dessinée japonais, c’est parce qu’on espère trouver des partenaires en France et en Europe.

La plupart des auteurs au Japon sont attachés à un éditeur, que ce soit Shueisha, Kodansha ou Shogakukan. Est-ce que votre présence ici afin de représenter un auteur est quelque chose de normal ou est-ce une nouvelle tendance du marché japonais qui rendrait leur liberté aux créateurs ?

Pour l’instant, ce n’est pas une démarche fréquente. Parce que lorsque l’on confie les droits à une grosse société, elle fait des tirages très importants, ce qui est évidemment très intéressant. Donc, les indépendants sont rares.

Les oeuvres de Kazuo Koike dans l’Exposition "Manga, l’art des personnages" à Japan Expo
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

M. Koïke a créé 212 mangas. Nous, en France, on en connaît principalement quatre qui nous ont fortement impressionnés : Lone Wolf & Cub, Crying Freeman, Kajô, la corde fleurie, et Lady Snowblood. Comment pourriez-vous décrire le corpus de M. Koïke. Qu’y-a-t’il d’intéressant à exploiter ?

Ses histoires sont plutôt orientées vers les adultes parce que son univers évoque des sentiments humains, des notions philosophiques, et des descriptions où interviennent parfois de la violence ou la sexualité. Certains scripts marcheront très bien pour l’adaptation au cinéma, mais n’intéresseront pas, pour ces raisons, le marché des jeux vidéo.

Est-ce que vous avez aujourd’hui des équipes de mangakas qui travaillent sur les œuvres de M. Koïke pour les continuer, pour les refaire vivre ?

Non, ce n’est pas le cas aujourd’hui, même si les travaux de M. Koïke ont influencé beaucoup de monde. En 1976, M. Koïke a créé sa propre école de formation de mangakas. Une des missions de ma société est de faire renaître cette école. Il y a actuellement cinq jeunes talents qui travaillent sur des projets nouveaux. Il y a évidemment une dimension de business dans ce projet, mais aussi le plaisir de découvrir de nouveaux talents.

L’Exposition "Manga, l’art des personnages" à Japan Expo
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Comment cela s’organise-t-il ?

M. Koïke enseigne déjà à l’Université d’Osaka. Plusieurs de ses collègues viennent enseigner chez nous à Tôkyô. Mais c’est une activité embryonnaire.

Ce serait ouvert à des élèves européens ?

Si j’arrive à trouver de bons partenaires en Europe, cela m’intéresse.

Goldorak et Go Nagaï dans l’exposition "Manga, l’art des personnages" à Japan Expo
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Vous avez réalisé et financé, sous la direction de M. Koike, une exposition à Japan Expo intitulée « Manga, l’art des personnages ». Quelle était votre intention en faisant cela ?

Nous savions, en le faisant, que ce serait déficitaire. Nous n’émargeons ni du Ministère de la culture, ni d’aucun organisme gouvernemental japonais. Nous sommes vraiment une société privée. Nous avons réussi à fédérer pour la première fois un certain nombre de sociétés comme Shueisha, Kodansha, Shogakukan ou même Tezuka Productions pour faire cette exposition. Cela a été possible car nous ne sommes pas des éditeurs. Aujourd’hui, le cœur du métier se situe dans le merchandising, l’exploitation des univers et des personnages sur tous les supports. Les éditeurs ont réfléchi à cette stratégie centrée sur les personnages. Nous en avons là une première manifestation. J’espérais faire cette exposition non pas avec ce festival, mais avec un musée. Mais nous n’en avons pas trouvé. Je compte faire tourner cette exposition dans d’autres pays européens.
Aux États-Unis, nous avons un certain nombre de deals avec des producteurs de cinéma et de jeux vidéo. Je souhaitais montrer l’énergie de ces créateurs japonais, et faire si possible le lien avec d’autres univers comme ceux de la musique ou la mode. Il me semble pertinent de créer des lignes de vêtements avec ces univers et ces personnages. Je suis venu à Paris parce que je recherche des partenaires dans ces domaines.

Propos recueillis par Didier Pasamonik, avec l’aimable concours de Shoko et des éditions Kana.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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