Ouf ! Buck Danny sauve une fois encore le monde libre

17 mars 2021 5
  • Il faut le dire : parmi les reprises réussies des héros classiques de la bande dessinée franco-belge, il faut désormais ranger "Buck Danny". Le dernier triptyque composé de "Vostok ne répond plus" (N°56), "Opération Vektor" (N°57) et enfin "Le Pacte !" (N°58) qui paraît cette semaine, le confirme : Gil Formosa est de plus en plus à l’aise sur la série, et les scénarios de Frédéric Zumbiehl filent à la vitesse d’un F-35B en plein vol, soit à Mach 1,6+, sans trop se poser de question. Un militaire, direz-vous, doit obéir et ne pas s’en poser, justement, des questions. C’est précisément ce que fait notre héros à la mâchoire carrée dans cet album : il obéit, comme un toutou, à la maléfique Lady X avec laquelle il a conclu un accord, du jamais vu !

Les créateurs de Buck Danny, Georges Troisfontaines, Jean-Michel Charlier et Victor Hubinon ne s’y sont jamais trompé : leur série d’aviation réunit certes toutes les qualités du récit de guerre, voire de chevalerie : un trio de soldats réunis par une amitié virile défendant l’Occident contre des ennemis, tantôt japonais, tantôt communistes et parmi eux la pire : Lady X. Mais si ces qualités n’ont guère changé depuis les années 1940, les relations entre les personnages, en revanche, connaissent de sacrés variants.

On retrouve ici bien sûr tous les clichés du récit d’aventure pour jeunes garçons tel qu’on le concevait dans les années 1950. Ce n’est pas un hasard si la maléfique héroïne porte l’initiale réservée aux films siglés par la même lettre. Sa simple apparition doit enclencher un signe de croix suivi d’un confiteor...

Ouf ! Buck Danny sauve une fois encore le monde libre

Mais au-delà de cela, la véritable attraction d’une série comme Buck Danny, ce sont les zincs. Les fans de maquette et d’aéromodélisme ne nous contrediront pas, d’où la pérennité de cette série qui n’a jamais vraiment eu de rivale. Souvent imitée, jamais égalée pourrait-on dire. Et sur ce point, les lecteurs des aventures de Buck, Sonny et Jerry ont eu de la chance : conduites par deux pilotes émérites pendant plus de trente ans, Charlier et Hubinon, elle est formidablement reprise en plein vol par Francis Bergèse, un dessinateur hors pair, excellent pilote lui-aussi. Puis, Bergèse lâchant le manche, elle est conduite le temps d’une mission par Francis Winis qui n’a pas démérité et, depuis 2015, avec la constance d’un avion de ligne par Gil Formosa qui, sur un scénario de Frédéric Zumbiehl (déjà scénariste de Winis), a vraiment redynamisé la série.

Disons-le d’entrée afin d’évacuer ce qui fâche : le lettrage n’est vraiment pas réussi, surtout quand on a connu des années durant la belle lettre d’Hubinon inspirée par celle d’Eddy Paape, LA référence belge en matière de lettrage. Les personnages sont parfois trop éloignés du canon hubinonien (pas mal, la formule !) qui raffolait des mâchoires carrées. Même Lady X a perdu quelque peu son excitante froideur. Mais une fois entré dans l’album, ces préventions sont effacées et ce techno-thriller sait mettre en évidence les qualités du Lockheed-Martin F-35B Lightning II à décollage court et atterrissage vertical et permet à Buck Danny, aidé de Lady X (à moins que ce ne soit le contraire…) de sauver les States d’un horrible attentat à la bombe bactériologique.

On connaît le schéma narratif par cœur, aussi répétitif qu’un tour des 24H du Mans de Michel Vaillant, mais on marche, on vole même, sur un sujet d’actualité mené tambour battant. Buck Danny triomphe du mal à la fin (mais non, on ne spoile pas !) préservant ainsi le monde libre. Arrivé à destination, on respire, et on applaudit l’équipage aux commandes.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Buck Danny T. 58 : Le Pacte ! – Par Gil Formosa et Frédéric Zumbiehl. Ed. Dupuis. Paraît le 19 mars 2021.

© Dupuis.

 
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