Paul à la maison – par Michel Rabagliati – La Pastèque

18 décembre 2019 0 commentaire
  • Album sombre et triste, « Paul à la maison » pose un regard implacable sur le divorce, la maladie, la mort et, surtout, la solitude. Un ouvrage à la fois poignant et sobre, mais non dénué de beauté.

Ce neuvième tome des aventures de Paul, le sympathique alter ego de Michel Rabagliati, a des allures de récit crépusculaire. D’ordinaire guilleret, le personnage éponyme n’est plus que l’ombre de lui-même, comme en témoigne la couverture de l’album.

Arrivé au mitan de la vie, Paul vit désormais seul dans sa grande maison d’Ahunstic. Cette propriété, pour laquelle Lucie et lui avaient eu un foudre dans Paul à Québec, est laissée à l’abandon. Et pour cause, Paul ne va pas bien : sa femme l’a quitté. Il voit de moins en moins sa fille adulte, qui s’apprête à quitter le pays. Et sa mère est atteinte d’un cancer. Pas étonnant que sa santé – physique et mentale – en ait pris un coup.

Paul à la maison – par Michel Rabagliati – La Pastèque
En raison de ses nombreux problèmes de santé, Paul n’a pas bonne mine.
© La Pastèque.

Mais Paul à la maison n’est pas seulement un ouvrage grave, et l’auteur traite les mésaventures ordinaires de Paul – à la Caisse populaire ou lors d’une conférence dans une école secondaire – avec une touche d’humour noir.

De même, le regard cinglant que porte le personnage sur les affres de la vie moderne – le marketing creux, les réseaux sociaux, les sites de rencontres et notre dépendance collective aux écrans – détonne de ce à quoi nous a habitués Rabagliati. Même les Français en P.V.T. [1], très nombreux à habiter le Plateau Mont-Royal, en prennent pour leur rhume. En effet, exit le boy-scout naïf ! Paul est devenu grincheux, réac et dépassé : « Pourquoi il faut toujours que tout change ? J’haïs le changement ! Surtout quand il est inutile ! [2] »

Au moment d’acheter cette maison, Paul et Lucie avaient été séduits par son grand jardin. À présent, tout est laissé à l’abandon.
© La Pastèque.

Le moment fort de l’album, toutefois, porte sur le décès d’Aline, la mère de Paul. À l’opposé de Paul à Québec, dans lequel le lecteur accompagnait Roland, le père de Lucie, tout au long de ses derniers mois, la mort d’Aline est traitée sans épanchements, de manière brève et extrêmement pudique. On sent d’ailleurs que l’auteur a voulu rendre un hommage sincère et touchant à la hauteur de cette femme élégante et fière.

Paul à la maison est donc l’album des deuils : celui des êtres chers, de l’amour, de la jeunesse et de la santé. Et s’il n’y a pas de Happy End – si les problèmes ne sont pas nécessairement résolus à la fin de l’album –, il en est de même de la vie.

(par Marianne St-Jacques)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Commander cet album:

BDFugue FNAC Amazon

Paul à la maison, par Michel Rabagliati, La Pastèque, 208 pages. Parution au Canada le 14 novembre 2019 et en Europe le 10 janvier 2020.

[1Programme Vacances Travail (PVT) est un visa temporaire, soumis à quota au Canada, permettant de voyager dans différents pays étrangers tout en y travaillant. NDLR.

[2Paul à la maison, p. 107.

  Un commentaire ?