Petit Polio - par Farid Boudjellal - Futuropolis

8 mars 2006 0
  • Après [JuifsArabes->3385], Futuropolis continue, avec {Petit Polio}, la réédition des œuvres de Farid Boudjellal. Ce récit, partiellement autobiographique, est écrit et dessiné avec tendresse, humour et gravité. Un ouvrage magnifique.

1958 : La France fait face au désir d’indépendance de l’Algérie. Pour le petit toulonnais Mahmoud Slimani, la réalité de la guerre semble bien loin. Du haut de ses six ans, il apprend déjà à vivre avec son handicap, la polio. Mais ses origines maghrébines le rattrapent en cette période trouble et ce qui se vit de l’autre côté de la Méditerranée finit par rejaillir sur son quotidien.

Publié en 1998 chez Soleil, Petit Polio est une oeuvre tendre mais lucide. Cet ouvrage démontre qu’un subtil récit vaut parfois mieux qu’un témoignage cru pour retranscrire des drames.
Les deux derniers chapitres sont plus pessimistes que les premiers. Ils abordent d’une part les amitiés franco-algériennes ébranlées par la guerre, et d’autre part la difficile appréhension de la maladie et de la mort. Victor Hugo apporte sa poésie à l’épilogue. Mahmoud découvre avec sa candeur d’enfant les joies et les peines de la vie. Ce regard innocent mais intelligent s’inscrit dans une ambiance truculente où les expressions méridionales fusent au détour de chaque dialogue. Farid Boudjellal soulève à travers cette chronique familiale les questions de l’immigration, de l’intégration mais aussi du handicap. L’histoire personnelle de l’auteur est perceptible dans le quotidien de la famille Slimani et de Mahmoud atteint, comme lui, de la poliomyélite.

Le dessin, quant à lui, installe le lecteur dans une ambiance chaleureuse qui contraste parfois avec la violence des sentiments vécus. Les crayonnés sont encore visibles sous l’encrage et les couleurs, sans pour autant enlever le charme du graphisme. Le résultat est émouvant et certaines peintures à la gouache très belles.

Farid Boudjellal, avec beaucoup de retenue, de finesse et d’humour montre une nouvelle fois son talent. Par sa simplicité, Petit Polio se révèle une œuvre pleine de chaleur humaine. Quelle belle idée de réédition !

(par Laurent Boileau)

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