Quintos - par Andreas & Cochet - Dargaud

22 mars 2006 0
  • Andreas quitte momentanément ses séries habituelles (Capricorne, Arq) le temps d'un one-shot. Associé à sa coloriste Isa Cochet, il nous livre un road-movie pédestre en pleine guérilla franquiste.

En 1937, l’Espagne est un pays divisé entre nationalistes et républicains. Les uns veulent imposer un ordre fasciste et les autres s’y opposent. La péninsule ibérique attire de toute l’Europe des hommes et des femmes pétris d’idéaux, ayant soif de liberté, conscients qu’en défendant l’Espagne ils protégent la liberté pour leur propre pays.
Sur la route de Quimera un convoi est attaqué. Le petit groupe de survivants tentent d’atteindre leur objectif à pied. Mais la route est longue, semée d’embûches. Dans l’adversité, les caractères se révèlent...

Refusant leur défaite aux élections législatives de février 1936 [1], les forces de l’opposition organisent un soulèvement militaire en juillet 1936 sous la direction du général Franco. Bénéficiant dès l’origine du soutien de l’Allemagne nazie et de l’Italie fasciste [2], les "nationalistes" de Franco occupent rapidement la moitié du pays. La guerre d’Espagne fut ainsi pour l’Allemagne et l’Italie un terrain d’entraînement et d’expérimentation de leurs tactiques et de l’efficacité de leurs armes nouvelles. Par exemple, les avions italiens et allemands expérimentèrent en Espagne les tactiques meurtrières des bombardements de terreur sur les populations civiles comme celui de Guernica (avril 1937) dont les auteurs se sont inspirés pour Quintos.

À travers cet album, les auteurs évoquent le destin de ces volontaires étrangers, qui spontanément, se sont enrôlés dans les milices. Qui sont-ils ? Quelles sont leurs motivations ? En fait, ils ne répondaient à aucun mot d’ordre de quelque parti que ce soit ; il s’agissait d’un mouvement autonome, mû par un élan de solidarité révolutionnaire internationaliste. Ce n’est qu’à l’automne 1936 que les communistes vont s’intéresser à ce mouvement et créer ce qui deviendra les Brigades internationales.

Andreas et Isa Cochet proposent une réflexion sur l’engagement individuel, la guerre et l’être humain. Leurs personnages sont certes caricaturaux mais cela n’enlève rien à l’intérêt du récit. D’ailleurs, difficile pour le lecteur de s’identifier à un héros car, au fil des pages, le groupe censé être "un renfort", s’effiloche sérieusement. Dans ces conditions, le final ne peut pas connaître de "happy end".
Servi par un graphisme attractif, Quintos est d’une très grande lisibilité. Le découpage est particulièrement accompli. Un vrai plaisir pour le lecteur.

(par Laurent Boileau)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Commander ce livre sur Internet

[1gagnées par les partis républicains (socialistes, radicaux, communistes et anarchistes) unis, comme en France, dans un Frente popular

[2au total l’Allemagne et l’Italie fournirent près de 100.000 soldats, plus de 1000 avions de combat, des blindés et munitions, sans compter les instructeurs militaires auprès des troupes franquistes

  Un commentaire ?