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RIP de Gaet’s et Julien Monier aux éditions Petit-à-Petit : résolument glauque

  • Ce quatrième tome de la série qui vient assombrir depuis 2018 l'ambiance des étals des libraires plonge encore un peu plus dans le glauque, et dévoile quelques détails de la fameuse nuit qui a coûté la vie à Ahmed...

Sous ses traits poupins et son sourire mélancolique, Albert, le petit freluquet de la bande des pirates fossoyeurs, cache autant de macabres secrets que ses partenaires. Albert est un romantique, fou amoureux d’une jolie gothique… qui présente l’inconvénient notable de résider, depuis une fâcheuse overdose, six pieds sous terre.

Une relation (très) longue distance dont s’accommode Albert, qui n’a pas hésité à dépenser ses petites économies pour s’offrir aux enchères les effets personnels de la défunte, et passe désormais des heures à contempler le doux visage de sa bien-aimée sur des photos écornées.

Bien dérangé, le Albert, mais pas méchant, si ?... si ? Disons que, parfois, un amour non partagé mène tout droit sur le chemin tortueux de la folie. Peu à peu, le puzzle morbide distillé pièce par pièce, album après album, par Gaët’s et Julien Monier prend forme…

RIP de Gaet's et Julien Monier aux éditions Petit-à-Petit : résolument glauque

RIP est une lente plongée dans la noirceur de cette poignée d’hommes, que rien ne destinait à nettoyer les scènes de crime - et qui, pourtant, se retrouvent jour après jour à effectuer le boulot le plus macabre du monde. Avec “Albert”, on frôle parfois le glauque pour le glauque, sans jamais toutefois dévier de l’ambiance lugubre et sale développée par Gaët’s et bien sûr le dessin parfois décousu (c’est une qualité) et les couleurs pâles et oppressantes de Julien Monier - dont le trait a par ailleurs largement évolué depuis le 1er tome.

Illustrer une telle saga n’est pas chose aisée. “Je dessine les mêmes scènes racontées par d’autres personnages, explique Julien Monier, au cours d’une table ronde organisée par les éditions Petit-à-Petit. C’est un vrai nid à faux-raccords.” Des pièges que Gaët’s - alias Gaëtan Petit, lauréat du prix SNCF du polar 2013 pour son adaptation en BD d’Un léger bruit dans le moteur, de Jean-Luc Luciani - esquive grâce à une méthode tout droit sortie des séries américaines : “J’ai un grand tableau au-dessus de mon bureau, où je peux relier et relire toutes mes scènes. Un peu comme un enquêteur !” Quant à évoluer dans un univers aussi macabre que celui de RIP, aucun problème, répondent à l’unisson scénariste et dessinateur : le premier est passionné de la mort - et avoue même s’être destiné tout gosse à devenir médecin-légiste, ça ne s’invente pas !-, et le second a adopté un tempo de travail qui lui permet de prendre du recul par rapport à ce qu’il dessine.

Car il y a de quoi cauchemarder. Comme d’habitude, dans ce tome 4, RIP n’épargne guère à ses lecteurs des scènes peu ragoûtantes et des détails morbides. Surtout, il s’agit sans doute de l’opus le plus dérangeant en date - en attendant les histoires de la callipyge-serveuse Fanette et d’Eugène, la grande gueule du groupe, qui feront respectivement l’objet d’un album en août 2022 et en août 2023.

Après quoi, la boucle sera bouclée (“Je n’aime pas les séries qui s’éternisent”, confie Gaët’s), et les deux comparses rempileront très certainement pour une autre BD - a priori tout aussi trash que RIP, dont Gaët’s avait imaginé le scénario - initialement prévu en one-shot - à la suite d’une conversation avec un ami, en pleines vendanges, qui avait exercé le métier peu recommandable des hommes de RIPOn a tous été des bébés, on a tous eu des rêves, explique Gaët’s. Ce qui m’intéresse, dans RIP, c’est quels obstacles, quels chemins de vie font que les personnages se retrouvent ici, dans cette entreprise.”

Pour le moment, c’est un franc succès, et les deux auteurs s’enthousiasment de l’enthousiasme pour la saga - environ 50 000 albums vendus pour les trois premiers tomes. Ce qui pourrait, pourquoi pas, ouvrir la voie à une série TV RIP ? Pour le moment, Gaët’s et Julien Monier se disent, sourire aux lèvres, ouverts aux propositions.

(par Pierre GARRIGUES)

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RIP T. 4 : Albert - Par Gaet’s et Julien Monier - Petit-à-Petit

 
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2 Messages :
  • Il me semble que vous n’êtes pas assez explicite dans votre critique : chaque tome raconte la même histoire vue par un personnage différent, selon le principe de Rashômon. D’où un énorme travail de construction du scénario, et aussi, du dessin : c’est virtuose ! On imagine les auteurs avoir couché au fur et à mesure sur le papier les différentes interactions entre les personnages, ainsi que les schémas scénographiques, un peu comme Gide l’avait fait pour "Les Faux-monnayeurs" ! Kurozawa, Gide... On se situe à ce niveau-là !

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    • Répondu par Pierre Garrigues le 16 septembre à  06:41 :

      Vous avez raison : la même histoire sous un angle différent à chaque tome, et donc de nouveaux détails. Effectivement, un travail impressionnant, d’autant que Gaët’s expliquait avoir fait évoluer l’histoire depuis les premiers albums.

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