Rembrandt, un oeil et un livre singuliers

14 mai 2015 7 commentaires
  • Innovante et passionnée, cette étrange biographie du célèbre peintre amstellodamois intriguera, rebutera ou passionnera le lecteur, au gré de sa sensibilité ou de son érudition.

Décidément, les ouvrages sur les maîtres de la peinture ont la côte ces temps-ci, un vrai phénomène ! Après le lancement de la collection des Grands Peintres chez Glénat, Le Caravage de Manara chez le même éditeur, Vincent Van Gogh chez Paquet, La Vie de Bacchus chez Delcourt, un Pablo Picasso chez Dargaud, Niki de Saint-Phalle et Modigliani chez Casterman, sans oublier tout ce qui se prépare pour les prochains mois, il semble que la bande dessinée a décidé d’explorer jusqu’au bout les vies et les mille et une techniques de ces artistes qui ont nourri l’histoire de l’art.

Pourtant, à bien des égards, cette biographie de Rembrandt van Rijn (1606-1669) sort du lot. Le peintre amstellodamois est un personnage complexe, à l’existence très riche et passionnante. L’auteur hollandais Typex le dépeint d’ailleurs d’une façon bien spécifique : fantasque, capricieux, vaniteux, arrogant, obtus, susceptible en même temps que touchant et attachant, voire digne de compassion. Un Rembrandt dépassé par son propre génie... et ses manies dont sa collectionnite aigüe (voire maladive) pour les objets "artistiques". Typex nous livre un point de vue sans concession sur l’homme, le mari, le père, l’artiste, ainsi que sur l’époque qu’il a traversée et si grandement influencée.

Rembrandt, un oeil et un livre singuliers
Dès sa ’jeunesse’, Rembrandt est dépeint pour un artiste bourru
(c) Casterman

Cerner l’artiste

Au lieu d’aborder directement la vie de Rembrandt, l’auteur hollandais Typex décide de progresser par touches successives, dans une suite de chapitres qui se consacrent aux personnes qui ont côtoyé le peintre tout au long de sa vie. Ces éléments épars ne sont d’ailleurs pas toujours présentés par ordre chronologique. Sans lien évident entre eux, le lecteur doit vraiment s’investir dans le récit s’il n’a pas une bonne connaissance du travail du peintre.

Dans un graphisme légèrement caricatural, les personnages bien en chair prennent des postures souvent peu naturelles. Alors que Rembrandt tentait de peindre les visages conforme à la réalité, Typex utilise un dessin plus proche de la lignée des Brueghel et de ses successeurs. Davantage encore que la justesse de son dessin, ce sont des sentiments que Typex veut rendre, sinon des odeurs et des sensations. Réalisant parfois des pleines pages peuplées de dizaines de personnages, son album illustre également son époque : l’âge d’or des Provinces Unies. Les représentations des villes et la vie quotidienne ont été travaillées pour en donner une évocation vivante et authentique.

En accord avec les principes de Rembrandt, Typex n’a d’ailleurs pas voulu cacher les défauts de ses personnages. Chaque visage est une trogne, chaque personnage incarne ses aspirations, mais surtout ses travers et ses maladies. Comme Rembrandt qui a finalement laissé presque autant de peintures de que de dessins et d’eaux fortes, Typex alterne les styles pour expliquer son mode de vie.

Une biographie basée sur les dessins d’étude du maître

Derrière des pages parfois anodines, sont cachées de grandes vérités à propos du peintre. Ainsi la première page du dernier chapitre aborde-t-elle la question du clair-obscur. Si chaque chapitre se consacre donc à un personnage proche (sa femme et ses concubines, son ami peintre, son fils et sa fille, etc.), le propos est également orienté par une exploitation des études préparatoires réalisées par le peintre. Sur base de chaque dessin reproduit en page de titre du chapitre, Typex évoque la biographie du peintre à l’aide des éléments qui ont motivé la réalisation de ses tableaux.

Dans cette page muette, Typex évoque la jeunesse de Rembrandt et use du clair-obscur pour distinguer le jeune Rembrandt de sa fratrie.
(c) Casterman
L’eau forte du fameux cornet

Grâce à cette approche originale, chaque chapitre prend un sens bien particulier, et on se prend reprendre l’ouvrage en main après sa lecture pour mieux comprendre ce que Typex a voulu souligner. Par exemple, un des rares chapitres qui n’est pas consacré à un proche du maître s’intitule étrangement « Conus Marmoreus » par allusion à la fameuse eau forte du "cornet à damiers". Dans cette section, Typex retrace sa réalisation lorsque, alors criblé de dettes, les huissiers viennent de le déposséder de ses collections de pièces d’art, le peintre se remet au travail en prenant comme modèle ce qui traîne encore dans sa maison : ce simple cornet...

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L’alternance de scènes muettes et de dialogues, les grandes toiles du maître abordées de biais, le graphisme peu abordable et bien d’autres éléments font de cette biographie un ouvrage singulier, d’une grande force, et qui s’adresse à des lecteurs consciencieux qui prendront le temps de découvrir l’artiste au travers de ces moments de vie choisis.

On ne saurait passer sous silence la magnifique réalisation de cet ouvrage réalisé par Casterman : un livre de 264 pages relié en simili-cuir, aux tranches dorées sur les trois faces, complété par un cahier de croquis et de notes qui explique le cheminement de l’auteur. Le tout pour 25 €, fausse taches et embossage inclus !

Les huissiers font l’inventaire des possessions hétéroclites de Rembrandt.

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Rembrandt - Par Typex - Casterman

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Lire également :
- La collection des Grands Peintres chez Glénat
- Le Caravage de Manara
- Vincent Van Gogh chez Paquet
- La Vie de Bacchus chez Delcourt

 
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7 Messages :
  • Rembrandt, un oeil et un livre singuliers
    14 mai 2015 18:32, par Seb

    Ce serait bien que les auteurs nous fassent découvrir des peintres méconnus, comme a fait Sfar avec Pascin, parce qu’on a vu des tas de bios et de films sur Rembrandt.

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    • Répondu par Jerome le 14 mai 2015 à  19:30 :

      Je me faisais la même réflexion : les bandes dessinées de l’âge d’or nous ont déjà si souvent donné à lire ces biographies dessinées édifiantes... Pourquoi ne pas changer et faire découvrir des auteurs inédits ? Dont la vie est peut etre tout aussi trépidante. ?

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      • Répondu le 14 mai 2015 à  21:09 :

        Faites-le donc.

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        • Répondu par Jerome le 15 mai 2015 à  19:29 :

          Ce n’est pas l’envie ni les projets qui manquent. En ce qui me concerne, j’ai déjà tenté. Mais les écrivains et les peintres méconnus ne sont pas assez "bankable" ! Dommage pour eux. Et pour ceux qui auraient pu être intéressés.

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      • Répondu le 14 mai 2015 à  21:21 :

        Glénat annonce des bios de Bosch, Caillebotte et Mondrian, c’est déjà plus inédit et original.

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        • Répondu par Jerome le 16 mai 2015 à  14:10 :

          Celle de Mondrian devrait être dessinée par Swarte ! Il est fan !

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