Thierry Groensteen (Éditions de L’An 2) : " Il semble que nous entrons dans une période plus incertaine. "

4 février 2012 14 commentaires
  • Thierry Groensteen est une signature bien connue du monde de la bande dessinée: œuvrant comme critique et comme historien, ce Belge de naissance résidant à Angoulême était le commissaire du Musée Privé d'Art Spiegelman à la Cité de la BD. Il fête aussi cette année les 10 ans de sa maison d'édition, L'An 2.
Thierry Groensteen (Éditions de L'An 2) : " Il semble que nous entrons dans une période plus incertaine. "
Un recueil de planches de l’auteur américain du 19e Siècle A. B. Frost

Pour nos lecteurs qui ne vous connaissent pas, quel a été votre parcours jusqu’ici ?

J’ai une formation de journaliste. Plus tard, j’ai repris mes études et soutenu un doctorat en Lettres modernes, consacré à la bande dessinée. Cette thèse a été partiellement publiée en 1999 sous le titre Système de la bande dessinée, et est devenue un livre de référence traduit dans plusieurs pays, notamment aux États-Unis et au Japon. J’ai dirigé les Cahiers de la bande dessinée dans les années 1980, pour le compte des éditions Glénat, et j’ai participé ensuite à la création du CNBDI à Angoulême, où j’ai été responsable de tout ce qui concernait la BD de 1993 à 2001, date de ma démission. Je donne également des cours à l’École supérieure de l’image, sur l’histoire et la théorie de la bande dessinée, et je publie régulièrement de nouveaux essais.

Vous êtes un théoricien et un historien. Comment caractériseriez-vous la période actuelle dans le processus historique de la bande dessinée en France, c’est un âge d’or ?

Sur le plan de la création, nous venons de vivre deux décennies extrêmement fastes, avec une diversification sans précédent des styles, des formats, des sujets et des publics. L’ouverture tardive à la bande dessinée asiatique est, en soi, une très bonne chose, de même que la féminisation de la profession, pour laquelle j’ai toujours milité. Et la bande dessinée a indiscutablement marqué de nouveaux points en ce qui concerne sa reconnaissance dans le monde artistique et culturel. Mais il semble que nous entrons dans une période plus incertaine. La multiplication des acteurs qui interviennent sur le marché, la surproduction, les difficultés que connaissent nombre de libraires, la concurrence des supports numériques rendent la situation plus tendue et l’avenir moins lisible.

"Les Sauvages" de l’artiste tchèque Lucie Lomova

À un moment, vous avez été pris par le démon de l’édition. Comment en êtes-vous arrivé à ce processus ?

J’avais déjà une expérience de l’édition avant de créer ma propre maison. J’avais dirigé la collection "Histoires graphiques" chez Autrement, réédité les histoires en estampes de Töpffer au Seuil, et développé les éditions du musée de la bande dessinée en publiant albums patrimoniaux, catalogues d’exposition, actes de colloque, etc. Et puis j’avais dirigé deux revues : Les Cahiers d’abord, Neuvième Art ensuite. Quand j’ai quitté le CNBDI par… disons, lassitude, il m’est apparu naturel de franchir le pas et de m’investir pleinement dans une aventure éditoriale.

Vous avez un catalogue résolument tourné vers la production étrangère. Quelle est la raison de ce choix ?

Je publie aussi des auteurs français ! J’ai révélé Thomas Gosselin, Sandrine Martin, Anthony Pastor ou encore Stéphane Courvoisier, pour ne citer que ceux-là, et publié des livres de David Prudhomme, Marc-Antoine Mathieu, Jean-Pierre Duffour ou Edmond Baudoin. Mais je traduis beaucoup, c’est exact, et de très nombreux pays. Je dirai tout simplement que pour moi la nationalité d’un artiste n’a aucune importance, et que je fais mon miel de tout ce qui m’intéresse, quelle que soit la provenance. Il y a aussi le fait que les grands éditeurs s’intéressent surtout aux comics américains et aux mangas, nous laissant les coudées plus franches pour explorer d’autres terres de création. Et, pour avoir fait mes études à l’École européenne, j’ai la chance d’être capable de lire dans trois ou quatre langues étrangères, cela aide.

Thierry Groensteen dans la Cité de la BD à Angoulême

Vos choix éditoriaux portent vers des auteurs curieux et rares. L’environnement économique actuel permet-il cette politique ?

« Curieux et rares » : je vous laisse la responsabilité de cette appréciation. Il est vrai que je publie de la bande dessinée d’auteur plutôt que de la bande dessinée de genre. Donc je cherche des talents originaux, singuliers, des « voix » authentiques, plutôt que des succédanés de choses qui ont déjà fait leurs preuves. Mais avec un souci constant de lisibilité et un intérêt fort pour la narration. Certains de mes auteurs – Lucie Lomova ou Alexandre Franc, par exemple – ont des styles très classiques. Je pars du principe que ce qui me plaît à moi peut plaire à d’autres. Il est certain que c’est une politique à risque, rendue difficile par un contexte où la durée de vie des livres est de plus en plus courte. Une politique d’auteurs ne peut produire ses résultats que sur une longue durée, la rentabilité n’est pas immédiate.

L’Homme qui se laissait pousser la barbe du Belge Olivier Schrauwen

À un moment, vous avez dû liquider votre structure. Pourquoi ?

Ayant commencé douze ans après l’Association et la première vague des « indépendants », je pensais que le marché avait suffisamment mûri et évolué pour que l’on puisse faire le pari d’une structure professionnelle qui, en adoptant d’emblée un rythme de croisière de quinze titres par an, pourrait dégager deux salaires (celui de ma collaboratrice et le mien). Cela n’a pas été le cas, pour des raisons multiples, qui seraient trop longues à analyser ici. Disons seulement que l’insuffisance de mes capitaux de départ et l’inadaptation de mon outil de diffusion (Le Comptoir des indépendants) en faisaient partie.

Le fait de s’être mis sous l’ombrelle d’un éditeur littéraire a-t-il une influence sur vos choix éditoriaux ?

Non, aucune. La différence est qu’avant mon catalogue était structuré en cinq ou six collections et accueillait, à côté des albums de bande dessinée, des livres d’art, des livres d’humour, des essais, des textes illustrés. Comme je ne dispose plus désormais que d’une seule collection, cette dispersion ne m’est plus permise et je ne publie plus que de la bande dessinée.

"Alpha" de l’Allemand Jens Harder

Tout de même, cela fait dix ans maintenant. Comment regardez vous cette décennie ?

Je n’aime pas trop regarder en arrière. Je suis assez fier du catalogue que j’ai bâti, même si je regrette que certains livres que j’aimais particulièrement (par exemple La Farce de Maître Pathelin, de Prudhomme, ou Peindre sur le rivage, d’Anneli Furmark) n’ont pas su trouver leur public.

Vous qui observez la BD depuis plus de 30 ans maintenant, a-t-elle fondamentalement changé de dimension ?

Comme historien, j’observe la bande dessinée depuis… cent quatre-vingts ans (en prenant Töpffer comme point de départ). Elle n’a jamais cessé d’évoluer, de se réinventer, la bande dessinée. Je trouve miraculeux qu’elle conserve une telle faveur et une telle pertinence dans un monde où elle est en concurrence avec les nouvelles technologies, Internet, les jeux vidéo, etc. Mais beaucoup de choses ont changé, en effet, ces dernières décennies : d’un phénomène de presse, la bande dessinée est devenue un phénomène d’édition ; elle s’est mondialisée ; et les grands groupes d’édition qui tiennent le marché ont désormais des stratégies marketing (et d’exploitation « cross-média ») très affûtées.

Une monographie sur le dessinateur italien Antonio Rubino

Aurait-elle changé d’âme ?

Pas fondamentalement. Il y a toujours des auteurs qui œuvrent avec la même sincérité, la même passion. Il y a toujours des gamins que les héros de papier font rêver. Et, grâce aux rééditions et aux intégrales souvent réalisées avec un très grand soin, le patrimoine de la bande dessinée devient plus accessible, ce qui permet aux créateurs d’aujourd’hui de retrouver leurs racines. Art Spiegelman, avec lequel j’ai monté la grande exposition d’Angoulême cette année, ne cesse de répéter que l’avenir de la bande dessinée se trouve dans son passé.

L’avenir, notamment numérique, vous inquiète-t-il ?

Non, même si, sans doute, le monde de l’édition va devoir traverser une période d’adaptation difficile.

Propos recueillis par Didier Pasamonik

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Le Musée Privé de Spiegelman à la Cité de la Bande dessinée d’Angoulême, Chaix Magelis, jusqu’au 6 mai 2012.

 
Participez à la discussion
14 Messages :
  • Bien d’accord avec Spiegelman !
    4 février 2012 17:35, par Oncle Francois

    TG dit dans cette passionnante interview, je cite "Art Spiegelman, avec lequel j’ai monté la grande exposition d’Angoulême cette année, ne cesse de répéter que l’avenir de la bande dessinée se trouve dans son passé." J’approuve totalement cette sage parole. Les grands esprits se rencontrent...

    Répondre à ce message

    • Répondu le 4 février 2012 à  22:15 :

      Moi aussi je pense qu’il y a quelque chose de juste dans ces paroles, mais personnellement - et je n’en veux absolument pas à ce que vous lisiez petit - mais je pense que Spiegelman pense à des chose un tout petit peu plus balaizes et originales que vos vieilleries franco-belge.

      Répondre à ce message

      • Répondu par Oncle Francois le 5 février 2012 à  21:17 :

        Certainement, Monsieur Spiegelman parle des grands classiques de la BD US de 1930 à 1980, notamment publiés dans les quotidiens américains, et donc à forte audience et s’adressant à un public adulte. Maintenant pour ma part, s’il est vrai que j’apprécie cette même période (1930 à 1980), je constate qu’elle fut marquée par les oeuvres de Hergé, Franquin, Goscinny et ses scénaristes, Charlier et ses dessinateurs, Tillieux, Macherot, Jacobs, Martin, sans oublier Fred, Giraud/Moebius, Bourgeon,Juillard, Druillet, Bilal, Tardi et beaucoup d’autres.Livre à vous d’appeler celà des vieilleries, pour moi il s’agit de classiques incontournables et insurmontables.

        Répondre à ce message

      • Répondu par Alex le 6 février 2012 à  00:34 :

        Vous vous trompez, il n’y a aucun lieu de rougir de nos "vieilleries" franco-belge. Pellos avec son "Futuropolis", Chott -que l’on réédite actuellement, Liquois, Cazanave. Des géants de la bd. Si vous regardez la bd américaine de ces mêmes années -et je sais de quoi je parle- la qualité de la production, proportionnellement on s’en tire plutôt bien. Aucune raison de rougir : on a eu des Tabary, des Morris et aussi des Gillon, des Poïvet... et des Forton, des Lacroix, des Calvo, etc, etc... Je ne sais pas ce qu’il vous faut.

        Répondre à ce message

      • Répondu le 6 février 2012 à  08:03 :

        Art Spiegelman a dit... Son Altesse a parlé. Mais euh... moi, quand je vois les dessins d’Art Spiegelman, je ne vois pas trop l’influence bénéfique des anciens. Je trouve juste son dessin raide, pauvre graphiquement, maladroit, pas très inventif. Si on enlève le propos, le texte, l’idée souvent conceptuelle, je ne retiens pas grand chose sur le plan plastique. Ce n’est pas très politiquement correct de dire ça, tout le monde est tellement unanime sur l’œuvre du grand Art. Pour moi, un dessinateur qui dessine mal reste un mauvais dessinateur quoiqu’il puisse sortir comme discours pour emballer sa marchandise et je suis persuadé que bon nombre de gens pensent exactement la même chose mais qu’ils préfèrent dire le contraire pour faire branché.

        Alors, je me dis que le futur de la bande dessinée est à aller chercher dans son passé, c’est juste une formule pédante. On pourrait dire la même chose avec n’importe quel Art. En réalité, la BD peut très bien aller puiser n’importe où, pas que dans son passé pour se réinventer. Et puis, pour ce qui est des racines, tous les auteurs commencent par puiser dans les œuvres de leur enfance, donc, dans le passé, forcément. Après, oui, il y a de grands auteurs depuis le début de l’histoire de la BD qu’on a plaisir à redécouvrir et autant aux USA qu’en Europe ou ailleurs. Mais à part glaner quelques petits trouvailles, manières de faire oubliées, est-ce que vraiment cela peut enrichir le futur de la BD, j’en doute. La BD est un art populaire tellement générationnel qu’elle puise surtout dans le présent, même la BD qui se veut intello.

        Répondre à ce message

        • Répondu le 6 février 2012 à  10:05 :

          Je trouve juste son dessin raide, pauvre graphiquement, maladroit, pas très inventif. Si on enlève le propos, le texte, l’idée souvent conceptuelle, je ne retiens pas grand chose sur le plan plastique.

          Effectivement, si vous enlevez le dessin -qui vous déplait- faites abstraction du propos, du texte et de l’idée il ne reste plus grand-chose.

          Répondre à ce message

          • Répondu le 6 février 2012 à  12:55 :

            Vous déformez ce que j’écris pour faire une blague mais dites-moi plutôt ce que vous trouvez d’intéressant sur le plan purement plastique chez Spiegelman, parce que moi je trouve ça juste laid, pauvre et maladroit ?

            Répondre à ce message

            • Répondu le 6 février 2012 à  16:34 :

              Désolé, mais cet effort intellectuel ce sera a vous de le faire.

              Répondre à ce message

              • Répondu le 6 février 2012 à  18:55 :

                Vous vous défilez !

                Dommage, j’aurais été curieux de voir comment vous auriez démontré que Spiegelman est un dessinateur habile qui a su digérer ses influences pour porter le flambeau un peu plus loin.

                Répondre à ce message

                • Répondu le 7 février 2012 à  01:17 :

                  Je vais vous donner le bénéfice du doute et supposer donc que vous n’êtes pas un troll mais qq’un d’un peu long à la détente. Donc : vous tapez Wikipedia et vous recherchez sa bio. Pour commencer. Sur ce, je vous laisse.

                  Répondre à ce message

                  • Répondu le 7 février 2012 à  09:12 :

                    Je la connais sa bio. Je suis son travail depuis le début des années 80. Je vous parle de ce que vous voyez vous, pas de me faire un copier-coller sur Spiegelman et de m’invoquer Saint Wikipédia. Dans sa bio, il n’y a pas marqué que ses dessins sont maladroits et amateurs dignes d’un débutant sorti d’une Fine Art School. Maus est un livre important à cause du fond, du propos, mais malhabile sur le plan graphique. Graphiquement, j’apprends rien et je m’ennuei à regarder ses souris. C’est systématique, degré zéro au niveau dessin. Comme la plupart des BD dites indés d’ailleurs. Du coup, le discours tenu depuis le milieu des années 80 est que l’histoire compte plus que le dessin. Foutaises des conceptuels pour masquer la flemmardise, le manque d’imagination et de sens de l’abstraction. Si vraiment Spiegelman avait observé la BD du passé, il en aurait tiré des leçons sur le plan plastique-graphique aussi. Son dessin serait infiniment plus riche. La BD américaine des années 1890 à 1960, c’est pas seulement du fond, l’invention formelle y est abondante. Cette abondance, on ne la retrouve nulle part chez Spiegelman. Il est habile pour balancer des théories, emballer avec son discours, mais si on se penche objectivement sur son dessin, pas grand chose. La BD, ce n’est pas juste l’histoire qui compte. Sinon, dans ce cas, on fait des romans ou des scénarios, bref, on écrit. Le dessin n’est pas qu’un véhicule narratif, un truc pour servir le discours. Le dessin à son autonomie. À l’intérieur d’un dessin, plein de choses passent impossibles à traduire par des mots et si vous allez jusqu’au fond, vous entrez dans l’émotion, la sensation et enfin l’abstraction. Cette abstraction là ne peut pas se traduire autrement. L’abstraction par le verbe est toute différente. Question d’essence. Mais voilà, la BD saujourd’hui aussi variée puisse-t-elle se prétendre est restreint malgré tout à ses petites histoires, quand quelqu’un écrit une critique, un article sur la BB, il ne parle pratiquement que de l’histoire et est bien handicapé pour parler du dessin pur, de ce qui se passe dans un trait de plume.
                    Soyez honnête cinq minute. Parlez avec vos mots à vous et démontrez-moi que je me trompe sur Spiegelman, que son dessin est habile, inventif, et qu’il a retenu les leçons des anciens. Si vous arrivez à me démontrer ça, alors d’accord, je m’inclinerai et je dirai qu’il applique ce qu’il dit (le futur de la bande dessinée est dans son passé), mais si vous n’y parvenez pas, ben, Spiegelman, c’est juste du discours.

                    Répondre à ce message

                    • Répondu le 7 février 2012 à  15:10 :

                      Regardez-moi ce petit prétentieux qui prétend savoir ce qui est le bon dessin et ce qui ne l’est pas, qui pense que le talent, cela se "prouve". Encore un raté qui, sous couvert d’anonymat, répand sa rancœur de frustré pour salir un grand auteur dont le dessin est impeccable et le scénario encore davantage, comme si le dessin, "l’esthétique", était nécessaire à ce type de récit. Faites-vous exposer à Angoulême, et on en reparlera.

                      Répondre à ce message

                    • Répondu par Michel Dartay le 7 février 2012 à  20:31 :

                      Chaque livre d’Art Spiegelman est dessiné dans un style ou registre différent (un peu comme sa revue RAW variait de format ou de présentation d’un numéro à l’autre). Ici, il s’agit d’une histoire de partage familial de la mémoire, sous le sceau de l’holocauste. Donc le dessin est minimaliste, volontairement, pour mieux faire passer l’émotion, sans les atours du beau dessin qui "mérite" que l’on s’attarde sur lui. Honnétement, pensez vous qu’une telle histoire serait mieux illustrée par Bilal, Moebius, Franquin ou Uderzo ? Le beau dessin attarde le regard, la simplicité amplifie la portée du discours. J’ai parfois prété Maus à des non-amateurs de BD qui l’ont lu d’une traite et m’ont remercié.

                      Répondre à ce message

                    • Répondu par Alex le 9 février 2012 à  01:55 :

                      Quel commentaire d’une bêtise abyssale. Que vous n’aimiez pas Spiegelman, c’est une chose. Que vous soyez hermétique à son talent de dessinateur c’est votre choix -et vos limitations. Mais ne venez pas vous poser en connaisseur et spécialiste, imbu d’une autorité auto-proclamée.

                      Vous ne connaissez rien à l’oeuvre de Spiegelman, c’est évident.

                      La BD américaine des années 1890 à 1960, c’est pas seulement du fond, l’invention formelle y est abondante. Cette abondance, on ne la retrouve nulle part chez Spiegelman.

                      Entre parenthèses, bravo pour ce raccourci courageux 1890 à 1960 !!!

                      Personne à l’époque (avant vos années 80) n’a exploré les codes de la bd comme A.S par le biais d’inventions formelles sur les codes classiques. Tout le début de sa carrière n’est que foisonnement anarchique, inventif et incontrôlable ("As the Mind Reels", "Some boxes for the Salvation Army", "The Malpractice Suite", etc...)

                      Avant de faire "Raw" Spiegelman avait crée "Arcade", comix qui comportait une section "Arcade Archives" et réimprimait des oeuvres oubliées des années 1800 et début 1900. Dans Raw il continua ce travail sur la mémoire, réimprimant -entre autres des pages de Daumier. C’est la constante du travail de Spiegelman ce travail sur la mémoire.

                      Avancer qu’il n’a en rien été influencé par ses lectures dans son oeuvre d’auteur et d’éditeur me fait me demander si vous parlez d’un humain ou d’une motte de beurre ?

                      Ceci dit, bien que je vous dépouille de l’accoutrement de pseudo-spécialiste dans lequel vous nagez, je crois comprendre par la nature de votre message où est votre problème. Pour vous tout n’est qu’une évolution en avant (ah, ces fameux porteurs de flambeaux !). Je suis convaincu que vous ne voyez en Herriman qu’un talent un peu frustre et primitif -c’était l’aube de la bd, non ? On a fait des progrès en dessin depuis...

                      Entre avoir travaillé pour Topps Gum -créateurs d’incontournables de la culture populaire (cf : "Mars Attack") et après avoir lui aussi laissé sa marque avec les "Garbage Pail Kids", illustrateur de couvertures pour le New Yorker, il semble en effet qu’il y ait une conspiration gigantesque des "branchés".

                      Une autre hypothèse à envisager peut-être serait que vous êtes un ignorant (cf : Dictionnaire des synonymes)

                      Répondre à ce message